LES BLOGS
25/11/2015 08h:17 CET | Actualisé 25/11/2016 06h:12 CET

Don't #PrayForTunis...

ATTENTAT - #ThinkForTunis! La Tunisie a besoin aujourd'hui, à mon avis, de plus que des prières et des paumes ouvertes ou des têtes contre le sol.

#ThinkForTunis!

La Tunisie a besoin aujourd'hui, à mon avis, de plus que des prières et des paumes ouvertes ou des têtes contre le sol.

La Tunisie demande de la réflexion.

Je pense que la seule issue possible pour la Tunisie est de la réflexion, qui devrait engendrer une remise en question immédiate afin d'en retenir les leçons.

Tout ce que je perçois en ce moment, c'est un passage à coté des problèmes réels - et cela lors de chaque catastrophe - soit par incompétence, soit par hystérie, soit par opportunisme politique.

Voici mon constat personnel de l'attentat d'hier:

L'échec du ministère de l'Intérieur

Il s'agit de la première attaque en plein coeur du centre-ville, et à quelques centaines de mètres du ministère en question (l'endroit le plus protégé du pays) contre un bus de la garde présidentielle.

C'est une sonnette d'alarme qui indique que l'heure est grave, que la police "républicaine" devrait plus se concentrer sur sa lutte contre le terrorisme au lieu de chercher sous la couette des gens dans les hôtels (cas du touriste allemand arrêté à Hammamet fin octobre), ou d'aller fouiller dans l'intimité des gens et utiliser ses ressources (policiers et médecins légistes) pour vérifier l'anus d'un jeune homme (cas du jeune homosexuel).

La police devrait peut-être aussi arrêter, ou du moins diminuer les prélèvements de pisse (loi 52 concernant la dépénalisation du cannabis) dans le but de mettre fin à la vie d'un jeune et de faire de lui un potentiel délinquant ou un terroriste - pour un joint.

Les renseignements devraient peut-être aussi arrêter de suivre des jeunes activistes et faire de l'écoute téléphonique sur des gens qu'ils savent au préalable innocents juste pour répondre à la demande de Mr X, pour nourrir leur curiosité ou subvenir à des besoins politiques.

Ils pourraient aussi juste ne pas taper sur les journalistes qui sont venus faire leur boulot comme eux.

L'échec des médias

Avec tout mon respect, je trouve que la réaction de la plupart des médias locaux flirtait avec de l'amateurisme.

Un flagrant retard pour se mettre sur l'affaire, des tentatives de rattrapage de retard avec de la précipitation quant à la diffusion de certaines informations, etc.

Et pour couronner le tout, les mauvais invités sur les mauvais plateaux.

L'échec de la politique

Je ne suis pas un fervent défenseur du concept de consensus ou de paix globale, réalisant le fait que cela s'apparente à de la politique et qu'au contraire, une scène politique diversifiée est plus rassurante (et je trouve également qu'il y avait plus important à faire que la bagarre interne au sein d'un parti).

Pour le reste, en mettant en priorité les intérêts personnels très minimes au lieu de l'intérêt du pays et des électeurs, les politiciens ont raté une énième chance de se démarquer et de montrer leur degré de dévouement envers la patrie. Ils sont en train faire tomber dans l'eau leur - déjà - petit capital de confiance auprès des gens.

L'échec des citoyens

À mon avis, ce que mes compatriotes n'ont pas compris - et ce depuis 2011, c'est qu'il y a un état intermédiaire entre l'hystérie et la nonchalance totale. Mais hélas hier encore, nous avons assisté à une hystérie entre les gens qui se défoulent sur les autres, ceux qui se défoulent sur Mark Zuckerberg parce qu'il n'a pas activé la "Security check" - pour un attentat qui a touché une vingtaine de personnes reconnues dans la soirée.

Après, il y a bien sur ceux qui par ignorance ou par connerie, s'en prennent aux droits de l'homme, à la liberté d'expression et qui réclament la barbarie pour combattre la barbarie - ne prenant pas en compte des différentes expériences dans le monde.

Et encore pire (le ballon d'or de l'hystérie), les gens qui réclament l'ancien régime de Ben Ali, prétextant qu'il n'y avait pas de terrorisme à son époque - sans prendre en considération la censure médiatique qui les empêchait de voir ça et aussi le fait que Ben Ali lui-même est un terroriste, qui a terrorisé, torturé et assassiné ses opposants et tous ceux qui sont différents de sa pensée unique (j'ai été personnellement kidnappé et torturé pendant une semaine à l'âge de 16 ans par un ordre de Ben Ali).

Sinon, comme on peut faire un constat plus global et retenir des leçons. On peut aussi faire la sourde oreille, refuser d'admettre nos échecs, concentrer nos efforts sur la manière dont l'Occident va nous voir, refléter une jolie apparence avec un fond qui moisit jusqu'à l'écroulement.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Galerie photo Attentat à Tunis contre un bus de la sécurité présidentielle Voyez les images