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13/04/2016 06h:41 CET | Actualisé 14/04/2017 06h:12 CET

Affaire de Beni Mellal: Du pouvoir des images dans les changements de verdict

Capture d'écran

SOCIÉTÉ - Quand on pensait jusqu'à présent aux images instantanées prises avec nos téléphones portables, à leur utilité et à leur circulation, c'était surtout pour se souvenir d'un coucher de soleil, d'un moment passé avec un ami cher ou tout simplement d'un repas familial le vendredi pour les partager par la suite avec ceux qui ne sont pas avec nous.

Et voilà que ces mêmes appareils, nichés dans les poches de tous, du pauvre comme du riche, des femmes et des hommes, des gens du pays comme de ceux qui le visitent, deviennent des outils de témoignage.

À Beni Mellal une main qui tient un de ces appareils filme une scène d'une violence inouïe qui, comble de l'horreur, commence à devenir régulière au Maroc, sur le continent africain, au Moyen-Orient et dans tous les autres pays qui s'auto-définissent comme conservateurs.

Sur cette vidéo, un rapport de forces est évident: ceux qui filment VS ceux qui sont filmés. Ceux qui filment sont des voix d'hommes virils crachant des insultes dans un espace privé qui n'est pas le leur, ce sont aussi les mains et les pieds de ces mêmes hommes qui percutent physiquement la partie adverse. Ceux qui sont filmés sont quant à eux deux corps d'hommes entièrement visibles grâce au cadrage du "cameraman", entièrement nus, ensanglantés, punis pour leur union intime dans un espace clos. Ils sont jugés par d'autres citoyens pour "pratiques homosexuelles" dans leur propre espace privé.

La vidéo est postée sur Internet et comme presque toutes les vidéos à notre époque, elle circule dans le monde et les gens réagissent, c'est le principe. Parmi ces personnes qui regardent ces images: des journalistes, des associations des droits de l'Homme, des policiers et nous. L'affaire prend de l'ampleur, arrestations, pétitions, tribunal, jugement, sursis pour les agresseurs, prison ferme pour une des victimes, manifestation Femen, colère associative, deuxième jugement, sursis pour les victimes et emprisonnement des agresseurs.

Les images souvenirs de cet acte morbide filmé par ces personnes qui se sont autoproclamées gardiennes de la tradition et de son respect ont remis encore une fois des questions urgentes sur la table. Des sujets lourds, une blessure qui s'infecte de plus en plus. Celle des droits humains et de leur application dans nos pays dit conservateurs.

Ces images amateurs qui ont attiré le regard du monde, ont peut-être joué un rôle sur le changement de verdict, en enfermant l'agresseur et en "libérant" la victime (chose qui devrait être logique et qui ne se fait pas automatiquement chez nous) mais nous ne parlerons pas ici d'un "happy end" ou d'une victoire, vraiment pas.

Mais plutôt d'une scène publique à remplir par nous TOUS, de témoignages sortis de ces boîtes miraculeuses fourrées au fond de nos poches ou de nos sacs à main, pour dénoncer ces abus et pour contribuer à changer ces injustices.

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