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06/04/2016 08h:46 CET | Actualisé 07/04/2017 06h:12 CET

PPA/MTLD, ministre du Travail et de l'Intégrité, employeur de Kateb Yacine, ''Moh Sâa'' ''prend sa retraite''

mazouzi

Hasard du calendrier, ce symbole de l'''intégrité en politique'' a choisi de partir à l'heure de la chronique nauséabonde. Il a choisi de s'en aller à l'heure où l'indice ''vertu'' est au plus bas à la bourse de la ''politique au rabais''.

Plus tard, bien plus tard, les amateurs des éphémérides et de la chronologie mémorielle diront ''Mohamed-Saïd Mazouzi a choisi de s'éclipser à l'heure de ''Panama Papers''. Comme si, informé de la nouvelle ligne du ''CV'' du ministre des ''Trente Glorieuses'', il voulait déguerpir au plus vite. Pour ne rien voir, rien n'entendre !

La mort de ''Moh Sâa'' est une de ses disparitions impossible à oublier. Dans l'Algérie où la classe politique conjuguée au mode de la vertu se réduit comme une peau de chagrin, le départ d'un Monsieur de cette trempe ne s'efface pas. Impossible de faire le deuil d'un homme qui, depuis sa tendre adolescence, s'est donné à son pays et au crédit de son peuple. A fond et sans jamais faillir.

Probité, intégrité morale, transparence, honnêteté intellectuelle, modestie, patriotisme dans l'âme, sens de la reconnaissance, bâtisseur d'amitiés, vacciné contre le syndrome de ''Le roi est mort vive le roi'', né pour servir l'Algérie et non s'en servir !!! Plus on avance dans la lecture en diagonale d'un dictionnaire, plus le sourire de ''Moh Saâ'' se dégage de l'imprimé lexicologique. Mohamed-Saïd Mazouzi résume à la caricature vertu et exemplarité.

Il les résume tellement bien qu'il se retrouverait dans la définition de tous les épithètes/adjectifs de la famille lexicale de la vertu.

Prisonnier au long cours dans les geôles coloniales, Mohamed-Saïd Mazouzi a traversé l'essentiel des années du mouvement national avec le meilleur des états d'esprit : PPA/MTLD, il s'est mis sous la bannière nationaliste au rang des indépendantistes.

La France coloniale ne s'y est pas trompé : l'identité et le signalement de ''Moh Sâa'' ont figuré dans les fichiers des Renseignements généraux, de la Gendarmerie, du fichier du Service des liaisons nord-africaines (SLNA du colonel Paul Schoen, de la DST et ont été consigné dans les registres de la ''drôle de justice'' comme la qualifie l'historienne (et spécialiste de la justice coloniale'' Sylvie Thénault.

A l'heure où Mohamed -Saïd Mazouzi tire sa révérence, un homme et une entreprise en particulier sont à remercier. L'homme d'abord : c'est un diplomate (à la retraite) dont la compétence le dispute à la modestie. L'entreprise, c'est ''Casbah Editions''. Lahcène Moussaoui - c'est de lui qu'il s'agit - peut se targuer d'avoir fait parler ''Moh Sâa''. La mémoire et l'Histoire lui doivent aujourd'hui d'avoir recueilli les confessions du défunt une petite année avant son départ.

Le diplomate passionné de l'USM Alger - celle qui était nourri par l'esprit des ''fondateurs'' - a convaincu ''Moh Sâa'' de se soumettre à l'exercice de ''question-réponse''. Réticent au départ et gêné à l'idée de parler de lui, Mohamed-Saïd Mazouzi a fini par succomber à la demande.

Au milieu des siens et aux côtés de sa ''hanouna'' d'épouse, il a mis sa mémoire à contribution, revisité son parcours et livré ses commentaires sur l'Algérie avant et après l'indépendance. Avec la modestie que les justes et les fidèles lui reconnaissent, il s'est mis au récit mémoriel.

Lors du dernier salon du livre, ''Moh Sâa'' était heureux de rencontrer, au-delà de ses lecteurs, des Algériens passionnés à l'idée de naviguer dans l'histoire de leur pays avec des hauts et des bas. Sa présence salon des expositions des Pins Maritimes a été immortalisé par l'ami Zinedine Zebar.

Dans ''J'ai vécu le pire et le meilleur'', Mohamed-Saïd Mazouzi revient sur le temps du ''Mouvement national'', rappelle, non sans amertume/douleur, le temps de la crise de l'été 1962 et les tiraillements entre compagnons de lutte. Lève le

voile sur les initiatives/rôles qui étaient les siennes dans le but de contenir la crise et éviter l'irréparable. ''Moh Sâa'' y évoque également ses multiples responsabilités en tant que commissaire du parti, de ministre durant la période de Boumediène, de membre dirigeant intègre et sincère du Parti.

Entre autres confessions racontées à Lahcène Moussaoui, ''Moh Sâa'' pointe/épingle le négatif, fait valoir le positif. Mais, de bout en bout de son échange avec l'ambassadeur Moussaoui, il se garde de tirer sur les hommes ; il se garde de s'ériger en juge de la condamnation. Il n'est pas du genre à dire ''Flen est mort, vive faltan'' !

Un mot pour finir : Ministre du travail et des Affaires sociales, Mohamed-Saïd s'est préoccupé du bien-être des travailleurs et des humbles. Outre les questions sociales/salariales, il s'est attaché à mettre de la culture dans le monde du travail.

D'où l'idée de recourir au grand Kateb Yacine, en s'appuyant sur la collaboration féconde du regretté Ali Zamoum. L'histoire retiendra que, du temps du ministre Mazouzi, le monde du travail et ''L'Homme aux sandales de caoutchouc'' ont travaillé ensemble !

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