LES BLOGS
12/04/2016 10h:46 CET | Actualisé 13/04/2017 06h:12 CET

Bonjour Monsieur Valls, c'est moi, Ben M'Hidi ! Comment va Guy Mollet ? Et sa conscience ?

qdsvs

Le cliché de Zinedine Zebar "résonne" comme un retour en arrière. Et convoque l'année 1957, plus précisément février 1957. Dos au mur, Manuel Valls se fait raconter par des accompagnateurs Alger, Alger la Ville, pas Alger "la Bataille". De la plaque bleue, une voix surgit d'outre-tombe.

Larbi Ben M'Hidi parle : "Bonjour, Monsieur le Premier Ministre, bienvenue à Alger. Quelle chance vous avez ! Vous y arrivez sur fond de ciel Bleu Azur. Je sais, à vos yeux de Méditerranéen, c'est un sentiment de déjà vu ! Votre Catalogne natale est également plantée sous un ciel similaire."

Manuel Valls : "À qui ai-je l'honneur Cher Monsieur ?"

Larbi Ben M'Hidi : "Je me présente. On m'appelle Larbi, Larbi Ben M'hidi. Mon nom porte une histoire à multiples facettes. Je ne m'y attarderai pas. Je me contenterai d'en évoquer une, une seule et elle tragique ! Et à rebours de la patrie des droits de l'homme."

Le chef de Matignon : "Pourriez-vous être plus explicite cher monsieur ?"

Larbi : "Pas de souci ! L'histoire tragique qui est la mienne est datée dans le temps et dans l'espace. Elle se déroule au soir de l'hiver 1957, cinq ans et cinq mois avant votre naissance."

Manuel : "Continuez cher monsieur, je vous écoute."

Larbi : "Là où vous êtes maintenant, ce lieu où vous êtes entouré, est chargé d'histoire. D'histoires au pluriel. Il "parle" architecture et urbanisme, "dit" Alger et ses nombreux cafés aux terrasses ensoleillées ! Le lieu où je vous vois maintenant via la plaque bleue s'exprime aussi en musique. Et dans toutes les sonorités. Mais cet îlot "raconte" à jamais une douleur et dit une de ces "Brûlures de l'Histoire" ! Vous devez connaître une émission emblématique longtemps diffusée sur FR 3 ou France 3. Son intitulé "Brûlures de l'Histoire".

Manuel : "Rafraîchissez-moi la mémoire. J'ai vu pas mal d'épisodes de cette émission, mais je ne me rappelle pas d'un "numéro" parlant d'Alger."

Larbi : "Il vous suffit de surfer sur le site de l'INA, votre Institut national de l'audiovisuel. Lancez une recherche en tapant les mots suivants : Brûlures de l'Histoire, Patrick Rotman, Hervé Hamon, Bataille d'Alger, Larbi Ben M'Hidi. L'histoire s'affichera sous vos yeux ! Tragique, douloureuse.

Manuel : "Promis, je surferai sur le site de l'INA une fois de retour à Paris. Mais en attendant, dites-moi deux ou trois choses sur l'épisode dont vous parlez."

Larbi : "membre du Comité de coordination et d'exécution (CCE), je faisais partie à l'époque de la direction de la Révolution. J'ai été arrêté au plus fort de la Bataille d'Alger dans un immeuble de la rue Claude Debussy. Comparativement à l'îlot où vous êtes maintenant et à d'autres quartiers d'Alger, cette zone était moins exposée aux descentes des paras de Massu et de Bigeard. Les deux galonnés m'ont présenté "menotté" à la presse, histoire de signifier que, le "gibier" Ben M'Hidi pris, la rébellion a vécu. Quelle erreur d'appréciation ce duo de galonnés ! Nous avions recommandé, mes camarades du CCE et moi, de "JETER LA RÉVOLUTION DANS LA RUE". Résultat : "ELLE A ÉTÉ PORTÉE À BOUT DE BRAS PAR LE PEUPLE" ! Mon arrestation et le départ d'Alger de mes camarades du CCE n'a pas sonné le glas de la Révolution !"

Manuel : "Que s'est-il passé après votre arrestation ?"

Larbi : "vaste question Monsieur le Premier ministre ! Dommage que vos accompagnateurs n'aient pas songé à prolonger votre excursion algéroise. Pour les besoins de votre éclairage, ils auraient gagné à vous faire monter les escaliers du Forum, vous faire un détour par le Palais aux 1000 fenêtres et son Balcon cher au Général; ils auraient gagné à vous faire escalader la côte de l'hôtel Aurassi. Vous auriez profité d'une vue imprenable sur la mer et vous auriez "retrouvé" le funiculaire Tibidado, ce balcon naturel cher à votre enfance/jeunesse catalane ! De là, vos accompagnateurs auraient eu peut-être l'idée de vous pousser vers la Scala, le lieu-dit la Scala. C'est là où j'ai été emmené en compagnie de mon ami et frère d'armes Brahim Chergui. Demandez à votre service de presse de vous remettre l'interview accordée par Si Hmida au Quotidien d'Oran et l'article nécrologique publié par Huffington Post Algérie."

Manuel : "La Scala ? C'est quoi, ça ressemble à la Villa Médicis de Rome !"

Larbi : "Ah, que non ! Médicis est une académie dédiée aux Arts et à la Culture ! La Villa de la Scala est un cachot ténébreux dédié à "La Question" comme le relève, non sans douleur, mon compagnon d'armes Henri, Henri Alleg !"

Manuel : "Mais en attendant que mes communicants me préparent la note de presse que vous me suggérez, dites-moi ! Quid de votre arrestation ?"

Larbi : "Si la Villa Médicis, pardon si la Villa La Scala se mettait à raconter ses douleurs, elle remplirait mille livres et éditerait "1000 Questions". Chez les Éditions de Minuit selon toute vraisemblance. Entre autres tourments, la gégène, la baignoire et autres techniques de la révolution industrielle de "La Question". Le (regretté) résistant et latiniste Pierre Vidal-Naquet, l'ami de Maurice Audin, en a beaucoup parlé. En ce qui me concerne, c'est là où ma trajectoire s'est arrêtée, c'est là où ma vie a pris fin. Je veux dire mon corps a pris fin. J'ai été arrêté, les galonnés de parachutistes ont parlé de suicide, le lieutenant Allaire s'est perdu en conjectures face à la caméra de Patrick Rotman et Hervé Hamon. Mort physiquement, je vis historiquement et "mémoriellement". Cela fait fait 49 ans presque jour pour jour que ma voix n'en finit pas de retentir. Comme aujourd'hui via cette plaque bleue."

Manuel : "Quelle histoire ! Décidément, à l'heure des désordres du monde, l'Histoire n'en finit pas de nous chauffer avec ses "brûlures". Heureusement que je n'ai rien à voir avec la brûlure qui est la vôtre !"

Larbi : "Je sais monsieur le Premier ministre, je sais mon fils ! Vous, vous l'homme Manuel Valls, vous n'êtes aucunement responsable. Vous n'étiez pas encore né quand j'ai été "suicidé" . En revanche, votre famille est impliquée et sa responsabilité est entière !"

Manuel : "Vous allez vite en besogne Monsieur Ben M'Hidi ! Ma famille n'a jamais franchi la porte de La Scala ! Mieux, elle n'a jamais traversé la Méditerranée !"

Larbi : "Monsieur le Premier ministre, je ne parle pas de vos géniteurs, je ne fais pas allusion au couple catalan qui vous a mis au monde ! Avant de devenir une terre d'exil pour quelques fuyards du "quarteron de généraux à la retraite", Barcelone était loin des "événements d'Afrique du Nord", loin de la "Guerre sans nom" ! En revanche, votre famille politique est responsable de ma mort, responsable des douleurs de la ville dont vous arpentez certaines rues aujourd'hui. Il y a 49 ans presque jour pour jour, ALGER était un centre de torture à ciel ouvert. Par la faute de votre famille politique, par la faute de sa réponse à notre combat : LES POUVOIRS SPÉCIAUX ! Les murs de Matignon, les conclaves de la Présidence du Conseil, les chuchotements de la IV République et le Palais de Bourbon doivent s'en rappeler. Ils doivent se rappeler comme si cela datait d'hier de mon arrestation rue Claude Debussy et mon "suicide" entre La Scala et un quelque lieux de "La Question". IL ÉTAIT UNE FOIS GUY MOLLET, IL ÉTAIT UNE FOIS MAX LEJEUNE....

qsdqsd

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.