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20/10/2015 11h:32 CET | Actualisé 20/10/2016 06h:12 CET

Une Mère

Près des rives escarpées, où plus que nulle part le sang des martyrs s'est mêlé aux vagues de la Méditerranée, comme un présage, s'est érigée l'histoire d'une Mère. Sa destinée est liée à celle de ses enfants, ses petits-enfants, ses descendants les plus lointains.

Par ce lien, elle est pour tous la Mère inaliénable. Chaque année, aussi loin que remontent les souvenirs brumeux de son plus vieux fils, l'injustice s'abat sur la Famille, tantôt par la mort, tantôt par la privation. Les ruisseaux qui irriguent les terres afin que continuent de germer les oliviers sont régulièrement déviés, et l'eau même devient une ressource raréfiée par l'Injustice.

Ceux qui s'emploient à la perte de la famille le font sans secret, car en ayant corrompu le monde entier - de gré ou de force, par la tromperie ou l'embrigadement - ils opèrent leur abus avec légitimité aux yeux des aveugles volontaires. Les oppresseurs utilisent la ruse, sachant que la Mère dépend des enfants, ils lui arrachent les enfants. La suffocation causée par l'usurpation et les crimes, l'indifférence et les blâmes hypocrites des faux amis provoque inévitablement l'insurrection des fils.

Tous, sans accorder d'exception à l'âge, s'éreintent du crépuscule au crépuscule à faire valoir leur Droit, celui de leur Mère. Chacune de leurs actions est insufflée par l'amour qu'ils lui portent, à Elle qui était prête à leur offrir la vie, mais dont les desseins de bonheur furent obstrués par l'Injustice.

Face à la révolte, la répression se fait plus régulière, plus ferme. L'un des garçons les plus jeunes, bambin dépendant encore du lait de sa mère, brûle un soir sans lune. Le feu avait été allumé par la haine.

Un autre, plus âgé, ayant adapté sa vie à la miséricorde d'un Dieu impuissant en cette partie du Monde, voit s'écraser le foyer qu'il avait cultivé avec son épouse enceinte, et leur petite fille. Avec la cabane misérable, sa vie tomba en ruine. Les soirées de vents portent encore ses cris de douleur aux oreilles de ceux qui veulent bien les entendre. Ils sont peu nombreux.

Un autre de ces enfants révoltés, à peine pubère et portant au cœur le combat de sa Mère, se brise là où règnent les usurpateurs. Le craquement violent de ses os, et l'écoulement progressif de son sang comme celui d'un ruisseau, font s'agglutiner autour de lui un groupe d'injustes satisfaits.

Pour la société malade, il n'y a rien d'insolite à ces évènements récurrents. La Mère pleure chacun de ses fils, chaque jour, avec la même douleur, jusqu'à ce que s'assèchent les racines des oliviers. Son chagrin est abreuvé par la pâle estime que lui accordent les aveugles volontaires.

Un jour, il ne restera aucun de ses enfants, aucun de ses oliviers, et elle mourra, elle aussi. Bien après 2015, seuls les hérésiarques porteront son souvenir douloureux à l'humanité coupable, en disant: "Elle s'appelait Palestine".

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