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02/07/2015 09h:23 CET | Actualisé 02/07/2016 06h:12 CET

Algérie-Tunisie: Peut-on parler d'une véritable fraternité politique?

anw/Flickr

Une anecdote populaire en Algérie, souvent méconnue ou niée par certains Tunisiens, nous renseigne sur les rapports entre les deux pays. Lors d'un discours, l'ex-président Habib Bourguiba a réclamé une souveraineté tunisienne sur la région de Tébessa à la frontière algérienne ainsi que sur Constantine.

La réaction algérienne fut simple et directe, Boumediene président algérien de l'époque, menaça la présidence de couper l'électricité sur le territoire tunisien, électricité fournie à l'époque par les autorités algériennes. Certains prétendent que la coupure a bel et bien eu lieu, mais ceci n'est qu'un détail. Ce qui importe en vérité, c'est la relation spéculaire algéro-tunisienne que rapporte cette anecdote.

Anecdote qui reste rassurante pour certains Algériens et consolident l'idée d'une petite Tunisie annexe, d'une certaine dépendance à un pays plus fort économiquement et plus large territorialement. En Tunisie, certains sont contre cette réalité par un rapport de jugement plus directe.

Le conflit éternel entre le Maroc et l'Algérie et la complexité de la situation du Sahara occidental, fait en quelque sorte de la Tunisie, une sorte de "Suisse maghrébine" dans cet affrontement. Seulement la réalité démontre une relation quelque peu ambiguë entre la Tunisie et sa voisine l'Algérie.

L'attentat de Sousse permet de lever le voile sur cette réalité: Certains Algériens à la rescousse, promettent d'envahir les plages tunisiennes et de répondre à eux seuls à l'offre touristique tunisienne qui pourrait être délaissé par les Occidentaux; seulement une autre partie des Algériens se disent solidaires mais rancuniers.

Si l'Algérie a longtemps été pointée du doigt pour sa réputation d'avoir une sécurité bancale, c'est bien sans réel soutien de la Tunisie qu'elle a pu se sortir de la décennie "noire". Pourquoi les Algériens se sentiraient-ils alors contraints de soutenir la Tunisie en proie à son tour au terrorisme? Cependant il est important avant d'émettre tout jugement de se placer dans le contexte de l'époque -l'absence de soutien tunisien dans le combat de l'Algérie contre le terrorisme était une décision politique qui échappait au contrôle de la population- peut-on alors lui reprocher des décisions gouvernementales prises par un régime qu'elle a elle même chassé suite à la révolution de janvier 2011? Cela semble peu logique.

Pendant longtemps, la Tunisie s'est appliquée à faire en sorte de ne pas être comparée, ni de près ni de loin, à une Algérie qui fait peur et qui n'attire pas les touristes. Cependant il faut remettre les choses dans leur contexte, cela faisait partie intégrante de toute la stratégie commerciale de Ben Ali. Le gouvernement a cherché durant des décennies à promouvoir une image rassurante de la Tunisie et ironiquement à protéger le tourisme d'un pays, du pays lui même.

À travers ce qu'on appelle "la ghettoïsation du tourisme", le gouvernement a cherché à contrôler tout contact entre population locale et touristes. Cela s'est traduit par la création de zones touristiques, des hôtels dont l'accès des Tunisiens est impossible, des hôtels "tout compris" qui visent à cloîtrer les touristes entre les plages privées et les quatre murs de leurs chambres, des restaurants et des bars conseillés par l'administration des hôtels afin d'assurer une fréquentation exclusivement occidentale de certains endroits.

Le but étant d'éviter à tout prix le contact afin de "maquiller", de cacher la vérité d'une population qui ne serait pas à l'image de cette Tunisie ouverte et moderne scandée par le régime. Dans une mesure extrême, afin d'éviter peut-être ce qui s'est produit ces derniers jours...

Il faut donc comprendre que l'Algérie était tout aussi rejetée pendant la décennie noire, que la population tunisienne l'a été sous le règne de Ben Ali. Tout cela faisait partie d'un jeu, celui de protéger la sacro-sainte image de la Tunisie moderne de Ben Ali.

Le reproche qui peut être adressé à une partie des Tunisiens est d'avoir reporté leur frustration d'avoir toujours été considérés comme une destination touristique bas de gamme vers la considération certains Algériens comme des touristes bas de gamme; des touristes qui ne le sont pas vraiment, des sortes de squatters qui ne méritent pas d'être traités de la même manière que les occidentaux. Des personnes qui dérangent et qui viennent envahir le pays avec leur conservatisme et leur agitation.

Aujourd'hui ces "squatters" sont la seule chance pour l'économie tunisienne de ne pas totalement sombrer. Une occasion de rappeler au Tunisien que l'Algérien lui, se mélange à la population, il dépense et fait tourner l'économie locale.

Si la révolution a changé à jamais l'image des Tunisiens dans l'imaginaire collectif algérien, faisant de ce "petit" pays un grand pays capable de véritables changements et porteur d'espoir dans tout le monde arabe, espérons que le soutien algérien au cours de ces dernières années de besoin, aussi bien financier que morale change à jamais lui aussi cette image qu'ont certains de "l'Algérien" en Tunisie.

Une image bien éloignée de la réalité... Une impression qui découle directement de l'aspect politico-politique des deux nations.

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