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13/01/2015 12h:59 CET | Actualisé 15/03/2015 06h:12 CET

Un retour aux sources: Connaitre l'Algérie à travers les tatouages des femmes chaouies

En grandissant, je n'ai visité l'Algérie que deux fois. La première quand je n'avais que 14 mois et la deuxième quand j'avais 10 ans. Chez moi, aux États-Unis, mon père ne parlait pas arabe, contrairement à ma mère iranienne qui parlait Farsi (il croyait que mon frère et moi serions confus), alors je n'ai pas beaucoup communiqué avec mon côté algérien de la famille quand j'étais petite non plus. La langue, comme la géographie, étaient de grandes barrières.

En grandissant, je n'avais visité l'Algérie que deux fois. La première quand je n'avais que 14 mois et la deuxième quand j'avais 10 ans. Chez moi, aux États-Unis, mon père ne parlait pas arabe, contrairement à ma mère iranienne qui parlait Farsi (il croyait que ça allait désorienter mon frère et moi), alors je n'ai pas beaucoup communiqué avec mon côté algérien de la famille quand j'étais petite non plus. La langue, comme la géographie, ont été de grandes barrières.

Mais j'avais des souvenirs de la ville natale de mon père. Je me rappelais de mes cousins, mes tantes, mes oncles et ma grand-mère. Je me souvenais de son tatouage sur le front. J'étais trop jeune pour en penser quoi que ce soit.

Je suis retournée en Algérie une troisième fois à l'âge de 19 ans après avoir étudié à l'étranger, au Maroc. En gros, j'avais vu ma famille une fois tous les dix ans à ce point là. Ils étaient comme des connaissances dont les retrouvailles avaient de l'importance.

En Caroline du Nord, j'étudiais à Wake Forest University. Une fois que j'avais étudié l'anthropologie culturelle comme module, j'ai su que c'était le domaine que je voulais intégrer, et mon intérêt pour l'anthropologie m'a conduit à envisager du travail de terrain à l'étranger. Au début, je pensais à la Nouvelle-Zélande, j'avais lu un livre pour mon module d'Anglais à propos des Maoris et les tatouages faciaux m'ont fascinés.

En décembre 2011, j'ai présenté l'idée au directeur des bourses, Dr. Ton Phillips.

"Pourquoi les tatouages faciaux? Pourquoi les Maoris?", a-t-il demandé.

Je lui ai indiqué que ma grand-mère avait un tatouage facial. Une fois qu'il a su qu'elle était Algérienne, j'ai vu qu'il est devenu immédiatement intrigué.

"J'ai entendu parler de tatouages faciaux chez les Maoris", a-t-il répondu. "Je n'ai jamais entendu parler de tatouages algériens".

Plus j'y pensais, plus je réalisais que Dr. Phillips avait raison. Autant il existe un nombre considérable d'ouvrages à propos des Maori, autant il était extrêmement difficile de trouver des recherches effectuées sur les Chaouis en Algérie, surtout en anglais. Il y avait un espace auquel j'ai pensé pouvoir contribuer d'une façon significative. Et durant l'été suivant, j'ai passé huit semaines en Algérie pour accomplir mon travail de terrain.

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Il s'agissait de mon plus long séjour en Algérie. Même si j'étais dans le pays pour faire de la recherche, je suis devenue très proche de ma famille à travers le projet. Ma tante Chafia m'a aidé pour traduire la plupart des interviews vers l'anglais, et pour les interlocuteurs qui ne parlaient que Chaouia, et pas d'arabe, il y avait un autre traducteur. Les membres de ma famille n'ont pas arrêté de me trouver de nouvelles femmes tatouées pour des entretiens, d'autres auxquelles je pouvais parler à propos des tatouages, des documents à lire.

Après quelques semaines, je pouvais facilement suivre les conversations en Derja, et avec l'aide de mes cousins qui parlaient anglais, je pouvais répondre.

Pour la première fois de ma vie, j'étais aussi en mesure de faire la connaissance de ma grand-mère. La connaître vraiment. À quel point elle est intelligente, les plats qu'elle préfère et ceux qu'elle n'aime pas, les soucis de santé qu'elle pourrait avoir, son quotidien.

À travers des entretiens approfondis avec ma grand-mère et d'autres femmes tatouées à Chemora (Wilaya de Batna, ndlr) et ses environs, j'ai appris ce que c'était d'être une Algérienne dans les Aurès, et les expériences que ça incluait: Cultiver la terre, fuir les soldats français durant la colonisation, la guerre et à la perte des premiers maris dans les combats, entretenir des traditions que tout le monde avait abandonnées. J'ai transformé leurs histoires en articles pour plusieurs médias, le Pulitzer Center, The Huffington Post (US) et Al Jazeera, entre autres.

Il est très simpliste de dire que ma recherche et mes articles concernent les tatouages faciaux, mais quand je parle de mon travail de terrain plus d'une phrase, ça concerne beaucoup plus les femmes que j'ai rencontrées. Je plaisante souvent en disant que je suis allée en Algérie avec une grand-mère et je suis repartie avec une vingtaine.

Chaque femme que j'ai interviewée aura toujours une grande signification pour moi, et depuis ma recherche en 2012, il m'est difficile d'admettre que plusieurs d'entre elles sont décédées.

Je préfère me souvenir d'elles comme je les ai rencontrées: Très aimables, très ouvertes à propos de leurs histoires, et très sages. J'aime penser que, d'une certaine manière, les enregistrements que j'ai de leurs voix et les photos que j'ai prises de leurs visages continueront à me donner l'impression que ces femmes ne partiront jamais.

Cet article a été traduit depuis l'original, en anglais.

Galerie photo Tatouages des femmes chaouies - Yasmin Bendaas Voyez les images

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