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25/01/2016 04h:27 CET | Actualisé 24/01/2017 06h:12 CET

Le médecin spécialiste tunisien et le travail civil, Calimero!

Tu fais des études d'au moins 11 ans, tu passes d'un service à un autre, d'une ville à une autre, tu fais des gardes interminables, dans des conditions inhumaines, subissant insultes et injures,mais en fin de compte on aime ça, on a bien choisi notre métier, et on ne se plaint pas.

Et détrompez-vous on ne fait pas ça pour l'argent, il y a des façons plus faciles et plus rentables pour mieux gagner sa vie.

Fin du calvaire, tu passes un examen, aussi illogique qu'inutile et tu espères enfin avoir une stabilité, une vie. Ce n'est pas trop demandé.

Et là, on te demande de faire le service civil. De tous les autres citoyens tunisiens, je suis bien la seule qui doit faire preuve de civisme et de patriotisme, pas mes collègues généralistes ou dentistes, pas les ingénieurs, ni les professeurs... Moi, je dois passer un an à travailler quelque part pour un salaire à peine symbolique!

Dociles comme des agneaux, on accepte ça. Après tout on a toujours voulu et espéré le bien de nos malades et on comprend que notre pays peut avoir besoin de nous.

Mais au fond, cette solution n'est qu'une vilaine façon de cacher d'énormes failles et faillites du système de santé. On ne va pas résoudre le problème de ces pauvres citoyens rien qu'en envoyant un médecin spécialiste tout les ans, là bas.

Il s'appelle spécialiste parce qu'il traite des maladies spécifiques et que son action nécessite des médicaments et du matériel spécialisé!

Sa présence dans un box de consultation ne va pas résoudre les problèmes de la santé en Tunisie. Fallait cibler les premières lignes et développer les moyens de transports médicaux.

Tout ce processus diabolique n'est qu'en faveur des partis politiques et fait partie de stratégies de propagande visant à "hypnotiser" les citoyens par de pseudo solutions.

Tout ça, n'a pas vraiment d'importance. Peu importe... puisqu'on a décidé de rester en Tunisie et d'y exercer. Mais plusieurs questions viennent à mon pauvre et simple esprit:

  • Pourquoi passer par une formation de 5 jours d'initiation au travail militaire, à m'apprendre le rôle, fonction et punition du soldat....Pourquoi cette perte de temps et d'effort inutile! Vous voulez nous faire peur, vous voulez nous responsabiliser? Pourquoi ces préliminaires aussi longs et non fructueux!

  • Pourquoi ne pas avoir une démarche nette et claire, des dates fixes, des périodes prédéterminées, des postes pré-établis par spécialité?! De la TRANSPARENCE, voilà ce que l'on veut. Pas d'affichage sur Facebook pour l'amour du dieu!

Alors voila le schéma actuel: la formation militaire on ne sait jamais pour quand c'est. On nous appelle à 19h un vendredi après midi pour nous annoncer que ça commence Lundi matin. Bien sur tu devrais habiter à côté de Bab Saadoun (à proximité de la caserne militaire) puisque tu ne vis que pour et que par le travail civil.

Pour la durée du travail civil, "seul dieu sait" combien cela va durer. Pour les spécialiste c'est un an. Pour les assistants c'est selon la chance, deux mois, trois mois, et parfois même jusqu'à ce qu'on vous rappelle.

Aucun texte de loi, aucun papier officiel, un interlocuteur qui t'envoie valser, des informations contradictoires à la tête du client. Face à mes réclamation, on me dira même: "Si ça te plais pas 3 mois, fait un an alors!".

T'es la à attendre cette affectation. Jusqu'à la dernière minute, tu ne sais pas où tu pars, ni quand, ni combien de temps ça va durer.

On nous a même dit qu'on ne peut pas voyager puis qu'on est au service du pays.

Le salaire, aussi symbolique qu'il soit, bien sur n'arrive pas, après 3 et 4mois de travail et on se trouve alors obligés de s'endetter ou de demander de "l'argent de poche" à nos parents!

Autre anecdote, on n'a pas de couverture sociale durant ce travail civil, autrement dit "on travail au noir".Tu tombes malade? bah tu paye tes soins à partir de ton salaire, si tu réussis à l'avoir.

Et si par malchance t'as une pathologie plus sérieuse,n'en parlons même pas.

Je ne parlerais pas de notre statut dans ces hôpitaux, où on est rien, juste un médecin qui passe pour un an. Aucun droit, aucune réclamation possible pour permettre l'amélioration et le développement,pas droit à un tampon de l'hôpital avec ton nom,pas de travaux, pas de congrès.

Fraîchement diplômé, laissé à ton triste sort, tu stagnes, tu coules.

Ce service civil, solution illuminée,te fait perdre du temps,de la force et surtout la foi en ce pays mais surtout n'avancera en rien les pauvres citoyens qui sont leurrés. Cette solution fait par contre illuminer les visages des politiciens sur les plateaux des télévisions.

En fait, je ne veux rien. On ne veut rien. C'est notre métier, c'est le chemin qu'on doit faire, aussi pénible qu'il soit, mais ce qu'on réclame fortement et hautement, c'est le droit à l'information CLAIRE, NETTE et TRANSPARENTE.

Qu'on soit traité avec un minimum de respect loin du "arja3 roudouwa" ("reviens demain", phrase très utilisée par l'administration tunisienne); du "je ne sais pas"; ou encore du "peut être la semaine prochaine ou celle d'après".

On estime que notre temps est précieux, qu'on a du travail à faire et des choses à apprendre. On a accepté ce deal, faites en sorte que la souffrance soit courte, la plus courte possible. Donner nous nos affectations, laisser nous travailler, on ne cherche que ça....travailler!

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