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10/09/2014 06h:57 CET | Actualisé 10/11/2014 06h:12 CET

Hommage à Mustapha Abdessadok: Bande de tarés!

Bande de tarés! Ne vous sentez pas viser, ce n'est pas de vous qu'il se moquait, ou peut-être que... Si! Il aurait fallu un peu plus de temps pour que ses mots, deviennent paroles. Du temps lui a manqué et sans doute du courage aussi pour créer dans les limbes de son être un passage étroit pour les mots d'aigreur qu'il a laissé trop longtemps fermenter en lui... Il était une référence pour beaucoup, pour moi, c'est sûr! "Mus" m'a corrigé mes papiers, m'a écouté, m'a conseillé, m'a accompagné pendant des heures...

Bande de tarés!

Ne vous sentez pas visés, ce n'est pas de vous qu'il se moquait, ou peut-être que... Si!

Il aurait fallu un peu plus de temps pour que ses mots, deviennent paroles. Du temps lui a manqué et sans doute du courage aussi pour créer dans les limbes de son être un passage étroit pour les mots d'aigreur qu'il a laissé trop longtemps fermenter en lui. Des mots vrais, pour la vie, à laquelle il n'était pas destiné, je pense. Combien de fois, dans tous ses états, il l'a défié, nargué, insulté pour qu'elle le quitte, elle l'a trop souvent abandonné mais ne l'a jamais quitté. C'est lui qui est parti, bande de tarés!

Il était une référence pour beaucoup, pour moi, c'est sûr! "Mus" m'a corrigé mes papiers, m'a écouté, m'a conseillé, m'a accompagné pendant des heures, beaucoup les nuits de brigades, quelques fois sans dire un mot, nous avons partagé des moments de silence, des moments chargés, denses.

Quel talent! Mais quel talent! Je suis fière, si fière d'avoir eu la chance de le côtoyer, pendant plus de 20 ans, ce brillant journaliste du service public, écorché, Mon ami!

"Mus", mon ami, tu as été sans égards quand "J'ai été nul", "écoutes! Apprends à écouter au lieu de t'exciter comme une puce!" Me disait-il. "Il te manque cette qualité d'écoute qui te permet d'entendre ce que tu dis! Des c..." Tu m'as jeté des mots de grâce, aussi, je les ai amplifiés en moi.

Des fleurs arrosées à l'eau de vie, surtout celles là d'ailleurs!... Sotte! Non... Ne dit-on pas in... Vino Veritas!

Désolée, Je ne pense pas qu'il parlait de moi, bande de tarés! Il l'a répété à des moments clés. Quand il se fâchait, il détestait cela! Quand il était mal luné, quand les animateurs se trompaient, quand les "Unes" des JP (journal parlé) l'affligeaient! Quand la presse privée le désenchantait (ont ne rend pas hommage à un confrère, en citant l'APS, c'est sûr, il vous aurait traité de bandes de tarés, quand on ne maîtrise pas son sujet on s'abstient, c'est tout! Petite leçon du maître!)... Quand les discours "politiques" le comprimait, quand la liberté rétrécissait... Il en a souffert, bande de tarés! Tu es libre à présent.

"Mumus" rêvait de présenter une revue de presse satirique. "T'imagines, ce serai le pied!" Me disait t-il et je lui répondais toujours la même chose, plus enthousiaste ses dernières années, "ah! Oui... Il y a matière!" Je commente une information, avant de finir ma phrase, il a déjà fait, un tour, deux tours d'esprit, sarcastique! Magistral! Il adorait se moquer, les mots, il les sécrétait à profusion ont n'en avait jamais assez. Rien à envier au Canard Enchaîné, son journal préféré.

Il n'aimait pas les hypocrites. Humain, sensible, tendre et courtois, il aimait la bonne cuisine et les bonnes manières, OUI j'ai bien dis, pardon écris, les BONNES MANIÈRES, qu'il vous jetait à la figure quand il avait décroché, à vous bandes de tarés!

Il n'attendait pas plus de vous, mais le temps lui a manqué, il aurait voulu vous dire, vous raconter combien il faisait bon vivre en Algérie avec ses mots obscurs, torturés et pleins de sérénité. À moi, il me l'a dit. Combien les démarcations des années 70 avaient bon goût à la rédac!

Je me suis longtemps exclamé avant de VIVRE, comprendre et assimiler le "NON SENS", y a-t-il pire?

À son dernier pèlerinage à la source, son village natal, Sidi Ali, à une quarantaine de kilomètres de Mostaganem, il m'avait raconté combien ses rues avaient changé, combien ses habitants s'étaient renfermés, combien l'opposition avait fait du chemin, l'opposition à la culture, à l'instruction à la raison! (Mais à quoi pensiez vous?!)

Mustapha Abdessadok, la maison sera bien vide à présent, les nuits à la radio, très longues, je vais essayer d'écouter, je te le promets et peut-être que je t'entendrai.

Repose en paix mon frère, mon ami, jamais je ne t'oublierais. Tu n'auras pas droit cette année à Saha Aïdek Mustapha! Ni avant, ni après (il adorait ça!) vous devinez sa réponse?

"Bande de tarés!"