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11/01/2016 16h:53 CET | Actualisé 13/01/2017 06h:12 CET

Cette Afrique que nous voulons

En Septembre dernier, alors que je rejoignais mes collègues et les citoyens du monde aux Nations Unies, j'ai été interpellé par l'un de mes compatriotes kenyan.

Ce dernier m'a alerté sur la nécessité de rendre le traitement du SIDA disponible à tous ceux qui en ont besoin et sur la nécessité d'adresser les stigmates de la honte subis chaque jour par ceux qui doivent vivre avec cette maladie.

Agé de 12 ans, Elijah vit avec le SIDA depuis sa naissance, et en dépit de son très jeune âge, a toujours nourri une grande ambition : celle de devenir un scientifique.

Aujourd'hui, c'est à notre tour d'être ambitieux pour Elijah.

Mon désir est qu'Elijah puisse hériter d'une Afrique dont il soit fier : une Afrique où le SIDA cesse de s'attaquer aux marginalisés et aux plus vulnérables et où les parents ne craignent plus que le paludisme tue leurs enfants. Une Afrique où la tuberculose est reléguée aux manuels d'histoire et où le système de santé est résilient aux défis et bénéficie à tous.

Enfin, une Afrique où l'économie est performante parce que nos Nations sont plus saines.

Ce rêve n'a jamais été autant à portée de main, grâce à une dernière décennie de progrès, de partenariat et d'implication.

Toutefois, les avancées de la santé publique restent modestes, et la complaisance n'est pas une option. Au Kenya, près de 80% des adultes vivants avec le SIDA on désormais accès au traitement, mais nous n'avons effectué que de faibles progrès pour ralentir les nouvelles infections contractées par les femmes et les jeunes filles, qui restent exposés de manière disproportionné par rapport aux hommes. Ceci n'est pas acceptable, partout en Afrique. Si dans le monde, le nombre de décès dus à la Tuberculose a décliné de 29% depuis l'an 2000, moins de deux patients sur trois ont accès au soins. L'an dernier au Kenya, près de 80% des enfants ont été protégés du paludisme grâce à des moustiquaires, mais en ce domaine, la seule protection acceptable est de 100%.

Pour fabriquer l'Afrique et le monde que nous voulons, nous devons investir dans notre futur collectif afin d'atteindre la prospérité partagée. A ce titre, investir dans la santé est un investissement dans l'avenir de nos nations.

A travers des approches de financement innovantes, nous souhaitons et nous allons mettre en place une couverture santé universelle au Kenya. L'accès à la santé est en effet un droit, et non un privilège défini par la géographie et les inégalités économiques qui entravent encore l'accès au soin et à la santé pour une trop grande fraction de la population.

J'ai pris l'engagement que le Kenya soit parmi les premiers pays africain à maîtriser complètement l'épidémie de SIDA d'ici à 2030. La couverture santé universelle nous aidera non seulement à atteindre cet objectif, mais nous permettra également de nous assurer que nous ne serons plus jamais les otages d'une épidémie.

Ces objectifs ambitieux mais atteignables nécessitent un engagement constant etdurable. Le Kenya est ainsi fier d'avoir augmenté ses investissements de santé publique et nous restons fermement engagés autour de l'objectif d'allouer 15% du budget national à ce secteur.

Toutefois, alors que nous continuons à mobiliser des fonds publics pour la santé, j'en appelle à nos partenaires afin de réduire les fractures financières existantes, mobiliser de nouvelles ressources et continuer à soutenir la collaboration qui a ouvert la voie à ce moment historique qui s'annonce.

L'Afrique et le partenariat mondial avec le Fond Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme ont redonné un nouveau sens à l'expression « impact global» en sauvant 17 millions de vies. A travers un engagement constant enfaveur de cette vision claire, grâce à des objectifs ambitieux et à une action collective de la communauté mondiale, nous pouvons continuer à nous prouver à nous même et au monde que tous les possibles sont permis.

Je pense souvent à l'année 2030, lorsqu'Elijah aura 27 ans et commencera sa carrière de scientifique. J'aime imaginer les innovations et les solutions qu'il créera, dans un monde plein de possibilités qui sera libéré des fardeaux de la santé et des inégalités qui ont trop souvent affecté nos pays.

Ceci est le moment de notre histoire commune qui requiert de la grandeur et de l'ambition pour cette Afrique que nous voulons construire. Ceci sera notre legs au continent et au monde.

Cette tribune parue dans le Huffpost USA le 21 Décembre 2015 a été traduite de l’anglais par le Huffpost Maroc.