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29/08/2015 06h:44 CET | Actualisé 29/08/2015 07h:43 CET

Mostefa Lacheraf vu par Harbi: un "franc-tireur", un "intellectuel inclassable", un "emblème respecté"

lacheraf chellalat laadhaoura

Lacheraf (en médaillon) est natif de Chellalat Laadhaoura (Médéa)

Il y a quelques jours, Kaci Abdmeziem évoquait sur la base d'une lecture des mémoires de Mohamed Saïd Mazouzi, la personnalité tranchante par sa rigueur de Mostefa Lacheraf. Youssef Zerarka apporte une contribution en se basant sur un texte de l'histoire Mohamed Harbi, écrit après le décès de l'ancien ministre de l'éducation.

L'article sur Mostefa Lacheraf, l'auteur de "Algérie, Nation et Société" m'a rappelé l'hommage nécrologique écrit par l'historien Mohamed Harbi au soir de la disparition de l'ex-ministre de l'Education. Il a été publié dans Jeune Afrique en date du 29 janvier 2007.

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Cet hommage que j'avais résumé en son temps pour les besoins du Quotidien d'Oran vaut tous les portraits et les bouche-à-oreille relatifs à Lacheraf. Mohamed Harbi aborde, de manière exhaustive, le parcours du défunt et, surtout, ses prises de position.

Élément factuel important que j'ai appris sur le tard, en 2007, à la lecture de l'hommage nécrologique : contrairement à une idée reçue, l'histoire entre Mustapha Lacheraf et le secteur de l'Education ne date pas d'avril 1977, de sa nomination "wazir ettarbiya el- wataniya" (ministre de l'éducation nationale) dans le dernier gouvernement de Boumediene.

Harbi indiquait en effet, à la mort de l'auteur de "ALGÉRIE NATION ET SOCIÉTÉ", avoir agi auprès du président Ahmed Ben Bella en 1963 pour que Mostefa Lacheraf soit à la tête de l'Education nationale. En vain, l'intellectuel ayant décliné la suggestion. Harbi le rappelle et s'en explique.

"Pour moi, Lacheraf était un emblème respecté. Nous n'étions pas toujours du même avis sur l'analyse de la conjoncture, le socialisme ou la question des libertés, mais j'ai tenu, malgré les interdits et les pressions, à faire connaître ses écrits, en 1963, et à les faire discuter par ses pairs.

J'ai tout fait pour qu'il accepte de prendre en charge l'Éducation nationale. Ben Bella a fini par accepter, mais Lacheraf maintenait résolument son refus de coopérer avec lui. Occasion perdue pour la culture algérienne ? Je ne peux l'affirmer. Reste qu'en 1963 les culturalistes étaient loin d'avoir la force et les appuis qu'ils auront plus tard".

Pour l'avoir connu à l'épreuve du terrain nationaliste et, plus, sur fond de crise de l'été 1962 et d'entrée douloureuse et conflictuelle dans l'Algerie indépendante, Mohammed Harbi est l'intellectuel le mieux indiqué pour parler de tous les Lacheraf : l'intellectuel, le militant nationaliste, le ministre et l'essayiste-mémorialiste au soir de sa vie.

L'hommage de M.Harbi comporte une somme d'adjectifs et de formules qui dessinent Lacheraf et en soulignent les facettes à grands traits.

L'auteur de Algérie, Nation et Société est présenté -- tour à tour -- par l'auteur de "FLN, Mirage et réalité" comme un "franc-tireur", un "esprit critique" soucieux de débattre en "toute liberté", un "intellectuel inclassable", un "emblème respecté" et la liste des adjectifs est infinie.

Contre une "perception plébéienne de la démocratie",

C'est dire que Mustapha Lacheraf s'est toujours conjugué - aux yeux de Mohammed Harbi -au mode des vertus. De bout en bout de son parcours, l'intellectuel a privilégié la conviction et l'idée au détriment du calcul et de la compromission.

Détail révélateur, à l'aube des années quarante déjà, il avait préféré se mettre momentanément en congé du PPA/MTLD quand il s'était rendu à l'évidence que les débats au sein du parti ou du moins sa direction succombait à la "perception plébéienne de la démocratie", selon la formule de Harbi. Une lecture des choses qui donnait la part belle à la "négation de l'individu" et la "peur du débat ouvert".

Au plus fort de la crise de l'été 1962 dont il avait vécu les signes avant-coureurs de l'intérieur du CNRA (Conseil national de la révolution algérienne), Mustapha Lacheraf était peine par l'entrée dans l'indépendance : déchirement et angoisse, tels étaient ses états d'âmes, selon les souvenirs de Mohamed Harbi.

Tout au long de son itinéraire et, surtout, après son retrait de la vie politique, "l'intellectuel reprend - chez Lacheraf - le pas sur le politique". Mohammed Harbi s'en explique avec force détails.

"Acteur et témoin du temps présent, il a pour cible privilégiée l'historiographie coloniale et, tout en s'abreuvant à cette source, met sa plume et ses observations au service d'une cause: celle de l'émergence d'une nation en devenir et de la sauvegarde de sa mémoire. Mais dans sa défense du patrimoine, de l'islam et de la langue arabe, il prend nettement position contre les oulémas, pour le parti de la modernité".

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