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05/05/2015 08h:17 CET | Actualisé 05/05/2016 06h:12 CET

L'axe Rabat-Riyad-Abu Dhabi se renforce. Les enjeux d'une alliance

ALLIANCE - Intervenant dans un contexte régional heurté, les visites effectuées par le roi Mohammed VI à Riyad et à Abu Dhabi signalent l'excellence des relations entre le Maroc et ses partenaires du Golfe. Cette alliance historique, parfois tenue pour une évidence de la diplomatie marocaine, est longtemps demeurée discrète.

Or, elle revêt depuis quelques mois une valeur exemplaire que rehausse son caractère familial. A cet égard, la présence du prince Moulay Rachid aux côtés du roi donne la mesure des liens entre les deux familles régnantes.

Depuis 2011, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont passés à l'initiative dans un monde arabe traversé par des soulèvements populaires aux conséquences imprévisibles. Dès le printemps de cette année, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a appuyé les régimes amis, au premier rang desquels les monarchies marocaine et jordanienne, leur proposant même l'adhésion. Ce soutien se mesure en aides financières et en investissements massifs, qui sont tombés à point nommé au moment où le partenariat avec l'Union européenne et la France battait de l'aile.

Sur le plan stratégique, Rabat apporte son soutien diplomatique et militaire aux grandes causes du monde musulman (sur la Palestine par exemple) et soutient la politique saoudienne visant à contenir les extrémismes religieux. Qu'il s'agisse du terrorisme international ou de la poussée chiite qui menace l'équilibre confessionnel dans la région moyen-orientale, Riyad sait pouvoir compter sur son allié marocain.

Contre l'Etat islamique, les forces armées royal air ont déployé un escadron de F-16 pilotés par les éléments d'élite de l'aviation. Placées sous commandement émirati, ces mêmes avions de chasse ont participé ces dernières semaines à l'opération "Tempête décisive" lancée par l'Arabie au Yémen voisin contre les rebelles houthistes.

Reprenant son rôle de leader du monde sunnite, l'Arabie saoudite du roi Salman est la seule puissance capable de confronter l'expansionnisme iranien, qui se manifeste de l'Irak au Liban, en passant par la Syrie. Maillon faible de la péninsule arabique, le Yémen représente un intérêt stratégique immédiat pour la nouvelle direction saoudienne.

Après avoir succédé à son demi-frère Abdallah en janvier dernier, Salman a rebattu les cartes du jeu politique saoudien. Par une série de nominations radicales, dont les dernières remontent à la semaine dernière, il a bouleversé l'ordre de succession, évinçant les hommes placés par son prédécesseur et préparant l'arrivée au pouvoir des petits-fils d'Abdelaziz, fondateur de la dynastie des Saoud.

Désormais prince héritier, le puissant ministre de l'Intérieur Mohammed Ben Nayef (55 ans) représente la relève générationnelle. Comme son voisin Mohammed Ben Zayed, prince héritier des Émirats arabes unis (et ministre de la Défense), il appartient au club des quinquagénaires, aujourd'hui aux commandes dans le monde arabe.

Comme un rattrapage des successions en douceur intervenues en Jordanie et au Maroc, en 1999.

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