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12/10/2015 06h:40 CET | Actualisé 12/10/2016 06h:12 CET

Prix Nobel au Quartet: Jebali ou le théoricien oublié du dialogue national (Partie 1)

En consacrant le Quartet pour le dialogue national en Tunisie par le prix Nobel de la Paix, le comité Nobel attribue à ce pays, "la seule réussite démocratique issue des printemps arabes", une récompense symbolique majeure.

Celle-ci donne à voir au monde un pays qui n'est pas seulement cet artifice folklorique à touriste, menacé par les attentats terroristes mais une nation qui pousse son cheminement vers la démocratie et l'état de droit. Les médias veulent maintenant absolument savoir quel est ce paysage intellectuel, politique et social qui pousse les patrons et les syndicats à se mettre mains dans la main avec les avocats et les militants des droits de l'homme pour protéger la démocratie.

Rien que pour cela, ce Prix Nobel est une bonne nouvelle car il redonnera peut-être du courage à des Tunisiens qui n'y croyaient plus tant ils ont été usés par les épreuves de l'Histoire. Le monde les soutient et leur dit de ne pas baisser les bras.

Et pourtant, cette attribution n'est pas dénuée de paradoxes ni d'ambiguïtés et cela jusque dans la genèse de cette instance. Avec deux assassinats politiques en six mois qu'une certaine propagande attribuait injustement au parti majoritaire Ennahdha (ce qui sera largement infirmé bien plus et trop tard), plusieurs consultations informelles sont menées aussi bien par la coalition au pouvoir que par la société civile.

Sous le Gouvernement Jebali, d'abord, avec une série de propositions supposées donner un sursaut à la majorité politique issue des élections. Même si le Premier Ministre d'alors fait preuve d'une vision lucide dans la dichotomie entre la légitimité issue de la loi et celle de l'opinion, la direction d'Ennahdha s'arcboute sur sa seule légitimité électorale sans prendre en considération le changement induit par la grave crise faisant suite à l'assassinat de Chokri Belaïd.

Malgré ses propositions pour un élargissement de la coalition au pouvoir, un remaniement du gouvernement laissant une place plus large aux "technocrates" et aux personnalités "indépendantes" ainsi qu'un engagement ferme avec tous les groupes parlementaires sur un calendrier pour la constitution, le feu de barrage ouvert par le parlement de son parti (le majliss choura) le conduira à la démission

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Ce sera donc son successeur qui ira à marche forcée vers un processus de dialogue national qu'il avait pourtant lui-même rejeté. L'assassinat de Mohamed Brahmi et la forte mobilisation qui s'en suivra ne lui laisseront pas le choix ni à lui ni au Grand Parrain de l'islam politique tunisien, le Cheikh Ghannouchi. Celui-ci, alors acculé, est poussé par la pression internationale à une rencontre secrète avec Béji Caïd Essebsi dans un grand hôtel parisien.

La rencontre ne restera pas secrète bien longtemps et on en connaît la suite: un gouvernement de "technocrates" sous l'égide d'un Mehdi Jomaa alors totalement inconnu, un calendrier relativement bien respecté pour finaliser le texte de la constitution et des élections tenues de manière régulière et qui laisseront à l'œil de l'observateur l'image d'un processus relativement stable contre vents et marrées.

C'est cette rencontre qui va donner une voie opérante à ce dialogue national aujourd'hui tellement loué et non les surenchères de l'UGTT partisane, politisée et radicalisée par les partis de l'opposition autour du Front National du Salut et dont les doléances n'avaient aucune justification morale ou juridiques dans un Etat de droit.

Entre autres surenchères, pensons seulement à cette revendication de la dissolution pure et simple de l'Assemblée qui est la première à être issue d'une élection libre et démocratique de l'histoire de la Tunisie...pour la remplacer pour une instance cooptée et relevant d'un pouvoir d'exception, tout cela sur fond de coup d'état et de répression en Egypte.

L'importance historique de cette rencontre au sommet entre Ghannouchi et Essebsi ainsi que son impact sur la conduite du dialogue national est également un hommage magnifique rendu à la profondeur de vue dont aura fait preuve l'ex-Premier Ministre Hamadi Jebali. A défaut d'en avoir été l'artisan, Hamadi Jebali a été le véritable théoricien du dialogue national.

De ce point de vue, avec Ben Jaafar, Marzouki et tous les députés de l'Assemblée Nationale Constituante, il faut parti des grands oubliés de ce prix Nobel.

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