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02/10/2015 12h:43 CET | Actualisé 02/10/2016 06h:12 CET

Réforme de l'économie tunisienne: Et si nous cessions de mendier du touriste?

PIB, chômage, coût de la vie, budget de l'état, tout indique que la Tunisie subit une économie dont les fondamentaux se sont nettement dégradés depuis la Révolution du 14 janvier. Face à constat, deux réactions sont possibles: soit la nostalgie de l'ancien régime, soit la responsabilisation des cadres politiques et des acteurs économiques pour redresser la situation.

La nostalgie de l'ancien régime est évidemment inopérante. La dictature de Ben Ali, faut-il le rappeler, a très vite évolué vers un système de prédation généralisé au bénéfice de quelques familles avec l'Etat qui avait pour seul rôle de maquiller au mieux les statistiques.

En revanche, la prise de responsabilité dans cet environnement nouveau et parfois mal connu des décideurs devient une urgence impérieuse. Le risque n'est pas tant économique que politique.

Lorsque toute une frange de la société n'a pas de quoi assurer sa subsistance, lorsque cette frange est d'autant plus large que plusieurs salaires dans le foyer ne suffisent pas, lorsque cette frange est d'autant plus jeune que les diplômes et la formation ne donnent aucun avenir professionnel alors la situation est mûre pour une révolte dure de tous ces oubliés d'une Révolution qui se faisait pourtant en leur nom.

Pour autant, que voit-on comme réaction de la part des différentes autorités jusqu'à présent? La coalition politique autour de Nida Tounes qui a gagné les élections de 2014 avec un programme basé sur la compétence prétendue de ses cadres, la délégitimisation de la majorité sortante et la nostalgie de l'ancien régime. Un an plus tard, le public réalise que ses "cadres" gouvernent au jour le jour et entend que le projet de loi dit de "réconciliation nationale" joue dans le discours gouvernemental le rôle de l'ultime totem pour débloquer l'investissement.

Entre-temps, les attentats terroristes sont passés par là et ont ravagé ce qu'il restait d'un secteur touristique déjà exsangue. L'exécutif y répond à grands coups de communication sur la base de messages tantôt maladroits tantôt contradictoires.

Plus grave, cette communication de crise ("La Tunisie moi j'y vais") qui se réduit à vendre la destination pour la destination et qui ne met pas en avant les paysages, les produits, les services ou l'infrastructure donnent l'impression que la Tunisie est portée à bout de bras par des amis qui quémandent du touriste pour elle. Les interventions médiatiques des dirigeants tunisiens n'arrangent rien. Selon eux, il faut "continuer à venir en Tunisie" parce que les Tunisiens ont besoin d'eux, sous-entendu: la Tunisie ne vit que de son tourisme et sans les touristes, les terroristes ont gagné.

Pendant qu'elle se concentre sur la pensée magique de la "réconciliation nationale" d'une part et le discours misérabiliste pour mendier du touriste d'autre part, la puissance publique délaisse complètement le terrain de la réforme, c'est-à-dire celui de la remise en cause d'un cadre juridique, fiscal, administratif qui est désormais totalement inadapté à l'environnement post-2011.

C'est pourtant là qu'il faut frapper fort:

  • Personne n'aura jamais envie d'investir dans un contexte juridique et fiscal injuste, incertain et qui favorise la rente,
  • Les initiatives des différents entrepreneurs tuées dans l'œuf par un carcan administratif d'un autre âge sont autant de forces perdues pour l'économie nationale,
  • L'incapacité à redéfinir l'offre condamne notre pays à se cantonner aux niveaux inférieurs de la chaine de valeur des processus productifs (ce qui est particulièrement prégnant dans le tourisme où justement des acteurs exsangues vendant des produits low-cost à faible valeur ajoutée et peu compétitifs),
  • L'absence de grands projets mobilisateurs pour doter le pays d'infrastructures dignes de ce nom afin de faciliter et de fluidifier les échanges,
  • Le corps pléthorique des fonctionnaires et assimilés pèse sur les comptes de l'Etat.

Il y aurait sans doute d'autres points qui pourraient allonger dramatiquement cette liste mais celle-ci montre déjà combien l'action publique en matière d'économie est autrement plus complexe que de mendier du touriste.

Ce qui est heureux, c'est que l'échec des différentes campagnes de communication du gouvernement et des opérateurs pour "sauver" le tourisme met maintenant les décideurs face à leurs responsabilités pour peut-être mener une réflexion de fond pour une réforme d'envergure.

Ils n'ont de toute façon pas le choix. Ce sera cela ou le chaos.

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