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14/03/2018 14h:55 CET | Actualisé 14/03/2018 15h:15 CET

Marocain.e.s êtes-vous prêt.e.s?

Getty Images/iStockphoto

LANGUE - Changer les mots changera-t-il la réalité? Le débat autour du langage inclusif a agité l'arène médiatique en France, et a interpellé plusieurs acteurs: académiciens, érudits et militants, à penser la possibilité d'envisager ou pas ce nouveau langage "neutre" et "égalitaire".

Ce type d'écriture porté par les courants féministes vise à respecter l'égalité des sexes. Ceci dit, les métiers, les adjectifs, seront écrits à la fois au masculin et au féminin, en utilisant des points pour entrecouper. Ne dites plus droits de l'Homme mais droits de l'humain s'il vous plait. Dites agricultrice, autrice, et enfin soyez fier.ère.s.

Certains considèrent le langage inclusif comme une réécriture de la langue, à l'image de la "novlangue" orwellienne. D'autres en rajoutent une couche affirmant qu'il s'agit d'un lavage de cerveau digne de "1984", une contre-productivité pour la langue française, aussi chaste, belle et voluptueuse.

La langue inclusive est certes bannie par l'Académie française, qui y voit une aberration, voire même un péril mortel et impose d'y renoncer. Mais nos pays majoritairement francisants sont-ils prêts à aborder ce débat? Eliminer les mauvais réflexes stéréotypés du genre dans la langue, mettra-t-il fin aux discriminations sexuelles ancrées dans nos sociétés?

La France n'est pas le seul pays francophone au monde, et pourtant, ce débat intrinsèquement intéressant a eu le tort d'être très eurocentrique. Cette bataille "nécessaire" s'est limitée à un terrain linguistique restreint.

La langue inclusive a exclu des pays francisants comme le Maroc, l'Algérie ou la Tunisie, pays où le français est la langue clé pour accéder au monde du travail et celui du business majoritairement géré dans la langue de Molière. Similaires à des patchworks, nos dialectes sont en interférence linguistique complète avec le français qui se transforme petit à petit en un véritable substrat à ceux-ci.

Enfin, l'accord de proximité changera-t-il les rapports de genre comme il est envisagé dans l'hexagone? Nos pays pourront-ils s'approprier ce débat visiblement houleux? Sera-t-il plus soutenable de déplacer le débat vers la langue du "ḍād" qui elle aussi se veut de plus en plus fermée pour pouvoir subsister? L'arabe comme le français souffrent d'une forte omission du féminin. Malheureusement, cette masculinisation n'est pas induite par les règles grammaticales mais est ponctuée par une pratique sociale a priori "genrée".

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