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12/12/2017 13h:03 CET | Actualisé 12/12/2017 13h:03 CET

Le viol des femmes, l'autre arme de destruction du régime syrien

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En Syrie, le régime a pendant des années choisi une arme contre ses opposants: "le viol de leurs femmes". Jouant ainsi sur l'idée insensée qui envahit nos sociétés selon laquelle la femme fait la dignité de son homme ou de son père, ce régime abusif, dictateur et criminel emploie ses soldats comme des violeurs. Ces viols surviennent dans les cellules comme dans les abris de ces femmes et filles, devant les yeux de leurs époux, pères et/ou enfants.

Personne n'en parle! Et c'est ce qui profite au régime de Bashar. Parce que ces femmes ont peur de perdre leurs vies quand le viol n'a pas été publique et parce qu'elles se sentent coupables au regard de la société.

Aujourd'hui pourtant, certaines d'entre elles ont levé le voile, ont osé parlé, ont pu décrire ce qui s'est passé, ont eu le courage de donner des noms. C'est du moins ce que révèle Manon Loizeau dans "Syrie, le cri étouffé", un documentaire de 72min qui sera diffusé ce soir sur France2 (à 22h05, heure marocaine, ndlr).

Cette affaire est d'une gravité immense et ce pour plusieurs raisons:

1- Le régime syrien commence à être accepté aujourd'hui par l'opinion publique comme par les instances internationales qui font commerce de sujets de paix, comme étant une partie prenante essentielle dans la recherche de la solution.

2- Ces faits sont avérés et révélés sûrement par les instances en question et par d'autres organisations, mais on n'en parle jamais, comme si cela fait partie des règles de la guerre sans hiérarchisation des maux et des crimes.

Et plus essentiellement,

3- Ces femmes ont une double peine Elles sont d'une part violées et, d'autre part, elles sont tellement mal vues par la société que leurs maris ou pères, pétris de mentalités archaïques, vont jusqu'à les tuer s'ils en viennent à apprendre ce qui leur est arrivé. Certaines préfèrent se suicider plutôt que d'avoir à affronter cette pression calamiteuse.

En d'autres termes, en Syrie, tout le monde s'oppose à la femme. Elle est utilisée comme terrain de guerre et comme arme de guerre délocalisée. Elle subit une stratégie de viols commandés et organisés. Elle se retrouve par la suite face à une société extrêmement dure, qui se manifeste en premier lieu par un entourage masculin avec une idéologie ancestrale... Aujourd'hui, ces femmes ont tout perdu et n'ont plus rien à perdre. Mais ce qui est frappant est que certaines ont malgré tout le courage de parler, dans l'espoir de sauver les autres femmes.

Elles espèrent que l'opinion publique internationale se mobilisee. Que les prétendus défenseurs de droits de l'Homme ou de la paix, exigent la libération des milliers de femmes emprisonnées car leur sort est désormais connu. Ces femmes, par milliers, sont convaincues qu'elles n'ont plus aucune raison de vivre, sont convaincues qu'elles sont mortes.

La réalité en Syrie est un véritable enfer pour tout le monde, mais surtout pour les femmes. Elles sont massacrées de cette façon par le régime syrien. Par la dénommée Daesh, elles sont exploitées comme des objets sexuels ou comme une arme de chantage, mais ne connaissent pas un sort bien différents face aux autres groupes dits "armées".

Que faire? Vous pouvez me dire que nous n'avons pas de pouvoir pour pouvoir changer ou espérer changer la donne. Peut-être, mais nous devrions nous accorder sur une chose: nous sommes quand même responsables. Nous le sommes de par les choix locaux que nous faisons et qui influencent indirectement les choix internationaux. Et parce que nous sommes, toutes et tous, responsables, il faut agir avant de perdre complètement notre humanité. Nous devenons indifférents aux images de meurtres, de génocides et de tortures d'innocent(e)s tant les guerres hantent notre quotidien. Certains d'entre nous l'avouent et tentent de la régénérer, certains l'acceptent et d'autres la prétendent dans les discours. En tout cas, pour ces femmes, nous pouvons participer à faire pression pour libérer celles qui sont détenues, pour que certaines d'entre elles ne subissent pas le même scénario.

Mariam, 31 ans, jeune qui a perdu ses rêves car elle s'est retrouvée arbitrairement en prison et est miraculeusement sortie vivante de corps et morte d'esprit, est l'une des femmes et jeunes filles qui étaient battues les matins et violées les soirs... Au lieu de bénéficier d'un accompagnement psychologique, au lieu de voir leurs bourreaux condamnés, au lieu d'assister à la création d'un État qu'elles ont rêvé, elles sont reniées par leurs familles qui voient en elles "وصمة عار", le stigmate de la honte.

Que faire une fois de plus? Éduquer les familles et les hommes! En Syrie, c'est d'une extrême difficulté. Mais cette mentalité destructrice est généralisée à un ensemble de pays. Bien sûr, ce n'est en rien comparable au cas des femmes syriennes victimes, mais commencez par vous éduquer, femmes et hommes. Comprenez qu'une femme violée n'est pas une femme coupable et qu'elle est à protéger et non pas à rejeter. C'est une action parmi d'autres. Elle ne résout pas le problème de la Syrie, ni le calvaire de femmes, ni d'autres crimes de guerres similaires. Cependant, il faut agir!

Rappelons-nous que "ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d'agir" (Albert Einstein).

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