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17/04/2016 06h:05 CET | Actualisé 17/04/2016 06h:05 CET

Corruption: ce que le Parti Communiste Chinois a compris que le clan Bouteflika ignore

Kim Kyung Hoon / Reuters

"Zéro tolérance" contre les cadres corrompus en Chine, tel est le cheval de bataille de Xi Jinping, depuis son élévation au rang de secrétaire général du Parti Communiste Chinois (PCC) au 18e congrès national en novembre 2012, durant lequel le futur président chinois a reconnu la corruption comme étant la plus grande menace à la survie du parti communiste et à la stabilité de la république populaire.

L'actuelle campagne anti-corruption en Chine vise "les tigres et les mouches", un slogan utilisé par Mao Zedong pour dire qu'étaient ciblés autant les grands responsables que les petits fonctionnaires. 1.500 cas de responsables corrompus sont tombés au cours de cette campagne, parmi eux une dizaine de généraux de l'Armée Populaire de Libération, des cadres supérieurs et des chefs d'entreprises publiques.

Même le cercle VIP le plus restreint du PCC n'est pas resté à l'abri de la campagne. Zhou Yongkang, membre important du Politburo chinois, Su Rong, secrétaire du parti communiste dans la province du Jiangxi, ou encore le général Xu Caihou, vice-président de la commission militaire centrale ont tous été démis de leurs fonctions, poursuivis pour affaires de corruption et forcés de rembourser à l'Etat l'argent détourné.

L'immunité contre la persécution dont bénéficiaient les hauts responsables est devenue caduque et quelque 500 fugitifs ont été rapatriés de l'étranger dans le cadre de ce que le parti appelle la "chasse aux renards". Cette campagne est la plus importante par son ampleur depuis la fin de la révolution culturelle en 1976.

Transparency et la population chinoise dans le même sens

La campagne anti-corruption a, certes, parfois servi comme moyen de règlement de comptes politique contre les adversaires de Xi. Elle a toutefois réussi à réduire le niveau de corruption à tous les échelons de l'appareil de l'Etat. Transparency International en atteste.

Au classement des pays les plus vertueux face à la corruption, le géant asiatique est passé de la 100e place en 2014 à la 83e place en 2015. Le plus important est cependant ailleurs. La campagne anti-corruption a reçu un grand soutien de la population et a aidé à restaurer la légitimité du parti communiste à diriger le pays dans un contexte de ralentissement de la croissance économique.

Dans une déclaration rapportée par Xinhua, le président Xi a annoncé que la guerre contre la corruption sera gagnée tôt ou tard. Pour celui que beaucoup décrivent comme le leader le plus charismatique de la république depuis Mao Zedong, il s'agit là d'une "question de vie et de mort pour le parti et pour la nation".

Xi Jinping poursuit donc sa campagne phare, stratégie efficace pour préserver le soutien de son peuple exaspéré par des officiels corrompus.

Le pari inverse du pouvoir algérien

Un sondage de Transparency International publié en 2013 indiquait que 57% des algériens pensaient que les niveaux de corruption dans leur pays avaient considérablement augmenté sur les deux années précédentes.

Depuis, le scandale de l'autoroute est-ouest, le récent scandale des "Panama Papers" et d'UNAOIL et la grossière réhabilitation de Chakib Khelil n'ont rien arrangé aux choses. Les algériens sont désespérés de voir l'enrichissement des responsables se faire au détriment de la collectivité nationale.

Avec un taux de chômage avoisinant les 12%, une inflation à 6% promise à la hausse, et des mesures d'austérité à venir, se donner comme objectif souverain le remboursement des 197 millions de dollars de pots-de-vin touché dans le dossier Sonatrach 2, pour ne citer que cela, ne serait pas un excès de philanthropie de la part du régime.

Une telle démarche serait pleine de bon sens dans un contexte de caisses vides de l'Etat (qui emprunte aux épargnants depuis cette semaine) et de successions choquantes de révélations sur les scandales de corruptions. Elle aurait aussi sur un plan politique une rationalité de survie d'un pouvoir devenu encore plus fragile avec l'exercice périlleux du 4e mandat et d'un président mis sous régence.

Le régime algérien ne semble rien voir de tout cela. Il fait exactement l'inverse du Parti Communiste Chinois. Il ne s'inquiète pas de l'effet de causalité - démontré par l'Histoire et la science politique - entre un tel niveau de corruption et le risque de soulèvement populaire. Il s'est appuyé sur la peur du chaos des algériens traumatisés par les années 90.

Là aussi, l'Histoire montre que la conscience politique des peuples et leur disposition à agir évolue selon les contextes et les générations. D'après les statistiques du très sérieux sondage conduit par le projet de recherche indépendant, the Afrobarameters, 65% des algériens disent qu'ils ne craignent pas ou qu'ils ne craignent plus les violences politiques. Le pari des autorités algériennes est précaire.

PCC-FLN, l'intelligence politique mal répartie

La lutte contre la corruption est un thème de "justice sociale" qui mobilise une attention populaire importante dans les nations en voie de développement. Les gens peuvent eux-mêmes avoir recours à des petites formes de corruption au quotidien.

Toutefois, ils considèrent, qu'ils sont, sur le terrain de la corruption, d'abord victimes du système et des plus puissants. Cette perception populaire de l'injustice qu'est l'impunité des puissants, le PCC l'a bien comprise. Le PCC est loin d'être un modèle de démocratie mais il reste un haut lieu d'intelligence politique.

Au moment où l'union soviétique s'écroulait progressivement, le PCC a su introduire des réformes économiques qui ont permis de réaliser le record historique de réduction de la pauvreté avec 600 millions de personnes rejoignant la classe moyenne en trois décennies. Elles ont aussi permis au PCC de devenir le parti à être resté le plus longtemps au pouvoir sans interruption et ce depuis octobre 1949.

C'est cette performance qui est menacé aujourd'hui par la combinaison du ralentissement économique et de l'étendue de la corruption d'Etat. Le PCC a fait son analyse et a réagi en choisissant Xi Jinping, pour conduire cette moralisation de la vie publique.

En l'absence, dans le contexte autoritaire chinois, de meilleures garanties institutionnelles contre la corruption que sont un Etat de droit et une justice indépendante, la réaction bureaucratique et parfois arbitraire du PCC était une nécessité politique, du point de vue de la pérennité de son pouvoir.

Les régimes autoritaires, comme les systèmes démocratiques, ne se ressemblent pas. Certains, sont plus habiles ou plus pragmatiques que d'autres. Le PCC s'est donné historiquement les moyens de sa clairvoyance politique. Il compte 87 millions de membres. La population égyptienne entière dans un seul parti politique. Parmi eux la crème de l'intelligentsia chinoise. Devenir membre du PCC est aussi compétitif que d'accéder à une université prestigieuse.

À voir le dirigeant du FLN et le reste du clan au pouvoir, il est évident que les critères d'accès aux hautes sphères de l'Etat sont différents. La misère morale et intellectuelle est totale. Au point où la visite d'une Zaouia est devenue, dans l'environnement de l'ère Bouteflika, la pratique principale pour légitimer le pouvoir et ses actes. 

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