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06/03/2018 06h:13 CET | Actualisé 06/03/2018 06h:31 CET

Compétitivité numérique: Comment le Maroc peut-il mettre en place un cluster innovant et performant?

Getty Images/iStockphoto

NUMÉRIQUE - Depuis l'échec du Plan Maroc Numeric 2013 (PMN 2013), le royaume affichait pleinement sa volonté pour l'émergence d'une véritable économie numérique. La défaillance se situait au niveau de l'approche, étant donné que le PMN ne reflétait que la vitrine numérique de l'Etat avec des indicateurs mitigés, et à travers une simple consolidation des services informatiques existants, en émettant une "carte de vœux" des projets made in "Information Technologies".

Par conséquent, la Stratégie Digitale Maroc 2020 (SDM 2020) se veut un catalyseur du processus de digitalisation du royaume, par le biais d'axes stratégiques ambitieux, fondés sur la coordination entre les différents intervenants de la chaîne numérique. De ce fait, le Maroc a connu une avancée technologique remarquable dans la dématérialisation des flux financiers et des services de l'administration, procurant l'accès à des centaines de téléservices diversifiés. Suivant cette tendance, le secteur bancaire marocain a connu aussi une embellie, à travers le développement des banques en ligne et des services monétaires dématérialisés.

Néanmoins, et malgré les efforts déployés, la déclinaison des axes stratégiques de la SDM 2020 n'est pas alignée avec les objectifs affichés. Plusieurs rapports nationaux et étrangers soulignent le retard du Maroc à se mettre en mouvement numérique. Nous disposons d'un potentiel très important (compétences RH, infrastructures, zones offshore...), mais le changement de paradigme n'est pas toujours d'actualité. Il faut programmer la transition digitale autour d'une réelle immersion dans l'ère du Big Data, de la BlockChain, et de l'innovation digitale au sens large. De ce fait, l'établissement d'un calendrier sous forme d'un "plan digital triennal" est indispensable pour rattraper le retard de la transformation numérique du royaume, étant donné qu'il ne reste que 3 ans avant de pouvoir procéder à l'évaluation du plan d'actions de la SDM 2020.

À titre d'exemple, si on compare l'objectif de mise en ligne de 50% des démarches administratives avec le réalisé, seulement 10% de l'ensemble des démarches administratives récurrentes ont été dématérialisées à fin décembre 2017. On est loin de réduire la fracture numérique de moitié, et il va falloir accélérer le processus digital pour s'inscrire davantage dans les ambitions stratégiques du royaume. La transformation digitale nécessite une réaction plus rapide que les utilisateurs, en anticipant les besoins et dans une optique d'industrialisation des prestations, si l'on souhaite s'inscrire véritablement sur des niveaux de qualité de services élevés.

Le développement d'un écosystème digital est la condition sine qua non pour que le Maroc puisse mettre une place une filière numérique performante et innovante. Cela devra passer par la mise en place d'un cluster compétitif associant des donneurs d'ordre (Etat, institutionnels entreprises de référence...) à des chercheurs et universitaires, dans l'objectif de mettre sur les rails des startups à idées innovatrices qui participeront au processus de déploiement des services digitaux, que ça soit dans le secteur public ou privé.

Le rapprochement du monde universitaire et des écoles d'enseignement supérieur à branches informatiques ou digitales est très porteur pour une réelle entrée dans l'ère du digital. En effet, l'encadrement des étudiants en projets de fin d'études peut aboutir à l'émergence de solutions "software" vedettes, exploitables pour toute entité juridique, qu'elle soit institutionnelle ou de droit privé. Mais au-delà de la technicité informatique, la structuration de ces projets autour d'acteurs et de procédures dématérialisées nécessite une touche managériale qui doit être menée par l'encadrant professionnel de l'étudiant. Il ne faut pas oublier aussi le rôle important des ateliers de travail et des conférences-débats, ce genre de manifestation permet de confronter des étudiants-chercheurs à des praticiens, dans une logique "win-win" et "B to B".

En outre, l'effort du secteur privé dans le processus de digitalisation se consolide de plus en plus. Selon l'étude "Digital Trends Morocco", les entreprises marocaines sont massivement présentes sur les réseaux sociaux et professionnels, et 60% d'entre elles possèdent des sites et des portails mobiles. De ce fait, elles investissent de plus en plus dans le progrès technologique, et recrutent de manière progressive des ressources dédiées aux services digitaux (webmarketeurs, webmasters, vendeurs digitaux V2.0, etc.). De ce fait, les entreprises marocaines doivent mettre des budgets plus importants dans la recherche et l'innovation. Plusieurs pistes sont profitables, que ça soit du Social Selling, de l'In-Bound, du Social Listning ou de l'E-Reputation, sources et gisements d'expansion des ventes des entreprises. Aujourd'hui, le monde de l'entreprise dispose de moyens et d'outils numériques efficaces pour la promotion de la notoriété des marques. Les forums, les concours ou les appels à projets constituent des espaces de "think tank" efficaces pour les entreprises, dans la perspective de capter et de sélectionner les idées les plus innovatrices et des projets numériques vedettes à fort potentiel de croissance.

S'agissant des principaux intervenants de l'écosystème digital, le trio le plus concerné par la transition est l'Etat, l'Entreprise et le ménage. Le deal serait de réinventer le networking en promouvant les relations économiques et numériques entre ces acteurs. L'objectif ultime serait d'initier des projets innovants porteurs de valeurs ajoutées, sous impulsion publique et par initiatives privées. De ce fait, la contribution des acteurs au développement de l'écosystème digital est tributaire du facteur humain, qui reste le déterminant essentiel de la réussite de toute révolution. En effet, l'industrie 4.0 obéit à la même règle, en l'occurrence la force de frappe RH.

Dans le même ordre d'idées, le développement des objets connectés, l'intelligence artificielle, le storytelling restent des éléments, entre autres, à déployer davantage, pour mettre à plat les points compétitivité, force de vente et marketing digital. Par ailleurs, dans la même logique d'interactions positives entre les différents acteurs, la transformation profonde des processus administratifs de l'Etat impactera positivement la croissance de l'offshore. Les entrepreneurs étrangers sont toujours soucieux des démarches administratives relatives à l'installation et au lancement de leurs activités. La digitalisation intégrale des procédures d'installation et de lancement jouera un rôle prépondérant dans l'attractivité des investisseurs.

Sans oublier la PME marocaine qui représente 95% du tissu économique marocain, celle-ci a besoin d'un véritable appui pour qu'elle puisse être sensibilisée sur l'importance de la digitalisation de ses processus. Se procurer un accès web, bénéficier de l'opération d'alphabétisation numérique, développer des services dématérialisés, participer aux projets innovants... autant de points importants qui permettront à la PME une meilleure intégration dans la nouvelle ère de l'économie numérique.

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