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05/07/2015 11h:25 CET | Actualisé 05/07/2016 06h:12 CET

Société marocaine, réveille-toi

Fadel Senna/AFP

SOCIÉTÉ - J'ai aperçu comme beaucoup de monde sur mon fil d'actualité des réseaux sociaux, la vidéo d'un homme soupçonné d'être homosexuel, tabassé par une foule. Comment des dizaines de personnes peuvent-elles se rassembler autour d'un humain ou simplement autour d'un être vivant, animal ou même une plante, et faire sortir toute cette lâcheté face à une créature impuissante qui ne leur a rien fait, au nom de la religion?

Personnellement, depuis des années, je me pose cette question: en quoi cela me touche qu'une personne soit homosexuelle? En bien ou en mal... Jusqu'à maintenant, je n'ai pas trouvé de réponse. Et je continue de constater que le chemin de ma vie est totalement indépendant du choix de ces personnes.

De la même manière que certaines personnes choisissent leur métier ou leur quartier de résidence. L'idée peut être généralisée aussi à d'autres choix personnels outre l'orientation sexuelle. Notamment le choix de la religion ou de l'opinion politique. Je suis incapable de mesurer en quoi cela me touche qu'une personne soit chrétienne, juive ou autre, du moment où le principe "la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres" est bien respecté.

On a beau se vanter, mais l'être marocain "lambda" reste d'une naïveté obscurantiste et aveuglé par la religion.

Ayant grandi dans des quartiers populaires du Maroc, j'ai pu constater les aspects les plus divers de notre société. J'ai pu constater la solidarité la plus unique du monde entre les voisins de mon quartier dans les moments difficiles. Une solidarité inexistante dans d'autres cultures. Mais j'ai pu constater aussi les dérives de la jeunesse et des étoiles qui auraient pu briller si on avait pris soin d'elles. J'ai vu des copains sombrer dans la drogue, les vols, et même la prison... Quoiqu'il en soit, quand il s'agit d'un sujet concernant la religion, l'endoctrinement est juste surréaliste. Le Marocain lambda veut défendre la religion. Ou du moins croire qu'il la défend. Et encore, cela dépend du contexte.

Le Marocain lambda n'agit pas quand il voit une fille se faire agresser. Il a peur pour sa sécurité. Mais pour taper un homosexuel en groupe au point de le laisser agoniser, il est partant au nom de la religion. Le Marocain lambda donne des conseils aux filles à propos de leurs tenues jugées inappropriées dans les quartiers populaires, mais rompt le jeûne avec un joint. (Si si ça existe...) La drogue n'est-elle pas bannie par la religion?

Le Marocain lambda peut passer des journées entières en face de la télé pendant que sa femme fait le ménage mais au nom de la religion, il juge trop osée la chorégraphie de Mawazine qu'il ne peut pas regarder en famille. Alors qu'il est le seul en réalité en face de la télé. Sa femme n'a toujours pas fini la vaisselle du dîner. L'égalité n'était-elle pas un des principes fondamentaux de la religion?

Le Marocain lambda peut se transformer en héros pour défendre les mœurs quand deux filles portent une robe dans un marché où il y a des robes identiques en vente, mais quand il s'agit de se manifester pour le manque de protection contre les inondations qu'il subit, il est absent. Cela ne le dérange pas de voir ses enfants brûlés, noyés ou emportés par des rivières et mis dans des sacs poubelles, mais NON, une fille ne peut pas porter une robe. La religion ne pousse-elle pas à lutter contre la dépravation?

Le Marocain lambda accepte et cultive l'insécurité, la corruption, la triche, et le manque de conscience professionnelle dans plusieurs domaines, à commencer par l'administration publique. Mais lutte contre la projection d'un film qui ne raconte finalement que cette réalité. Les coutumes sont-elles maintenant protégées après que le film soit interdit?

Il y a quelques années, lors d'un voyage entre amis, on s'est retrouvés au sein d'une famille berbère qui nous a invités chez eux dans un douar perché au sommet des montagnes du haut Atlas. La situation de la famille était plutôt modeste. Et alors qu'il y avait de l'effervescence dans la pièce à côté, j'ai demandé au petit enfant de 9 ans d'aller dire à sa maman de ne rien préparer. C'était gentil, mais on voulait partager ce que nous avions, sans lui faire fournir un effort de plus.

Le petit garçon me répondit alors: "Non, c'est rien du tout! C'est un grand plaisir pour nous de recevoir des invités". C'était la réponse d'un enfant de 9 ans. Dans d'autres pays, on interdit les enfants de parler aux étrangers... Quelques minutes plus tard, sa mère est arrivée avec un fabuleux plat de couscous. J'ai simplement souri et je me suis dit: "c'est ça le Maroc dont je suis fier".

Le Maroc dont je suis fier, c'est Hicham El Guerrouj, c'est Nezha Bidouane, c'est Aicha Chenna. Le Maroc dont je suis fier, c'est cet accueil, ce sourire et cette générosité dans le cœur qu'on est prêt à offrir à n'importe quel moment. Mais le Maroc dont j'ai honte, c'est cet obscurantisme dont cette personne a payé les frais. J'ai envie de dire, maintenant qu'elle a été tabassée, quelqu'un a gagné sa place au paradis?

Société marocaine, réveille-toi. La corruption te touche. L'analphabétisme et le manque d'éducation te touchent. La santé et les hôpitaux déplorables te touchent. La justice injuste te touche. Le chômage, la pauvreté, la dépravation te touchent. Cette personne a Fès que certains de tes membres ont lynchée ne t'a rien fait.

La généralisation n'est pas de mise dans cet article. Et cela va sans dire que les Marocains sont 34 millions et qu'il est impossible de les mettre tous dans le même panier. Et pour être en accord ou en désaccord avec cet article, tu n'as besoin d'être ni mécréant, ni croyant, ni homosexuel, ni athée. D'ailleurs, c'est ta liberté qui ne concerne que toi. Tu as juste besoin d'être fidèle à toi même.

Acceptons nos différences...

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