LES BLOGS
16/11/2015 08h:34 CET | Actualisé 16/11/2016 06h:12 CET

Martelons l'esprit de tolérance dans les cervelles des citoyens!

TERRORISME - J'ai peur et j'ai mal parce qu'hier ils ont tiré sur nous. Nous tous. Français, touristes, chrétiens, musulmans... nous tous qui sortons au stade et aux terrasses de café et salles de spectacle parisiens. J'ai peur parce que le problème syrien et le phénomène Daech me dépassent, et je suis incapable d'appréhender avec suffisamment de discernement ses tenants et ses aboutissants, et je refuse de tomber dans le simplisme en accusant des forces obscures, occidentales ou orientales, de tenir les ficelles.

Adeline Bailleul

TERRORISME - J'ai peur et j'ai mal parce qu'hier ils ont tiré sur nous. Nous tous. Français, touristes, chrétiens, musulmans... nous tous qui sortons au stade et aux terrasses de café et salles de spectacle parisiens.

J'ai peur parce que le problème syrien et le phénomène Daech me dépassent, et je suis incapable d'appréhender avec suffisamment de discernement ses tenants et ses aboutissants, et je refuse de tomber dans le simplisme en accusant des forces obscures, occidentales ou orientales, de tenir les ficelles.

Il y a tellement de données historiques, géopolitiques, ethniques, sociales et religieuses à prendre en considération dans un monde où il est presque impossible de s'assurer de l'objectivité de l'information qui nous arrive... que je préfère me focaliser sur ce qui m'est intelligible.

J'ai peur parce que je constate qu'avec le début de ce siècle, la guerre a changé de visage. Que ce ne sont plus les soldats qui la font. Que ce sont des civils qui, après entraînement dans des camps, tuent directement d'autres civils chez eux, loin de tout champ de bataille.

J'ai peur que cette terreur s'installe de plus en plus le long de ce siècle. Et là nous aurons tout à perdre. Des vies ôtées, une peur généralisée et des économies qui prennent des coups durs.

Le pire c'est que j'ai bien peur qu'on y soit pour quelque chose.

J'ai bien peur que ces jeunes terroristes soient le fruit de l'isolement et le rejet auxquels ils ont eu droit en France. Une ghettoïsation par les politiques publiques combinée à un laxisme (ou ignorance ou communautarisme stupide ou schizophrénie...) des familles immigrées qui n'ont pas répondu au devoir d'intégrer leurs enfants dans leur pays d'accueil.

J'en ai peur car cela signifie qu'on en prépare d'autres encore en ce moment. Oui, car il y a quelques années, ces terroristes étaient des jeunes ados comme les autres, avec de la désorientation en plus.

Et la situation ne va qu'empirer si on se dirige vers la stigmatisation plutôt que les efforts d'intégration, en France (où il y a encore plus d'enfants issus de l'immigration) ou ailleurs (comme le Maroc où les subsahariens souffrent souvent de racisme).

En tout cas, le Maroc avait déjà reçu cette leçon au lendemain des attentats de 2003. Des attentats très similaires à ceux d'hier. Des jeunes, de toute une zone périurbaine négligée, se sont fait exploser dans la face des Marocains. Aujourd'hui, on essaye de revaloriser ce quartier. J'espère qu'on n'aura plus de cas similaires.

Les terroristes d'hier se sont suicidés il y a déjà un bon moment quand ils se sont jetés dans le gouffre de cette organisation Daech. C'était ce jour-là qu'ils avaient opté pour la mort. Ils étaient déjà minés par la société dans laquelle ils vivaient et se sont fait exploser.

Et justement, c'est là où il faut se demander quelle est notre part de responsabilité en tant que société dans ces basculements, ces suicides, surtout si on se réfère à ces propos d'Albert Camus: "Il y a beaucoup de causes à un suicide... On se suicide rarement par réflexion. Ce qui déclenche la crise est presque toujours incontrôlable. Les journaux parlent souvent de 'chagrins intimes' ou de 'maladie incurable'. Ces explications sont valables. Mais il faudrait savoir si le jour-même un ami du désespéré ne lui a pas parlé sur un ton indifférent. Celui-là est le coupable. Car cela peut suffire à précipiter toutes les rancoeurs et toutes les lassitudes encore en suspension."

Maintenant, c'est aux États de trouver les réponses sécuritaires à court terme. Mais la situation de demain, c'est nous qui la configurons aujourd'hui-même.

Et toute cette peur que je ressens aujourd'hui me fait espérer naïvement deux choses:

- Qu'on prenne conscience du devoir de tendre sa main vers l'autre, qui a priori est loin de notre sphère, mais qui demain pourra nous prouver le contraire de la pire des manières. Cela peut-être aussi bien à l'échelle du mendiant qu'on ignore et qui nous revient un jour en agresseur qu'à l'échelle d'un pays comme la Palestine dont l'Occident se fout et qu'il laisse à l'abandon, alimentant ainsi les premières idées anti-Occident au Moyen-Orient!

- Qu'on martèle l'esprit de tolérance et d'acceptation de l'autre dans les cervelles de nos concitoyens, pour ne pas voir un jour ces mêmes cervelles émiettées sur des rues de carnages.

LIRE AUSSI DANS LES BLOGS:

Galerie photo Les hommages sur les lieux des attentats à Paris Voyez les images