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08/03/2016 13h:31 CET | Actualisé 09/03/2017 06h:12 CET

Le combat pour l'égalité femmes-hommes se célèbre le 8 mars, mais se mène au quotidien

JOURNÉE DE LA FEMME - Le 8 mars, la communauté internationale célèbre la journée internationale des droits des femmes. Afin d'éviter toute confusion, remplaçons l'idée de célébration par celle d'une mobilisation individuelle et collective pour mettre fin aux inégalités entre les femmes et les hommes. D'aucuns définiront cet idéal comme une problématique occidentale, une fantaisie importée et secondaire. Pourtant, il n'en est rien.

pietroizzo/Flickr

JOURNÉE DE LA FEMME - Le 8 mars, la communauté internationale célèbre la journée internationale des droits des femmes. Afin d'éviter toute confusion, remplaçons l'idée de célébration par celle d'une mobilisation individuelle et collective pour mettre fin aux inégalités entre les femmes et les hommes. D'aucuns définiront cet idéal comme une problématique occidentale, une fantaisie importée et secondaire. Pourtant, il n'en est rien.

Gage de vitalité démocratique et urgente priorité transversale, l'égalité femmes-hommes est à la fois un droit humain fondamental et un impératif économique et social, au Maroc comme ailleurs. Puisque la journée du 8 mars est une occasion supplémentaire pour porter un regard introspectif et authentique sur les acquis et les défis des transformations enregistrées en matière d'égalité femmes-hommes, arrêtons nous un instant sur le Maroc.

Classé 139ème sur 145 pays dans le Global Gender Gap publié par le Forum économique mondial, le bilan s'impose pour un Maroc qui ne semble pas profiter d'un contexte pourtant favorable à l'émancipation des femmes. Un contexte marqué par les avancées constitutionnelles de 2011, ainsi que l'alignement du Maroc sur les normes internationales avec notamment la levée des réserves à la Convention sur l'Elimination de toutes les formes de Discrimination à l'égard des Femmes (CEDAW).

L'élaboration de stratégies nationales et de politiques publiques, l'établissement de mesures temporaires spéciales, et la mise en place de mécanismes de budgétisation sensible au genre participent également à l'instauration d'un climat plus égalitaire entre les Marocaines et Marocains. Cependant, il existe encore des lacunes juridiques, un décalage entre l'égalité de jure et de facto ainsi que l'enracinement de pratiques et normes socio-culturelles profondes qui perpétuent les discriminations directes et indirectes à l'égard des femmes et des filles.

La plus honteuse des atteintes aux droits humains des femmes est sans doute la violence à leur encontre. Sous ses formes nombreuses et diverses, elle touche 62,8% des femmes de 18 à 64 ans. Outre les dangers qu'elle représente, la violence - exacerbée par l'acceptation sociale et l'impunité qui l'entourent - réduit la mobilité des femmes et accroit la ségrégation spatiale. Par ailleurs, il n'existe pas à ce jour de législation contre la violence conjugale alors même qu'elle représente 55% des cas de violences.

Le système éducatif inégalitaire, la double vulnérabilité dont souffrent les filles et femmes en milieu rural, ou encore le mariage des mineures qui a représenté plus de 11,7% des unions marocaines en 2013, méritent également de retenir notre attention. Entre un plafond de verre et un plancher précaire, le sexisme - ordinaire, ambivalent ou hostile - sévit également dans le monde du travail. Il concerne à la fois le secteur privé et le secteur public, avec les inégalités d'accès au marché, les différences salariales, et la conciliation entre vie privée et vie professionnelle qui incombe majoritairement aux femmes.

Le modèle patriarcal demeure profondément ancré dans une société où les stéréotypes de genre empêchent aux femmes de réaliser leur potentiel et de participer pleinement à la vie politique, économique et sociale du pays. D'autre part, dresser le bilan de l'état de l'égalité femmes-hommes au Maroc revient à identifier l'instrumentalisation à la fois politique et religieuse de la cause féminine. Le réfèrent religieux sert tantôt à légitimer les contradictions, tantôt à réprimer les libertés, même dans l'intimité la plus profonde.

Si le genre, en tant que rapport social hiérarchisé entre les hommes et les femmes, structure le Maroc, il n'est autre que l'œuvre d'une construction sociale basée sur une interprétation biaisée et figée des textes religieux. Bien que minoritaire, la polygamie est ainsi l'exemple d'une pratique préjudiciable qui accepte tacitement qu'un homme puisse valoir plusieurs femmes et illustre l'étendue des doubles standards et des traitements différenciés. Face à cette liste non exhaustive des discriminations à l'égard des femmes, pouvons-nous nous contenter d'une seule journée pour défendre les droits des femmes et promouvoir leur autonomisation?

Si le 8 mars se célèbre aujourd'hui, le combat pour l'égalité se mène au quotidien. Il s'adresse à la fois aux hommes et aux femmes car l'égalité de genre n'est pas une équation à somme nulle. Elargir les droits, les opportunités et les responsabilités des uns, ne se fait pas au détriment des autres. Il nous appartient alors de faire entendre notre voix, de conquérir nos droits, sans plus attendre qu'on nous les octroie. Pour finir, rendons hommage au dynamisme de la société civile, aux institutions comme ONU Femmes, et à tous celles et ceux qui nous inspirent, amorcent ou accompagnent le changement.

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