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21/02/2018 10h:49 CET | Actualisé 21/02/2018 10h:49 CET

Lettre ouverte à Mme Christine Angot: Être artiste n'est pas un plan mais un don

Foc Kan/Wireimage/Getty Images

Madame,

À la suite de mon visionnage de votre intervention dans l'émission "On n'est pas couché" de samedi dernier, permettez-moi d'éclaircir un point de vue personnel qui me tient à cœur et qui, je présume, serait partagé par de nombreux artistes; artistes qui s'assument et qui assument leurs arts et qui ne le considèrent pas comme un deuxième choix ou une deuxième alternative.

Être artiste n'a jamais été et ne devrait jamais être considéré comme un "Plan B".

Tout d'abord, et afin de bien m'expliquer, j'aimerais revenir sur la définition d'un "artiste". Qu'est-ce qu'un artiste? Le dictionnaire Larousse définit l'artiste comme étant toute "personne qui exerce professionnellement un des beaux-arts ou, à un niveau supérieur à celui de l'artisanat, un des arts appliqués". Il s'agit également d'une "personne qui a le sens de la beauté et est capable de créer une œuvre d'art".

Ceci dit, j'aimerais m'étaler davantage sur ces définitions. Si toute personne à l'origine d'une œuvre d'art est considérée comme artiste, alors peut-on dire que toute forme d'art est un produit d'un artiste? Si dans ce cas, le fait d'être artiste est conditionné par la création d'une quelconque œuvre artistique, peut-on donc choisir de devenir artiste? Peut-on se dire, du jour au lendemain; "Aujourd'hui, je choisis de me reconvertir en artiste"? Être artiste n'est-ce donc pas une vocation?

Vous avez affirmé dans ladite émission que, et je cite, "devenir artiste [...] c'est toujours le résultat, au fond, d'un échec". Si tel est le cas, pourrait-on tous devenir artistes? Si tel est le cas, pourrait-on tous surmonter nos "échecs" en devenant artistes? Si l'on suit vos propos, tous les artistes seraient considérés comme des "ratés" ayant échoué dans ce qu'on appelle les carrières nobles; avocat, instituteur ou encore médecin, et qui se retrouvent donc obligés de devenir artistes. Permettez-moi de vous poser une question; est-ce bien cela qui vous est arrivé à vous? Êtes-vous devenue écrivaine, donc artiste, à la suite d'un échec? Vous qui aviez fait des études en droit, pourquoi vous-êtes vous reconvertie à l'écriture, à l'art littéraire? Était-ce votre "plan B"? Votre deuxième alternative?

Et pourtant, pour un "Plan B", cela vous réussit plutôt bien. Votre roman, L'inceste, publié en 1999, vous a valu un succès fou. Comment vous est-il alors possible de dénigrer les artistes alors que vous-même en êtes une? Ou ne vous considéreriez-vous pas comme telle? Qu'êtes-vous donc? Juriste? Artiste? Romancière? Le succès de votre roman serait-il peut-être le fruit d'un simple hasard?

Aujourd'hui, en 2018, certains semblent vouloir toujours mépriser les artistes. Vos propos, Madame, ne sont, à mon avis, que les échos des clichés "bourges" d'une société dénigrante. Aujourd'hui, en 2018, certaines personnes estiment qu'à défaut d'être avocat, médecin, instituteur ou tout du moins ingénieur, vous êtes un raté et par conséquent une disgrâce pour la famille ou dans notre cas, à la société.

Il faut que cela cesse. Réussir dans la vie n'a jamais été et ne devrait jamais être lié au nombre d'années d'études supérieures. D'ailleurs, on ne peut devenir artiste en quelques années. On peut, par contre, devenir médecin en 8 ans d'études. Si l'on veut devenir artiste (bien que je pense qu'on ne peut le devenir, mais qu'on nait artiste), il faut tout d'abord partir à la quête de soi, se trouver artistiquement, trouver sa muse, puiser dans son inspiration. Cela peut prendre quelques heures, comme cela peut prendre toute une vie.

Aux artistes en quête de soi, aux musiciens, écrivains, peintres en herbe, permettez-moi de vous dire une chose ; votre art ne devrait jamais être votre "plan B". Ne vous laissez-vous pas décourager par toute personne qui vous dit que vous ne réussirez pas si vous optez pour une carrière artistique. Devenir artiste ne devrait jamais être considéré comme "ne pas avoir pu faire ce qu'on pensait faire quand on était petit". Aujourd'hui, en 2018, on devrait pouvoir rêver de devenir artiste dès notre jeune âge, comme l'on rêve de devenir médecin ou avocat. Etre artiste, en 2018, devrait être considéré comme une finalité en soi, un objectif à atteindre. Les jeunes d'aujourd'hui qui veulent, secrètement, devenir musiciens, peintres, danseurs ou autres, devraient pouvoir le dire et le crier haut et fort. Cela ne devrait jamais être considéré comme un échec mais, un défi, une fierté, une belle distinction.

Aux artistes en quête de soi, n'ayez pas peur de vous affirmer et de vous imposer. N'est-ce pas "dans l'art que l'homme se dépasse définitivement lui-même " (Simone de Beauvoir)?

Cordialement,

Une écrivaine en herbe qui s'assume et qui ne fait pas de sa passion son "plan B".

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