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19/08/2015 14h:36 CET | Actualisé 19/08/2016 06h:12 CET

Akim, Blek, Zembla et les autres...

Youcef Elmeddah pour le HuffPost Algérie

En passant au rayon librairie d'un grand supermarché d'une ville française de taille moyenne, j'ai été plus que surpris de voir à l'étalage la bande dessinée de Akim. Je croyais cette revue définitivement éteinte !

Akim ! Cette bande dessinée qui aura marqué beaucoup d'Algériens dans les années Boumediene. Une époque où le taux de croissance de l'Algérie avoisinait les 8 %, où le chômage était peu répandu, où l'éducation se généralisait, la santé gratuite, le prix du livre soutenu, où le cinéma algérien avait une réputation mondiale. Mais aussi une époque marquée par des échecs cuisants quant à la "révolution agraire", l'arabisation mal gérée, et une bureaucratisation du système devenue insupportable pour le citoyen..

C'est dans ce contexte que nombreux étaient les algériens qui étaient passionnés par ces bandes dessinées.

Akim, ce héros qui a perdu sa mère suite au naufrage d'un bateau et qui a été adopté par le gorille Kar qui lui a fait de lui le roi de la jungle. Akim qui a sauvé sa compagne Rita et qui vivait avec elle dans un bungalow avec leur fils adoptif Jim, entouré des les guenons Zig et Ming , de l'éléphant Baroi, du lion Rag et de l'aigle Mol. Que de souvenirs des années 70 où le dinar valait 1 Franc français !

Il y avait aussi Blek Le Roc, ce trappeur américain partisan de la guerre d'indépendance des USA contres les anglais surnommés les "homards rouges". Blek et ses amis Roddy et le professeur Occultis qui se vouaient une admiration l'un pour l'autre.

Qui se souvient de Zembla, l'autre seigneur de la jungle, et ses amis Rasmus le magicien, Yéyé avec son casque et son réveil, Pétoulet le kangourou et Satana le chat sauvage qui était toujours agacé par les membres de la tribu mais qui était prêt à les aider dans les moments difficiles ?

On peut aussi citer les Kalar, Ivanohe, Popeye, Tartine, Cap'tain Swing, Rodeo, Mandrake le magicien, Le Fantome, Rocombole et bien d'autres bandes dessinées qui auront marqué toute une génération à une époque où il n' y avait pas d'ordinateur, ni d'internet, ni de téléphone portable, ni parabole. Même la télévision se faisait rare !

Ces bandes dessinées, bon marché, que se disputaient deux maisons d'édition, Lug et Mon Journal avec une concurrence impitoyable, avaient beaucoup d'amateurs. Chaque épisode se terminait par une scène où il fallait attendre le prochain numéro pour en connaître l'issue. Le langage utilisé était simple, mais sans fautes d'orthographe.

Beaucoup attendaient avec impatience les éditions spéciales de Zembla, Kiwi, Blek ou Akim !

Ces albums étaient lus et avaient une très grande longévité. Après leur lecture, on les revendait pour en acheter d'autres, mais on les échangeait aussi. Dans certaines familles, ils étaient purement et simplement interdits de lecture, considérés comme "revues de débauche" ! Certains les lisaient en les camouflant dans un livre plus "sérieux".

Dès leur disparition des étalages des libraires algériens, un marché noir de ces bandes dessinées a été organisé et a tenu pendant longtemps, avec des prix qui ont quadruplé pour certains et même multiplié par 10 pour d'autres.

Dans un pays qualifié "en voie de développement" à cette époque, ces revues fascinaient les jeunes parce qu'ils les faisaient rêver. Les aventures des héros étaient racontées avec art. Le lecteur était tenu en haleine par le suspense des récits, les histoires d'amour mais aussi de trahison, la solidarité, le dévouement, le courage mais aussi la lâcheté. Une "sous-culture" que beaucoup appréciaient !

A la suite de leur disparition définitive des étalages et du marché informel, la bande dessinée algérienne a essayé de prendre la relève. M'quidech bande dessinée éditée par la SNED comme M'cid, Tarik ou Boa n'ont pas fait long feu. Seul Slim et son "Zid Ya Bouzid" avec sa Zina et son Gatt e'mdigouti, mais aussi avec d'autres albums, aura réussi à conquérir de très nombreux passionnées de BD algériens.

Bouzid et son fidèle ami kabyle Ameziane, mais aussi avec son ennemi juré Sid Esadik, exécrable intégriste qui tournait autour de Zina !

Ce succès était du en grande partie aux critiques acerbes de Slim contre le pouvoir. Les histoires de SLIM, en effet, collaient beaucoup à la réalité de cette époque où le caricaturiste, avec un style devenu sa marque de fabrique, dénonçait la corruption, la bureaucratie, le gaspillage, le piston, l'intégrisme et toutes les incohérences des orientations politiques du pouvoir.

3La nostalgie; la fiancé des bons souvenirs qu'on éclaire à la bougie", disait grand Corps malade.

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