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07/12/2015 05h:51 CET | Actualisé 07/12/2016 06h:12 CET

Que se passe-t-il au foyer Haroun Errachid?

ENSEIGNEMENT - Si l'enseignement est toujours gratuit et obligatoire pour tous, les conditions, les infrastructures se sont détériorées à un point tel qu'on croirait qu'elles n'ont été ni améliorées ni rénovées depuis les années 1960.

Aux lendemains de l'indépendance, et avec l'avènement de la Première République, le Président Bourguiba, fort de son aura de militant nationaliste et de ses succès incontestables imposa la généralisation et la gratuité de l'enseignement, aussi bien pour les filles que pour les garçons!

Parfois même il eut recours à la coercition pour obliger certains pères récalcitrants à inscrire leurs progénitures de sexe féminin, dans les écoles primaires fraîchement bâties. Par ailleurs, convaincu que la Tunisie, pays aux faibles ressources naturelles devait miser sur l'humain, plutôt que sur des énergies rapidement épuisables, il accorda au ministère de l'Éducation un budget très important, au détriment, par exemple, de celui de la Défense.

Au point que ses pairs le mirent en garde et le prévinrent contre le soulèvement d'un peuple éduqué, auxquels pairs il répondit: "Je préfère être renversé par un peuple éduqué que par une horde d'incultes!" C'est ainsi que des écoles primaires furent bâties dans toute la république, même dans les plus petits patelins reculés. Des enfants de toutes conditions sociales confondues, issus de régions citadines ou rurales rejoignirent les bancs des écoles et eurent droit à un enseignement bilingue moderne.

De fait, au cours des premières décennies consécutives à l'indépendance, l'enseignement constitua un véritable ascenseur social puisque les quelques établissements de l'enseignement supérieur formèrent des centaines de médecins, d'architectes, d'ingénieurs, d'enseignants...

L'État accorda, en effet, une attention particulière aux étudiants, prit en charge la formation à l'étranger de certains d'entre eux, attribua des bourses aux plus démunis, ordonna l'édification des foyers universitaires pour recueillir des centaines de jeunes filles, et de jeunes hommes, issus de l'intérieur du pays, pour qu'ils puissent poursuivre leurs études, dans la capitale, puisque, à ce moment-là, les universités n'étaient pas encore décentralisées.

En un mot, les étudiants jouissaient d'un statut particulier et bénéficiaient d'un traitement de faveur par les autorités puisqu'ils allaient constituer plus tard le vivier duquel l'administration tunisienne puiserait ses membres les plus éminents! Cependant, la question qui se pose aujourd'hui, soixante ans après l'indépendance, est de savoir si l'État continue à accorder la même attention à ceux et celles qui constitueront les futurs dirigeants du pays.

Force est pour nous de reconnaître qu'il n'en est rien, malheureusement! Si l'enseignement est toujours gratuit et obligatoire pour tous, les conditions, les infrastructures se sont détériorées à un point tel qu'on croirait qu'elles n'ont été ni améliorées ni rénovées depuis les années 1960. Je vais citer à ce propos l'exemple du foyer universitaire Haroun Errachid à Mutuelleville dont les pensionnaires ont vécu un drame que le ministère de tutelle semble ignorer ou qu'il occulte, pour des raisons inconnues.

Venons-en aux faits: Ledit foyer universitaire pour jeunes filles se situe dans l'un des quartiers les plus chic de la capitale, il est constitué de deux blocs pouvant recueillir de nombreuses étudiantes, et d'un restaurant universitaire, dont on m'a dit qu'il était le meilleur, à la fin des années 1970.

Seulement, depuis deux ans, l'un des blocs a été déserté et vidé de ses occupantes et le deuxième vient de l'être, il y a peu de temps! Pourquoi? Qu'est-ce qui s'est passé pour que le foyer perde sa vocation première, celle d'héberger les nouvelles bachelières? Remontons à la fin du mois d'octobre, quand un soir, une rumeur a circulé dans les couloirs de ce bâtiment imposant, disant qu'il y aurait une défaillance au niveau de l'installation électrique.

Une femme de ménage opérant au premier étage s'est plainte, en effet, d'avoir failli être électrocutée par une décharge électrique. Les responsables du foyer ont alors demandé aux étudiantes de déménager aux autres étages, parce que, apparemment le problème se limitait au premier. Tant bien que mal, les jeunes filles se sont installées avec leurs amies, dans leurs chambres situées plus haut, en attendant des jours meilleurs.

Cependant, une décision douloureuse n'a pas tardé à tomber comme un couperet, accentuant le malaise et le désarroi de ces étudiantes qui sont obligées de quitter définitivement le foyer: Le 24 octobre 2015, les responsables de l'Office National des Œuvres universitaires (ONOU) décident de le fermer et de les transférer pour les loger dans d'autres édifices dépendant du ministère de tutelle.

C'est ainsi que certaines se sont retrouvées à El Menzeh 7, d'autres à Ibn Khaldoun, d'entres encore au Bardo et sept d'entre elles, qui ont eu moins de chance et été mal loties, ont été logées à La Fayette. Ces étudiantes ont atterri au dernier étage de la bâtisse, dans une salle, jusque-là dédiée au sport, un endroit inadéquat où on a ajouté des lits pour qu'elles puissent dormir et des casiers pour qu'elles puissent ranger leurs affaires!

En outre, elles ne disposent pas de toilettes, ni de douches, mais sont obligées de descendre un étage plus bas pour leurs besoins naturelles et leur toilette quotidienne! Sans oublier qu'il fait très froid dans ce gymnase, dont les murs sont rongés par l'humidité, ni les désagréments causés par la promiscuité de sept filles de caractère et de tempérament différents: quand l'une a envie de réviser ses leçons, l'autre veut écouter de la musique, et l'autre encore veut éteindre la lumière pour répondre aux appels pressants de Morphée!

En somme, ces étudiantes vivent un calvaire dont elles ne voient pas la fin, puisque les travaux promis par les responsables de l'ONOU n'ont même pas été entamés, de fait, le provisoire risque de durer et la situation risque de ne pas s'améliorer! Par ailleurs, si vous croyez que celles qui ont été logées à Menzeh 7 ont eu plus de chance, détrompez-vous et sachez qu'elles souffrent, à un degré moindre, de la promiscuité et de l'absence d'intimité. Elles sont logées à deux, dans une chambre individuelle ou à quatre dans une chambre pour deux personnes (on se contente d'ajouter des lits supplémentaires dans des pièces exiguës, si bien que la porte ne ferme pas!).

Si on ajoute à tous ces désagréments, celui du transport, le tableau négatif est complet et la coupe est pleine! Au foyer Haroun Errachid un bus spécial venait les chercher au foyer et les raccompagnait le soir, alors que maintenant, elles sont obligées de parcourir plusieurs kilomètres pour se rendre à la station 10 décembre à l'Ariana et prendre le métro! Le soir, après une journée consacrée aux cours, elles doivent se débrouiller par leurs propres moyens pour regagner leurs pénates!

Comment pourront-elles se concentrer, dans ce cas, pour se consacrer à leurs études? Comment vont-elles répondre aux attentes de leurs parents de voir leur année universitaire couronnée de succès?

En définitive, la Tunisie qui était pionnière en matière d'éducation, est aujourd'hui à la traîne des autres pays en voie de développement! Alors que nos universités, dans les années 1970 et 1980, étaient citées en exemple, elles semblent actuellement tombées en décrépitude!

Que compte faire le ministre de l'Enseignement supérieur pour remédier à la situation déplorable de ces étudiantes? Quels sont les projets prévus par le gouvernement Essid durant les quatre prochaines années pour que l'université tunisienne récupère ses galons perdus? Voilà des questions auxquelles on aimerait avoir des réponses!

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