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23/01/2016 08h:32 CET | Actualisé 23/01/2017 06h:12 CET

À table politicards! Au menu de la cinquième commémoration de la révolution vous sont servies les mêmes revendications.

Anadolu Agency via Getty Images

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Source régulière de soulèvements populaires, les difficultés économiques et les crises sociales constituent une préoccupation majeure pour les décideurs. En Tunisie, l'écart de développement entre les régions et le chômage étaient au premier plan des revendications de la révolution de décembre 2010 / janvier 2011 !

"TRAVAIL, LIBERTÉ, DIGNITÉ" ont été scandés, le régime a été renversé et un mistral de liberté avait secoué tout le territoire. Cinq bonnes années se sont écoulées et l'on attend toujours une rafale de travail et la dignité, mais ce n'est que du vent, sifflant sur le feu de la marmite sociale déjà en effervescence.

À table politicards ! Au menu de la cinquième commémoration de la révolution vous sont servies les mêmes revendications.

Le mistral ayant soufflé en 2011 a arraché l'arbre qui a longtemps caché la forêt appauvrie et ravagée par les problèmes économiques, le clivage régional et le dantesque chômage des diplômés du supérieur. Avez-vous vraiment cru que l'économie tunisienne était jusqu'en 2010 la plus concurrentielle d'Afrique -selon le Forum Economique Mondial- un modèle à suivre pour les pays en développement -selon le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale-? 'Divine Comédie' n'est-ce pas?

Ces éléments et plusieurs autres nous ont amenés à réfléchir - dans le cadre d'un travail académique - à la question du développement régional. L'objectif était de mettre en exergue les déséquilibres existants entre les régions tunisiennes et de mesurer l'impact des incitations à l'investissement sur le développement à travers la création d'emplois.

L'état des lieux est clairement sombre. Le tableau des inégalités montre que le pays est divisé en deux parties: le littoral connaissant un développement appréciable, où le progrès fut continu, et l'arrière-pays confronté à la stagnation.

Toutefois, plusieurs délégations du littoral demeurent retardées et affichent des taux de pauvreté et de sous-développement assez élevés. Ainsi, il est frappant de constater que le sous-développement n'est pas exclusif au milieu rural, le milieu urbain en est aussi affecté; des problèmes comme l'abandon scolaire, l'absence de soins médicaux ou l'absence d'activités culturelles et de loisirs sont soulevés dans toutes les régions du pays mais intensément dans les régions du Nord-Ouest et du Centre-Ouest.

En effet, mue par une politique de développement ruminée dans tous les plans quinquennaux qui se sont succédé, la croissance s'est concentrée dans les principales agglomérations urbaines du littoral où les entreprises peuvent bénéficier de toutes les économies externes offertes par la ville, allant de l'infrastructure mise en place à la qualité de la main d'oeuvre.

Moteurs de la vie économique mais aussi politique, sociale et culturelle, les centres urbains réorganisent l'espace à leur profit. Les régions rurales, assez éloignées des grands marchés de consommation et des réseaux de pouvoirs économiques et politiques, sont réduites au rôle de zone complémentaire et de compensation des agglomérations urbaines.

Fortes incitations en absence de routes et d'hélistations !

Le développement régional met en évidence le rôle défaillant de l'État en terme de complétude ou de déficience et encore faut-il le rappeler, plusieurs politiques économiques et modèles de croissance ont été retenus depuis l'indépendance sans avoir réussi à réduire les écarts régionaux ou à résorber le chômage. Chômage qui était resté constant, bon an mal an, au-dessus des 13% depuis le début des années 1990, et affectant de plus en plus de jeunes mais surtout de diplômés du supérieur.

Il est toutefois nécessaire de signaler à ce niveau que le système éducatif et formatif du pays approvisionne le marché de l'emploi de 70 000 nouveaux diplômés chaque année pendant que l'économie n'est capable d'en absorber que 25 000.

Mais pourquoi notre "Great job machine" ne fonctionne-t-elle pas convenablement malgré toutes ces incitations et ces mesures prises pour venir en aide aux régions retardées et booster la création d'emplois?

Et bien tout simplement parce que l'efficacité des incitations à l'investissement dépend de l'infrastructure socio-économique de chaque région.

Par exemple, les incitations les plus encourageantes sont destinées aux investissements qui s'implantent dans les zones d'encouragement au développement régional (prévues par le code d'incitations aux investissements de 1993) qui se situent principalement dans les régions les plus défavorisées et mal desservies en infrastructure et commodités de vie, parfois sans même une route pour y accéder.

En effet, lorsque l'on parle de développement régional, ce n'est pas uniquement le développement industriel qui est ciblé, le développement durable avec toutes ses composantes (éducation, santé, culture, respect de l'environnement, etc.) est d'une extrême envergure. Ainsi, la meilleure incitation à l'investissement consiste à assurer les conditions favorables pour l'implantation de ce dernier, de l'infrastructure de base -la santé, l'éducation, sans ignorer les services de transport et de télécommunications- à la qualité de vie à travers les événements culturels et les loisirs.

L'urgence aujourd'hui est d'adapter les ressources du pays aux besoins de chaque région, mais sans une volonté politique et sans faire participer les pouvoirs locaux dans l'élaboration des programmes de développement, ce dernier tardera à venir malgré le mot d'ordre de la Constitution.

Article 12 : "L'État oeuvre à la réalisation de la justice sociale, du développement durable, de l'équilibre entre les régions, en se référant aux indicateurs de développement et en s'appuyant sur le principe de discrimination positive. Il oeuvre également à l'exploitation rationnelle des richesses nationales."

Article 14 : " L'État s'engage à renforcer la décentralisation et à l'appliquer sur l'ensemble du territoire national, dans le respect de l'unité de l'Etat."

Article 40 : "Le travail est un droit pour chaque citoyen et citoyenne. L'État prend les mesures nécessaires à sa garantie sur la base de la compétence et de l'équité. Tout citoyen et citoyenne, a le droit au travail dans des conditions décentes et à salaire équitable."

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