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30/09/2015 12h:59 CET | Actualisé 30/09/2016 06h:12 CET

Benyoucef Ouadia, mon doyen ! Aujourd'hui encore, il a 20 ans !

benyoucef ouadia

"Ben", Cher Doyen ! Tiens-toi bien - et tu dois t'en douter -, tu es loin de te rappeler à mon souvenir une fois "fi zaman" et au gré des circonstances ! Je ne pense pas à toi uniquement lorsque, formaté par ses ingénieurs, le "berrani" Facebook me rappelle, entre autres événements du jour, ton anniversaire.

Pas plus tard que la semaine dernière, après cinq minutes de navigation sur la toile, une musique très nostalgique a retenti dans mon oreille. Imagine de quelle sonorité il pourrait s'agir ! Allez t'as pas trouvé '"vieux"' ! Je te rafraichis la mémoire: il s'agit du générique de l'Eurovision, cette "nighma" qui, dans les années soixante-dix et plusieurs mercredis par an, retentissait dans tous les foyers du "bled" "équipés" d'un téléviseur "noir et blanc".

Sitôt joué depuis la régie de l'organisme audiovisuel européen, l'hymne du mercredi "passe le micro" à une voix juvénile - reconnaissable entre mille "sawt" - qui lance la soirée footballistique au moyen d'un "saydati, awanissi, sadati massa el kheir, nous vous retrouvons pour une nouvelle soirée européenne en compagnie de l'Ajax Amsterdam et de l'Inter de Milan" !

"Ben", tu n'es pas de la famille telle que consignée sur nos livrets de famille; mais, à mes yeux et aux yeux de pans entiers de la population algérienne, tu passes pour être un membre à part entière de ma famille, des familles algériennes. Tu ne portes pas le même nom que moi et les millions d'Algériens, mais deux faits de société fédérateurs - le petit écran et le football - ont fait de toi un parent à nous tous.

Il t'est impossible de pas être de la "familia" quand, via le TV "noir et blanc", tu descends régulièrement comme invité permanent de nos foyers. Le temps d'un match en "live", d'un passage dans la nostalgique émission "Télé Sport" ou le "Magazine des sports", le temps d'un studio pre-game comme on dit aujourd'hui.

Au risque de me répéter et de répéter ce que je t'ai déjà raconté au gré de nos escapades professionnelles, j'ai fait ta connaissance virtuelle à l'âge de l'enfance. Je devais être en cours élémentaire (CE 1 ou 2). C'était du temps où l'essentiel des matchs du championnat national retransmis sur le petit écran concernait le stade du 20 août, théâtre de l'Equipe nationale et du CR Belcourt.

Longtemps, tu n'étais - à mes yeux - qu'une voix et une image télévisuelle. La première fois où je t'ai vu en chair et en os, c'était au début des années 1970. Tu es venu dans mon quartier pour assister à un match opposant le Rapid de Belcourt cher à ton cœur et l'AS PTT de l'élégant Hacène Zemmam, un Bélcourtois comme toi rallié à Bab-El-Oued avec armes et bagages. C'était un samedi après-midi au stade Ferhani (Marcel Cerdan). Tu t'y étais déplacé non pas en tant que journaliste mais dans le costume de dirigeant du Rapid.

La culture de "l'autographe" était une tradition méconnue pour moi, sinon c'est bien volontiers que je t'aurais demandé - inspiré par le poète parisien Paul Eluard - de griffonner BO pour Benyoucef Ouadia sur mon cahier d'écolier. A défaut d'arracher tes initiales en guise d'autographe, j'ai réussi à te suivre jusqu'à ta bagnole - je ne m'en rappelle plus mais je pense que c'était une Renault 10 - et te dire "Salam Oualikoum Benyoucef" ! Tu m'as répondu par un sourire et un "salam wlidou".

Deux mots, pas un de plus, mais un sourire chaleureux et sincère. J'étais aux anges ! Le soir même, j'ai raconté l'instant à mes parents avant d'ébruiter, le surlendemain, l'info au collège La Victoire (Bab-Djedid) en la maquillant d'une petite "kedba" gentille, un de ces mensonges sincères au moyen duquel on cherche à se valoriser : "mes amis, hier, j'ai rencontré Benyoucef Ouadia au stade Cerdan. Je l'ai salué et discuté un peu avec lui au sujet du CRB, du MCA et de l'USMA" !

Chemin faisant, la chronique sportive télévisuelle se poursuivait du côté du Bd des Martyrs. Benyoucef continuait à pénétrer nos foyers via le petit écran. Parce que, contrairement à une idée reçue, la famille algérienne a constamment vécu le foot et le sport en famille, la voix de Benyoucef Oudia était familière au panel familial algérien dans toute sa diversité : nos grands-parents, nos parents, nos frères et sœurs, nos cousins et cousines, sans compter nos voisins aux côtés desquels ils nous arrivaient souvent de "déguster" des matchs, histoire de créer l'ambiance des stades à défaut de s'y déplacer !

Chemin faisant, l'adolescent que j'étais est devenu journaliste en herbe, "balbutiant" le métier et désireux de l'apprendre auprès de seniors ! C'est tout naturellement que Benyoucef Ouadia a été au rang de la poignée de doyens de confrères dont j'ai cherché le contact. Histoire de m'engouffrer davantage au milieu des anciens; histoire d'en apprendre un peu plus sur cette famille de la presse sportive; histoire de chercher à "faire parler de soi" et glaner un encouragement par-ci, une petite appréciation sympa par là.

En compagnie de ''Ben'', les "jeunes loups" que nous étions apprenions énormément de choses et cultivions notre culture sportive. Avec ''Ben'' la causerie confraternelle prend une allure de "contes de fée" sur des temps heureux du sport algérien racontés par un doyen qui les a vus de vécu ! Le doyen ''Ben'' se singularisait par sa façon de narrer les choses, une "hadjaya" vivante qui te faisait aimer le journalisme sportif et te persuadait que t'as frappé à la bonne porte !

Au gré de la multitude de couvertures en Algérie et à l'étranger, mes compagnonnages avec le doyen ''Ben'' ressemblaient à des "universités d'été" et à des stages conviviaux où il y avait toujours quelque chose à apprendre, quelque chose à glaner.

S'ils témoignent de moments heureux passés en ta compagnie, ces souvenirs ne me rajeunissent pas. C'est la preuve que mon vécu à l'épreuve - la féconde épreuve - du doyen ''Ben'' est vieille d'une trentaine d'années. Je parle de ma génération professionnelle. En revanche, Cher Doyen, ton dense vécu, ta longue expérience, ton itinéraire jalonné de souvenirs ont agi comme un effet dopant sur ta silhouette. Qui oserait dire que ''Ben'' souffle, ce 29 septembre, au milieu des enfants et des petits enfants, sur sa 71e bougie !

"Saydati, awanissi sadati, longtemps, l'ami Benyoucef Ouadia vous a donné l'image d'un éternel jeunot. Au grand bonheur de "Ben" et au grand dam des cadets de (ses) confrères que nous sommes, "Ben" célèbre, ce 29 septembre, sa 71e année. Qui aurait misé un centime en disant que le doyen de la presse sportive algérienne s'est livré à son premier commentaire - sous forme de cri annonciateur d'une naissance - voici sept decennies.

C'était un 29 septembre 1944, un an après l'élaboration du Manifeste du Peuple Algérien par Ferhat Abbas et un an avant la radicalisation du mouvement national au sortir de la répression de mai 1945. Je sais que c'est non sans tristesse que tu vivras tes 71 ans. Et pour cause ! "Bent Houmtek", la Belcourtoise comme toi Amina Belouezdad vient de tirer sa révérence. Je le sais, sa disparition est d'autant plus pénible pour toi que c'est elle, la Doyenne des présentatrices, qui t'introduisait à l'écran au moyen d'un chaleureux et fraternel "ma3a el ezzamil Benyoucef Ouadia". Paix à son âme.

NB: "Ben", pour ne pas faire de jaloux et pour ne pas m'attirer les foudres de notre ami Faycal Haffaf, je me garde de t'offrir un cadeau sous forme de parfum ! Je te fais parvenir - via l'espace du virtuel Facebook - un cliché mémoriel qui n'est pas dénué de valeur, bien au contraire.

Daté de janvier 1992, il témoigne - pour l'histoire - d'une de ses escapades fécondes que nous avions vécues à l'étranger. Nous sommes ici à Dakar et c'est la 18e édition de la Coupe d'Afrique des nations. Entre deux empoignades, nous nous offrons un moment de détente. Ce cliché est d'autant plus cher à mon cœur qu'il témoigne de mon vécu en tant que ''plus jeune de la bande'' au milieu de confrères expérimentés et généreux dans la prise en charge du plus jeune et dans la transmission des conseils.

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De gauche à droite : le "Vieux" Benyoucef Ouadia, Redouane Bendali (El Moudjahid), le regretté Mokhtar Chergui (de dos, El Moudjahid) ), le "mat'hadath" (APS), Abbas Medjadji (La République) et un confrère de l'équipe technique de la Télévision.

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