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28/02/2015 11h:57 CET | Actualisé 30/04/2015 06h:12 CET

Cartographie politique de la Tunisie

POLITIQUE - Tentons de nous adonner à un exercice intéressant qui est celui de définir la Cartographie de la scène politique tunisienne actuelle d'un volet idéologique mais en mettant le curseur sur l'économique et en allant de la gauche vers la droite...

Tentons de nous adonner à un exercice intéressant qui est celui de définir la cartographie de la scène politique tunisienne actuelle d'un point de vue idéologique mais en mettant le curseur sur l'économique et en allant de la gauche vers la droite.

Nous avons grossièrement quatre familles politiques existantes ou potentielles :

1) Le Front populaire incarne la gauche radicale avec une identité économique clairement définie comme ses équivalents européens tels que le Front de gauche français (Mélenchon, etc.), le Podemos en Espagne et Syriza en Grèce.

Pourraient être assimilés à ce courant de gauche radicale: Al Massar, le mouvement Echaab, le CPR (qui manque cependant de crédibilité suite à une alliance définie comme contre-nature avec les islamistes qui l'a beaucoup affaibli), le Courant démocratique, l'Alliance démocratique et éventuellement d'autres mouvements dont l'identité économique n'est pas encore clairement définie: Partis nationalistes non affiliés au Front populaire, peut-être aussi le parti Al Joumhouri ainsi que certains députés indépendants tels qu'Adnane Hadji, Faysal Tebbini (La voix des agriculteurs) et quelques autres.

2) La famille social-démocrate est inexistante actuellement.

Certains partis s'en réclament, comme Ettakatol dont le passé controversé (notamment son alliance contre-nature avec les islamistes) et son absence de poids politique et de représentativité populaire et parlementaire rendent difficile le fait qu'il puisse incarner ce courant politique ou du moins son renouveau.

Il me semble donc que nous ayons besoin d'un Matteo Renzi tunisien, d'un Emmanuel Macron, d'une Helle Thorning-Shmidt ou d'un Tony Blair, à savoir des meneurs de ce renouveau politique qui permettraient de re-fonder la gauche social-démocrate tunisienne avec des idées nouvelles et surtout un nouveau leadership politique dynamique et crédible.

3) La troisième famille politique est celle des libéraux et sociaux-libéraux.

  • On y retrouve Afek Tounes dont l'identité politique est clairement définie sur le plan économique et dont le discours est cohérent.
  • On y retrouve également le parti islamiste Ennahdha qui peut s'inscrire dans le volet des conservateurs libéraux mais dont le conservatisme social contraste avec le libéralisme économique et dont l'imprégnation religieuse marquée nous rappelle plus le Front National français (laïcité mise à part) ou l'Aube dorée grecque que l'UMP ou les chrétiens démocrates allemands.
  • On pourrait y retrouver également Nidaa Tounes même si la famille destourienne reste pour le moment inclassable sur le volet de l'idéologie économique. Une partie de Nidaa Tounes et autres destouriens prône un libéralisme assumé (Slim Chaker, Selma Elloumi, Moncef Sellami, et d'autres), une deuxième partie pourrait incarner un courant social-démocrate (Mahmoud Ben Romdhane, Boujemâa Remili, Said Aidi et d'autres), une troisième partie de Nidaa Tounes est plus proche idéologiquement du Front populaire que de ses alliés gouvernementaux actuels (Taïeb Baccouche, pour ne citer que lui) et une quatrième partie (la plus importante en nombre à mon sens) n'a aucune idéologie avérée ni de cohérence de ligne économique. Son engagement politique est lié à une opposition à Ennahdha et/ou à une volonté de retour des destouriens (Noureddine Ben Ticha, Mondher Bel Haj Ali, Hafedh Caid Essebsi, Khemais Ksila, Abdelaziz Kotti, etc.)

En conclusion

Seuls deux mouvements ont une identité politique clairement définie sur le plan économique: Le Front populaire (gauche radicale) et Afek Tounes (droite libérale).

Nidaa Tounes est pour le moment un magma de personnes dont le parcours rend la définition idéologique difficilement identifiable. Si sa force électorale n'est plus à prouver, sa transformation en une entité politique identifiable et programmatique est essentielle pour sa survie et ne peut provenir que d'un congrès organisé en bonne et due forme.

Concernant Ennahdha, bien que le chemin parcouru pour sa transformation idéologique soit important - cette transformation étant celle d'un parti ultra-conservateur à tendance fasciste (avec une aile dure représentée par Sadok Chourou ou Habib Ellouze mais aussi par une base jeune ultra-radicale) en un mouvement islamo-démocrate à la manière des chrétiens démocrates européens (avec comme figures de proue telles que Samir Dilou, Houcine Jaziri, Abdelfattah Mourou et même Rached Ghannouchi) -, cette mutation reste un exercice périlleux de par la tendance radicale de la jeunesse du parti et de ses bases, mais aussi par l'opportunisme politique d'un Moncef Marzouki qui tente de rallier à sa cause purement électoraliste cette aile radicale en jouant sur les divisions, sur le côté paranoïaque d'une frange particulièrement traumatisée par les années noires de la Tunisie et sur la réceptivité d'une autre frange (importante) exclue de la vie économique du pays et traumatisée par l'importance des inégalités sociales et territoriales dont elle fait porter la responsabilité aux élites économiques et politiques.

Une telle stratégie qui pourrait émaner de l'ex-candidat malheureux à l'élection présidentielle Moncef Marzouki et de son entourage et ses alliés constitue un danger dans le sens où elle pourrait accoucher d'une entité politique hybride, sans idéologie propre clairement définie, jouant sur les divisions sociales et le populisme de masse et aboutissant à un magma de personnes encore plus illisible (et donc imprévisible) que ne l'était Nidaa Tounes lors de sa création et qui continue à constituer sa principale faiblesse.

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