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27/05/2014 17h:30 CET | Actualisé 27/07/2014 06h:12 CET

La transition qui recule

En Tunisie, en Égypte et en Libye, les femmes ont joué un rôle central dans les soulèvements dans la région arabe... Une fois la dictature chassée, j'ai continué à observer ces femmes pourchassées par le machisme des hommes et leur envie vorace du pouvoir sans les femmes... En Tunisie, juste après la révolution et le départ de Ben Ali, une Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, des réformes politiques et de la transition démocratique a été créée par décret le 12 février 2011.

En Tunisie, en Égypte et en Libye, les femmes ont joué un rôle central dans les soulèvements dans la région arabe. J'ai vu des femmes en pleine place Tahrir au Caire avec leurs banderoles crier liberté et dignité pendant de longs jours et nuits. Elles organisaient les marches et diffusaient l'information.

Une fois la dictature chassée, j'ai continué à observer ces femmes pourchassées par le machisme des hommes et leur envie vorace du pouvoir sans les femmes. Car, très vite, les instances de transition dans ces pays ont écarté les femmes.

En Tunisie, juste après la révolution et le départ de Ben Ali, une Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, des réformes politiques et de la transition démocratique a été créée par décret le 12 février 2011. Appelée tout court "La Haute Instance", elle agissait comme une assemblée.

Cette instance élabore le décret-loi du 10 mai 2011 relatif à l'élection de l'Assemblée nationale constituante qui consacre la parité entre les femmes et les hommes dans les listes électorales.

La nouvelle, proclamée comme une grande victoire, a été célébrée bien au-delà des frontières tunisiennes. Les leaders des partis politiques se précipitent alors pour identifier des femmes pour leurs listes, sans associer les femmes nécessairement et sans que les femmes puissent négocier leur classification dans les listes. Beaucoup de femmes vont se présenter aux élections, mais seulement 8% des listes seront présidées par des femmes.

Après les élections du 23 octobre 2012, la représentation de femmes à l'assemblée nationale constituante a atteint 27%. Ce taux dépasse largement le 7%, la moyenne mondiale en matière de représentation des femmes dans les assemblées élues, mais il est loin de refléter la parité voulue.

Le système adopté par la Tunisie, bien que favorisant la parité, ne l'a pas garanti au final. Les organisations de femmes en Tunisie ne se sont pas nécessairement impliquées dans la campagne électorale pour soutenir les femmes préférant demeurer "apolitique". À la différence de la Tunisie, les organisations de femmes en Libye, et bien que fraîchement nées, soutiennent les femmes candidates de tout bord malgré les difficultés que connait le pays depuis 2011.

Les militantes femmes libyennes déplorent l'image de la femme en Libye. Elle se résumait avant dans le personnage de la fille de feu Kadhafi, Aïcha, ou les "AMAZONES" -les gardes du corps du dictateur lui-même- ou encore Houda Ben Amir, l'ancien maire de Benghazi connue pour la série d'assassinats politiques contre les opposants à Kadhafi.

Les élections de juillet 2012 en Libye ont été historiques, pour la simple raison qu'elles ont été les premières au pays. Beaucoup de libyens me disaient le jour de vote, les larmes aux yeux: "voter! On ne voyait cela qu'à la télévision, on ne croyait pas qu'un jour on va exercer ce droit dans notre pays".

Le jour des élections en Libye ressemblait à une fête, les "youyous" des femmes fusaient de chaque bureau. Mais, j'observais ce qui se passait en dehors des bureaux de vote, dans les rues et sur les autoroutes. Je remarquais les portraits des femmes candidates déchirés ou défigurés. Presque tous les portraits de femmes candidates à Tripoli ont été lacérés, les portraits des hommes eux n'ont pas été touchés.

Malgré tout, les femmes Libyennes réussiront à s'imposer dans le système des listes des 80 sièges réservés aux partis politiques. Elles vont faire mieux que les Tunisiennes, car elles obtiendront la parité y compris pour la tête des listes. Néanmoins, les partis politiques n'ont mis les femmes en tête de listes que dans les villes où ils avaient peu de chance de gagner...

Les femmes ont obtenu relativement un bon score: 27% des 80 sièges. Elles représentent 16% du congrès élu: 200 sièges (120 élus à la base des candidatures "indépendantes" et 80 élus des listes des partis politiques).

De nouvelles élections législatives vont avoir lieu en Tunisie et en Libye. Elles marqueront une nouvelle phase de la Transition et du nouveau processus politique du pays après la chute des deux dictateurs Ben Ali et Kadhafi.

Dans sa nouvelle loi électorale, la Tunisie garde le système de parité mais aucune garantie n'existe pour que les femmes soient dans les têtes de listes. Ce qui ne garantit en rien la consécration à terme d'une parité tant souhaitée et plaidée par les femmes Tunisiennes.

Les élections en Libye sont prévues le 25 Juin prochain. Le nouveau code électoral sera basé sur un système de candidatures "indépendantes" sans listes de partis politiques et bien sûr sans aucune mesure pour les femmes. Un pas en arrière. Tout comme en fait la transition elle-même. Bien qu'elle soit profondément et structurellement différente, la transition entre la Tunisie et la Libye, demeure boiteuse. Tant que cette transition voudra se construire sans la moitié de la population: les femmes, au lieu de progresser, elle reculera inévitablement.