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29/01/2018 08h:32 CET | Actualisé 29/01/2018 08h:32 CET

Le consentement pour les Nuls!

RyanKing999 via Getty Images

Suite à l'affaire Weinstein, le mouvement #MeToo et #BalanceTonPorc, le monde est confronté à une question de taille, celle de délimiter la frontière du consentement. Une notion qui semblerait floue pour certains et claire pour d'autres, elle sort enfin du placard pour redessiner de nouveaux repères à une société qu'on accuse de perdre ses repères.

Si, pendant longtemps, le consentement n'était pas au cœur des débats de société, c'est parce que, pendant des siècles, on avait occulté la liberté et l'individu, ou plutôt les libertés individuelles. Pourtant, le consentement est intrinsèque à la liberté. Pour être libre, il faut savoir s'habituer au "OUI" mais aussi savoir dire "NON" et savoir entendre la négation et la respecter. C'est pour cela qu'aujourd'hui, on arrive à un moment charnière, notre époque est bouleversée par l'absence de contrainte... ou presque. La seule contrainte, c'est le consentement.

La notion du consentement baigne dans une zone grise depuis toujours puisqu'on a tout fait pour brouiller les pistes: notre société a été régie par les traditions, le religieux et le patriarcat. Tous ont la soumission en commun. Et sous la soumission, on ne se pose pas réellement de questions. C'est seulement quand on est libre qu'on cherche à réfléchir. Lorsqu'on est soumis, on vit sous tutelle, ce n'est jamais le "je" qui est responsable de ses torts, c'est souvent le tuteur ou la collectivité: le Dieu, le père, la société, la coutume. Ainsi, lorsqu'on cause du tort, ce n'est jamais très grave. On banalise le mal puisque "tout le monde le fait" et puisque "c'est permis". Être soumis, c'est vivre par délégation: on délègue la prise de décision et on délègue le processus de réflexion. La soumission, c'est la garantie de l'impunité.

Aujourd'hui, les temps ont changé. Le "Je" prévaut sur le "Nous", le libre arbitre prime sur les traditions et la responsabilité prime sur l'impunité.

Le consentement est le seul pilier solide apte à assurer à la fois la liberté et la paix sociale, apte à construire un État et à le maintenir, apte à régir les relations humaines et pourtant, on a beaucoup de mal à nous l'approprier. Pourquoi? Parce que, pendant des années, nous étions mineurs incapables et nous nous sommes vus comme tels. Nous avons intégré l'idée de la minorité. La société ne peut avoir tort, les adultes ne peuvent avoir tort, Dieu ne peut avoir tort et nous avons tort. Nous avons aussi intégré l'idée que nous sommes différents de la société, que la subir c'est une fatalité, que la changer relève de l'impossible, que nous sommes condamnés à rester mineurs pour l'éternité, que nous ne pourrons jamais devenir adultes et que nous n'allons jamais transcender le divin.

Et pourtant, quand il s'agit de consentement, tous ont eu tort et nous aussi.

Le consentement est une notion étrangère à notre culture. Dès l'enfance, on nous enjoint d'obéir, de ne jamais contredire nos ainés même quand ils ont tort et la question de l'intégrité physique est la première à se poser en bas âge. Nous avons tous entendu ce fameux:"embrasse ton tonton, embrasse ta tata" même quand on en n'a pas envie.

"Presque tous les adultes, les femmes autant que les hommes, utilisent les enfants comme ce que l'on pourrait appeler des objets d'amour. Nous estimons avoir le droit, et même le devoir, de leur imposer notre "amour", des signes visibles et tangibles d'affection, toutes les fois que cela nous convient, de la façon qui nous convient et que cela leur plaise ou non". John Holt

Nous avons tous entendu ce fameux "baisse les yeux! Ne sois pas insolent" quand on répond à un adulte ou qu'on aspire à avoir un échange avec lui. On comprend vite qu'on n'a pas notre mot à dire, que notre voix ne sera pas entendu ou ne sera pas prise au sérieux. Quand il s'agit de notre corps, la société et la famille ont un droit de regard. Pire encore, ce sont les autres qui disposent de notre corps. Selon Kamel Daoud, le corps appartient au père, au frère, au cousin, jamais à la personne. C'est ce qu'il appelle le syndrome de la femme décapitée. Il se trouve que dans les sociétés patriarcales, les enfants et les femmes sont mis dans la même catégorie des incapables mineurs. Pour emprunter l'expression de Kamel Daoud, les corps de ceux-là sont une place publique, ils appartiennent à tout le monde sauf à eux. "C'est une dépossession à la naissance" dit-il.

Le consentement s'apprend dès la naissance. Et lorsqu'on nie le droit de dire "non" aux enfants, on ne doit pas s'étonner qu'ils ne puissent l'exprimer en tant qu'adultes ou qu'ils ne puissent le comprendre.

Yves Bonnardel affirme dans son livre "la domination adulte" que: "le statut de mineur entérine en fait de nombreuses sujétions et finalement de nombreuses violences. La famille est ainsi l'institution sociale la plus criminogène qui soit, mais l'école est aussi un lieu privilégié d'exercice d'un ordre adulte oppressif"

L'absence de la notion de consentement dans l'éducation des enfants les prédisposent plus tard à devenir des adultes irresponsables capables de causer du tort à autrui et les exposent aussi à une menace encore plus grande quand ils sont plus jeunes: la pédophilie, sachant que la plus part des victimes de pédophiles ont subi une agression sexuelle dans leur entourage proche, à savoir par un membre de la famille ou dans un environnement qu'ils fréquentent régulièrement (école, parc etc...).

L'écrivain Alicen Grey avait notamment fait un rapprochement entre la culture du viol et la culture pédophile dans un article publié sur le site anglophone "Feminist Current" pour nous mettre en garde contre les mécanismes communs mis en œuvre pour banaliser les agressions sexuelles contre les femmes et les enfants.

Cette banalisation est notre pain quotidien. Dans notre entourage, dans notre langage et même au cinéma. Les différents clichés véhiculés sur le "Non pour dire Oui" des femmes aggravent la situation. Parmi ses clichés, on a droit au fameux: "Imposer son désir aux femmes les fait tomber amoureuses" qu'on retrouve dans plusieurs films cultes comme "The force awakens" de la Saga Star Wars, les "James Bond" et même "The Mask of Zorro". On a droit à "les femmes font semblant d'être inaccessibles" ou "les hommes sont des prédateurs par nature! Et tous ce que les femmes font, elles le font pour allumer les hommes".

L'écrivain américain David Wong atteste de la difficulté à déconstruire tous ces préjugés dans un article publié sur le site www.Cracked.com, où il affirme:

"l'alternative est de reconnaître l'immensité du travail à accomplir pour débarrasser les mecs de leurs attitudes toxiques envers les femmes. J'ai passé deux bonnes décennies à essayer de me déprogrammer, à comprendre quelque chose qui, rétrospectivement, devrait être évident pour toute personne décente. Changer ses actions est la partie facile ; changer ses désirs prend des années et des années. C'est la différence entre faire un régime et entraîner son corps à ne pas avoir faim".

Certes, le consentement n'est pas une notion simple à appréhender, il nous reste un long chemin à parcourir pour la vulgariser et connaitre son étendu. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux intitulée "le consentement et le thé" a tenté de simplifier les choses pour ceux qui ont encore du mal avec le concept et c'est plutôt réussi.

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