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23/08/2015 11h:12 CET | Actualisé 23/08/2015 11h:23 CET

Le Général Giap, Kasdi Merbah et l'œil de Moscou (PHOTOS)

giap merbah

En postant, sur son mur, une somme de clichés qui remettent au-devant de la scène le regretté Kasdi Merbah à l'heure du 22e anniversaire de son assassinat, Zinedine Zebar me rafraichit la mémoire. Et me rappelle trois clichés en noir et blanc qui, depuis 30 ans, dorment dans mon porte-documents mémoriel.

Nous sommes à l'aube de 1985. Intérimaire du service reportage, le regretté Sid Ali Benmechiche veut ''me faire plaisir''. Il me désigne pour couvrir avec lui la visite du général Giap à Alger. La présidence de la République charge Kasdi Merbah de l'accueillir à l'aéroport.

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L'ancien patron de la ''SM'' (Sécurité militaire) est, à ce moment-là, membre suppléant du Bureau politique, ministre de l'Agriculture et de la pêche.

C'est un Merbah irrité qui fait irruption au salon d'honneur une petite demi-heure avant l'atterrissage de l'avion du héros de la bataille de Diên Biên Phu. Motif de son courroux : il constate la présence sur les lieux de l'ambassadeur d'URSS à Alger.

Vassili Taratouta - c'est de lui qu'il s'agit - est, depuis des années déjà, le ''doyen du corps diplomatique accrédité en Algérie'', une formule somme toute honorifique qui désigne le plus ancien ambassadeur en poste dans un pays.

Avec sa carrure de mastodonte volant à près de deux mètres du niveau du sol, le diplomate saute aux yeux perçants du successeur de Boussouf. Et pour cause ! Physiquement, il ressemble aux éléments du service action du KGB.

Aux yeux de Merbah - et, sans doute, aux yeux de l'ambassadeur de la République du Vietnam -- cette qualité de doyen ne justifie nullement la présence de Vassili Taratouta pour la cérémonie d'accueil de Giap.

giap zerarkaLe journaliste Youssef Zerarka avec le général Giap

Contre toute attente, un des collaborateurs de Merbah au cabinet de l'Agriculture s'adresse à moi. ''Monsieur le ministre veut vous parler''.

Je vais vers Kasdi Merbah accompagné de son collaborateur.

- ''Bonjour monsieur le ministre''

- ''Bonjour jeune homme, juste une petite précision avant l'arrivée de Giap. S'il te plait, ne montre pas les images de l'ambassadeur d'URSS au Journal télévisé''.

Je le laisse terminer sa phrase avant de préciser : ''Monsieur le ministre, moi c'est l'APS (Agence Algérie Presse Service), l'équipe de la télévision, c'est le groupe en face''.

Merbah se dirige vers mes confrères pour leur recommander de conjuguer le diplomate du Kremlin au mode du ''madjhoul''. Niet de Vassili Taratouta dans le champ (de l'image).

J'ignore avec exactitude la teneur de son échange avec mes confrères du 21, bd des martyrs. En revanche, je me rappelle encore de ce qu'il m'a dit à moi au moment où nous rejoignons ensemble la piste d'atterrissage : ''Ah, ces soviétiques ! Ils ne peuvent pas concevoir une autre diplomatie que la diplomatie satellitaire. Ils considèrent le Vietnam comme une de leurs Républiques''.

Certes, Vassili Taratouta aura droit à une poignée de mains avec Giap à sa descente d'avion, mais sans plus. Instruction du (colonel) Merbah, le diplomate soviétique est réduit à sa plus simple expression dans le décor protocolaire concocté par les collaborateurs du Ministre.

giap merbah

NB : sur cette dernière photo ,complètement à droite, le futur ministre de la Communication (en remplacement à titre intérimaire de Abdelaziz Rahabi) et également de la Communauté nationale à l'étranger, Tedjini Salaouandji. A l'époque, il était sous-directeur Asie au ministère des Affaires étrangères.

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