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10/02/2016 06h:15 CET | Actualisé 09/02/2017 06h:12 CET

Le médecin spécialiste tunisien et le travail civil, Calimero. (La suite sans la fin!)

Mais le bonheur n'est qu'éphémère, doucement, on découvre les affectations des collègues, mes confrères spécialistes. Et comme régions de l'intérieur, ou régions prioritaires me corrige-t-on, il y a Ben Arous, Sousse, Monastir, et tenez vous bien: La Marsa. Et oui, là bas il y a un besoin monstre de médecins spécialistes!

ASSOCIATED PRESS

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Enfin, l'affectation tant attendue pour le travail civil. Il a fallu plusieurs allers-retours, un article, une dispute, une porte claquée, un entretien avec un responsable pour enfin avoir le verdict de mon affectation, après 3 semaines à se tourner les pouces: Ce sera Jendouba.

Au début, j'ai bien aimé, j'étais même contente. Sans être régionaliste, le nord c'est joli, c'est bien vert en cette période de l'année et les gens de cette région je les connais bien, puisque je les vois assez fréquemment en consultation. Je les trouve chaleureux.

Mais le bonheur n'est qu'éphémère, doucement, on découvre les affectations des collègues, mes confrères spécialistes.

Et comme régions de l'intérieur, ou régions prioritaires me corrige-t-on, il y a Ben Arous, Sousse, Monastir, et tenez vous bien: La Marsa. Et oui, il parait que là bas aussi il y a un besoin monstre de médecins spécialistes!

Des spécialités prioritaires, parmi la liste des fameuses cinq spécialités (telles que la pédiatrie) ont été affectées sur le grand Tunis ou sur des grandes villes!

Des urgentistes, quant à eux, se sont vus attribuer des postes dans des hôpitaux hospitalo-universitaires.

D'autres, ne faisant pas partie des spécialités prioritaires, ayant besoin de plateau technique particulier, de matériel, d'anesthésistes qualifiés et spécialisés, sont envoyés en régions sanitaires prioritaires catégorie "A".

La réponse que j'ai eue à mes questions, déjà mal vues, parce que je suis celle qui pose beaucoup trop de questions à leur goût, et qui écrit pour dénoncer ce qu'elle croit être une injustice était: "C'est nous qui voyons et jugeons les besoins!".

Je pense humblement que pour affecter des gens à des postes,il vaut mieux:

  • Fixer déjà les postes à l'avance dès que le nombre de candidats est connu. Et pas les faire sortir à la dernière minute comme d'un chapeau de magicien.
  • Avoir des critères objectifs pour l'attribution des postes (le rang de fin de spécialité, un score lié à l'âge, domicile, statut...).

    Ça leur évitera de cacher le papier d'affectation comme cacher un enfant illégitime. Mais ce que les gens oublient c'est qu'on finit toujours par connaitre la vérité.

  • Si on parle tant de zones prioritaires sur les plateaux de télévisions,que tout le monde y soit affecté. Parce que entre celui qui a 750 dinars pour aller à Tataouine ou Kebili comme certains de mes collègues et ceux qui font un saut à La Marsa, la différence est énorme. Ça couvrira à peine le prix du transport. Sans oublier qu'on doit chercher où loger et on a aucune aide ou proposition de ce coté. Et oui, nous aussi on a besoin d'argent pour vivre.
  • Avoir des critères objectifs et reproductibles d'évaluations des besoins. Un spécialiste seul envoyé dans une ville où il n'y a aucune structure déjà établie pour cette spécialité ne pourra pas faire de miracles même s'il le souhaite de tout son cœur.

    Je n'ai malheureusement pas de baguette magique.

  • Travailler seul n'arrange personne. Que dire d'un jeune qui viens d'avoir sa spécialité ou son assistanat et qui a eu au moins 6 à 8 mois d'interruption de carrière si ce n'est plus?

    Sincèrement ça fait peur à plus d'un! Davantage quand on fait une spécialité chirurgicale, avec une responsabilité médico-légale lourde sans infrastructures adaptées! Je ne voudrais pas me retrouver avec un procès sur le dos.

  • Avoir des objectifs précis et bien calculés, pour savoir ce qu'on va faire exactement et ce que que l'on peut ou pas faire.

    Nos affectations ne précisent même pas le service dans lequel on va travailler. Parfois, la spécialité étudiée n'existe même pas à l'hôpital où l'on est affectés. Et cela pose la question de la responsabilité. En fin de compte je serais sous la tutelle de qui?

J'irai travailler, je ne me rebelle pas, je respecte la loi, je ne me révolte pas!

Un responsable m'avais dis: "Va les aider, va voir que ce que c'est...".

Je ne veux pas simplement aider, je veux faire mon travail convenablement dans de bonnes conditions.

On réclame une justice, un papier qui soit affiché fièrement loin des dessous de table. Que tout le monde soit traité sur le même pied d'égalité!

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