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01/09/2015 08h:50 CET | Actualisé 01/09/2016 06h:12 CET

Ces réfugiés transformés en "migrants" ...

"Ils ont peut-être été asphyxiés en 63 minutes" ! 63 mn ! On appréciera la précision des experts. C'est ce que disent les policiers autrichiens suite à la macabre découverte de 71 corps de "migrants", ce nouveau terme utilisé par les médias européens pour désigner ceux qui avaient, il y a peu, le statut de "réfugiés" notamment quand ils traversaient la frontière syrienne pour la Turquie.

Parce qu'aux dernières nouvelles, ces "sans-noms" seraient des syriens. 71 syriens qui avaient fui leur pays dévasté par une guerre civile entretenue par les chantres de la démocratie européens assisté de leur oncle Sam. 71 syriens entassés dans 15 mètres carrés, sans lumière, d'un camion de transport de volaille, soit quelques 45 centimètres carrés par personne. Ces migrants se seraient battus jusqu'à leur ultime souffle pour sortir de ce camion dont les portes étaient verrouillées et liées avec des câbles. La police a même enregistré des dégâts à l'intérieur du camion qui seraient dus aux traces qu'auraient laissé ces victimes en essayant d'appeler au secours. On peut imaginer la terrible agonie de ces hommes, femmes et enfants et leur souffrance avant de rendre l'âme un par un.

La découverte de ces corps en décomposition dans un camion abandonné sur une autoroute autrichienne serait "l'un des pires drames dans la crise des migrants qui touche l'Europe".

Quelques réactions de l'Allemagne et de l'Autriche suite à ce drame. La déclaration d'Angela Merkel, "c'est un avertissement pour que l'on se mette au travail, pour résoudre ce problème et faire preuve de solidarité", aurait pu être suivie par ce rappel de la législation européenne en matière de transport des animaux qui, dans sa grande générosité, est une des plus contraignantes au monde.

La France n'a quasiment pas réagi à ce drame du moins au niveau du sommet de l'Etat dont les responsables, de gauche comme de droite, ne ratent aucune occasion de rappeler que la "France ne peut accueillir toute la misère du monde".

Sauf que dans le cas présent, cette misère a été créée en Syrie, comme en Libye et ailleurs dans le monde, et entretenue en grande partie par la France et ses alliés. En particulier par Sarkozy et Hollande, qui du haut de ses 36 % de satisfecit pour sa politique, déclarait en juin 2012 "Le principe est simple : Bachar El-Assad doit partir. Il n'y a pas de solution politique avec lui. (...) Je veux être clair: la France assume toutes ses responsabilités et elle ne ménage aucun effort pour que le peuple syrien obtienne sa liberté et sa sécurité".

Trois ans après, Assad est toujours là et Daech a pris le relais de la coalition occidentale contre ce pays, abandonné par la "Oumma" et livré à lui même.

En mars dernier, date du commencement de la guerre civile en Syrie, on comptabilisait plus de 215.000 personnes victimes de ce conflit sans fin, dont plus de 66.000 civils et 11.000 enfants.

Selon les Nations unies, plus de 3 millions de personnes ont été exilées dont la plupart sont réfugiées, parfois dans des conditions dramatiques, dans des camps établis dans les pays voisins.

Des photos satellite de la Syrie publiées par une ONG internationale révèlent, "que depuis le début de la guerre, il y a quatre ans, 83% des lumières visibles la nuit ont disparu, en précisant que cela n'est pas du uniquement à la destruction des infrastructures."

Dans ces conditions, il faut que la France et ses alliés assument cette responsabilité "historique" et acceptent de recevoir dignement ceux qui fuient ce conflit fratricide qui a rendu le pays cinquante ans en arrière en matière de développement, sans parler de ces milliers de morts pour rien !

Parce que ces "migrants", traqués par Daech, le pouvoir lui-même ou les différentes fractions de l'opposition dite "modérée" pour le coup, ne sont candidats qu'à une seule chose : leur survie et celle de leurs familles !

Ce lundi 31 août, le premier ministre français, lors d'une visite à Calais, et pour se donner peut-être une bonne conscience, a lancé ce pathétique "Nous sommes venus pour dire que nous sommes là, que l'Europe est là" en annonçant la construction pour début 2016 d'un campement humanitaire pour 1.500 personnes dans une zone où s'entassent des milliers de "migrants" dans des baraquements de fortune.

Des campements pour en faire quoi ? Encore faut-il que ces "migrants" arrivent jusque là. Ce qui est loin d'être assuré.

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