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18/12/2017 06h:31 CET | Actualisé 18/12/2017 06h:31 CET

Dar Joued: Le Gynécée des laissées-pour-compte!

Facebook/El Jaida

Bahja: une jeune femme cultivée, férue de littérature romantique française, mariée à un médecin, mère d'une fille et d'un garçon, issue d'un milieu aisé appartenant à la bourgeoisie tunisoise. Elle se déchaîne quand elle est confrontée à l'infidélité de son époux, quitte le lit conjugal, et refuse d'avoir tout commerce avec lui. Malgré son apparente modernité, son conjoint, devant ses refus répétés, la punit en inscrivant ses deux enfants dans un internat, et la condamne, avec la complicité de cadis (juges) complaisants, à un séjour d'une durée indéterminée à Dar Joued, sous prétexte qu'elle s'est refusée à lui, au lit.

Leïla une magnifique brune plantureuse à la belle poitrine opulente, au tempérament de feu, mariée de force, après le décès de son père, à un vieillard impuissant. Elle papillonne d'un homme à un autre, parmi les ouvriers au service de son mari. Néanmoins, elle est rejetée, insultée et humiliée par sa dernière conquête, et, de surcroît, son mari-bourreau, la soupçonnant d'infidélité, recourt au cadi de la famille pour la jeter dans cette prison pour femmes rebelles. Elle se sent mal-aimée, a une soif inextinguible de tendresse et retrouve auprès de ses compagnes de malheur, l'amour sororal, amical, filial dont elle a toujours rêvé! C'est pourquoi, elle a préféré la mort à un possible retour à un foyer conjugal, dépourvu de tout sentiment ou affection.

Hassaina: une jeune lycéenne, orpheline de père se retrouve sous la tutelle d'un membre agnat de sa famille, son oncle maternel, en l'occurrence. Un cheikh intransigeant et opportuniste qui l'envoie croupir à Dar Joued, avec la complicité d'un cadi de la famille, contre une promesse d'intercession auprès du Bey pour récupérer un bien spolié par ce dernier. Il surprend, sur le chemin de retour de son lycée, la nièce avec son amoureux en train de lui conter fleurette. Malgré l'intervention de sa tante paternelle, complice espiègle et compréhensive, qui se prévaut d'une recommandation paternelle pour sauver Hassaina de la sentence prononcée par son oncle, et celle timide sa mère effacée et inoffensive, elle rejoint la cohorte des femmes enfermées dans cette prison aux murs épais.

Fatma la jaida ; tenancière de la prison pour femmes rétives ou innocentes, selon le cas: une vieille mégère d'un certain âge, fourbe, sournoise et opportuniste, qui joue à merveille son rôle de cerbère inflexible et de duègne intraitable. Elle a toujours l'insulte à la bouche, à la moindre petite incartade, n'hésite pas à délester les couffins fournis par les familles des captives, de quelques douceurs exquises qu'elle s'offre, en cachette, dans son antre défendu. Elle a pour rôle de mater les fortes têtes, et elle s'en acquitte, à la perfection. Elle insulte les femmes, les roue de coups, les prive de nourriture, leur impose des corvées et des tâches ménagères rebutantes, toute la journée. Sans oublier qu'à la moindre incartade, elle les enferme dans une cave infestée de rats, jusqu'à ce qu'elles cèdent et baissent les bras!

Cependant, comment est-il possible de faire se rencontrer ces femmes issues de milieux très différents, dans un même lieu?

Il faut dire que la magie de la société patriarcale a parfaitement agi! D'un coup de loi charaique, saupoudrée d'un ou deux versets du Coran manié et exploité à bon escient par des cadis de la famille de différentes obédiences dont le rôle premier est d'émettre des fatawi, au plus offrant, contre monnaies sonnantes et trébuchantes, pour justifier l'injustifiable!

Une femme n'a pas l'heur de plaire à son époux, une autre, rétive et désobéissante, une autre encore dont le mari ou les frères ou oncles veulent se débarrasser est vite jetée à la trappe, abandonnée, oubliée dans ladite Dar Joued, jusqu'à ce que mort s'ensuive, parfois. Celle qui a de la chance attendra le bon vouloir de son seigneur et maître, pendant des jours, des semaines, des mois, avant de regagner son foyer, tête baissée, yeux éteints, complètement amorphe et asthénique et se soumettra à toutes ses exigences, sans rechigner, dorénavant!

N'était-elle pas belle la vie de nos grands-mères et arrière-grands-mères? Il serait intéressant que ceux qui pensent redorer le blason des awkafs et des biens de main-morte voient et revoient ce film qui retrace un passé récent dont les relents nauséabonds ont colonisé les esprits de ceux qui veulent faire un bond en arrière pour ressusciter les anciennes institutions surannées et obsolètes!

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