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12/09/2015 16h:31 CET | Actualisé 12/09/2016 06h:12 CET

L'Algérien entre l'affect et l'intellect

Facebook/L'ALGERIE A TRAVERS SES ANCIENNES PHOTOS

L'engouement des internautes pour le groupe Facebook "L'Algérie à travers ses anciennes photos" mérite que l'on s'y attarde. La richesse des photos et vidéos publiées, les commentaires des internautes et le très discret travail de modération des administrateurs du groupe méritent d'être soulignés. Même si les photos publiées dans ce groupe remontent de la période pré-coloniale et coloniale, il n'en demeure pas moins que la majorité des publications concerne les années 70 à 80.

Alors pourquoi cet engouement pour ces deux décennies en particulier ? Parce que les jeunes de moins de 30 ans représentent plus de 60 % de la population et n'ont donc pas connu cette période. Vivant dans un pays qui navigue à vue depuis le début des années 80 et ayant, pour certains, connus la décennie noire au travers les récits de leurs parents ou ceux de la presse écrite, des réseaux sociaux et des médias lourds, ils imaginent cette Algérie des années 70 - 80 racontée par leurs aînés en forçant parfois le trait, comme un rêve qu'ils ont raté.

La période de Boumediene divise beaucoup les Algériens. Certains le rendent comme responsable de la situation actuelle quand d'autres continuent de l'encenser comme un homme intègre, visionnaire, charismatique qui a rendu à l'Algérien sa fierté. La publication d'une photo de ce Président ou d'un article le concernant sur les réseaux sociaux est toujours suivie par des débats houleux et parfois insultants. Il en est de même pour les Boualem Sansal, Kamel Daoud, Rachid Boudjedra et d'autres écrivains, cinéastes, musiciens, acteurs qui n'ont jamais fait l'unanimité. Beaucoup commentent sans même avoir lu l'article ou le livre concerné. Ils réagissent par leurs "tripes". La désaffection de l'Algérien pour la lecture et la curiosité reste un fait.

Mais ces deux décennies enchantent aussi les moins jeunes qui l'ont vécue. Ils font partie de ceux qui ont pu "profiter" des largesse de cette période où le Dinar valait plus cher que le Franc français, où le chômage était quasi inexistant, la médecine et l'enseignement gratuits et de bonne qualité, où le prix du livre était soutenu par l'Etat et où l'Islam ne faisait pratiquement pas l'objet de débats enflammés. Le vendredi n'était pas un jour férié et les gens quittaient leur travail pour aller accomplir leur prière et revenir à leur poste aussitôt après.

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Peu importe les aspects négatifs de cette période ! L'autorisation de sortie du territoire national imposée par Boumediene pour tout Algérien désirant faire un voyage à l'étranger, était considérée par beaucoup, non pas comme une atteinte aux libertés individuelles, mais comme un acte de bravoure visant la fierté de l'Algérien devenu "ambassadeur de son pays" et le protégeant contre les éventuelles humiliations subies dans un pays étranger. On ne laissait sortir que les personnes "dignes" de représenter l'Algérie. De même que beaucoup d'Algériens préféraient ce "pouvoir fort" qui disposait d'une stratégie de développement pour le pays, à un pouvoir "démocratique" qui laisse les gens aboyer dans les rues pendant que ses tenants profitent de la rente énergétique.

Le succès des "belles photos" publiées dans le groupe, où les réactions extraordinaires des Algériens devant les massacres de Ghaza, de l'enfant syrien rejeté par la mer, les élans de solidarité suite à des appels de détresse de personnes en difficulté financière ou de santé montre que l'"Algérien moyen" fonctionne à l'affect qu'il soit pénible ou agréable du reste.

On se rappelle des premières images diffusées par les médias Algériens de Bouteflika prêtant serment à la suite de sa dernière élection. Un Président malade, assis, qui peine à lire un texte avec une voix quasi inaudible entouré de tous ces rapaces qui ont fait de lui une marionnette. Ces images ont heurté beaucoup d'Algériens et Bouteflika a bénéficié d'un élan de solidarité sincère de nos compatriotes qui ont mis entre parenthèse toutes les difficultés auxquelles ils se heurtent dans leur quotidien.

Cette réaction des Algériens par leurs "tripes" se retrouve pratiquement à tous les niveaux.

Cela ne veut pas dire que cet "Algérien moyen" n'est pas capable de faire appel à son intellect pour réagir à froid à un événement. Beaucoup, une fois dépassée l'émotion suscitée par une image, un article ou une vidéo, retrouvent la voie de la "raison" et arrivent à faire la part des choses.

Dans le résumé du livre d'Antonio Damasio "L'erreur de Descartes : La raison des émotions", on peut lire "Etre rationnel, ce n'est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n'est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le cœur a ses raisons que la raison... est loin d'ignorer. Contre le dualisme du corps et de l'âme, mais aussi contre ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l'esprit humain à de froids calculs dignes d'une machine, voilà ce que révèlent les acquis récents de la neurologie."

C'est un excellent résumé pour le livre mais aussi pour cette contribution de votre serviteur.

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