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22/11/2015 04h:20 CET | Actualisé 22/11/2016 06h:12 CET

L'éducation des femmes, le combat de l'homme

SOCIÉTÉ - Un jour, j'ai entendu un père dire à sa fille d'un ton ému et solennel: ma fille, compte tenu de la société dans laquelle nous vivons, en tant que père, si je dois consacrer un certain montant dans l'éducation d'un garçon, j'ai l'obligation morale de consacrer le double du même montant dans l'éducation d'une petite fille.

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SOCIÉTÉ - Un jour, j'ai entendu un père dire à sa fille d'un ton ému et solennel: ma fille, compte tenu de la société dans laquelle nous vivons, en tant que père, si je dois consacrer un certain montant dans l'éducation d'un garçon, j'ai l'obligation morale de consacrer le double du même montant dans l'éducation d'une petite fille.

Ces paroles de sagesse d'un père soucieux de l'avenir de son enfant m'avaient touchée mais c'est surtout l'engagement de cet homme pour une noble cause qui m'avait marquée. L'engagement d'un homme pour l'une des plus grandes causes du millénaire: la scolarisation des filles.

L'engagement d'un homme conscient du fait que dans le monde, deux tiers des 900 millions d'adultes analphabètes sont des femmes. L'engagement d'un homme conscient du fait que dans notre pays, le taux de scolarisation des filles au secondaire franchit à peine le seuil des 34% et que plus de la moitié des filles en milieu rural n'ont pas accès à l'éducation. L'engagement d'un homme convaincu, que sans les armes du savoir, sa fille n'aura aucune ressource pour se protéger du terrible piège de la violence conjugale qu'elle soit physique ou psychologique, des affres de l'exploitation sexuelle et domestique, du gouffre sordide de la prostitution.

L'engagement d'un homme convaincu qu'en cas d'accidents de la vie, de divorce, de rupture, de décès, de perte d'emploi, une femme sera toujours plus vulnérable et plus exposée à la précarité qu'un homme. Ce père souhaite tout simplement que sa fille, à l'instar de toutes les femmes de sa nation, soit libre et maîtresse de sa destinée. L'école est encore la seule voie offerte aux petites filles de tous horizons, pour s'approprier la force du langage et des mots, pour acquérir les outils permettant de décrypter un monde de plus en plus complexe, pour se forger les armes de l'indépendance intellectuelle et financière.

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Par ailleurs, il est vain de rappeler que dans les pays où l'éducation des femmes progresse, la surnatalité et la mortalité infantile baissent, la propagation des maladies et des épidémies est mieux maîtrisée. Puis, il va de soi qu'une femme instruite aura tout le bagage intellectuel et éthique requis pour éduquer à son tour ses enfants, garçons et filles, futurs hommes et femmes, qui seront prêts à œuvrer ensemble pour une société et un avenir meilleurs.

Enfin, le niveau d'instruction des filles signe le degré de liberté et de démocratie d'un pays. A cet égard, il est important de souligner que le monde arabo-musulman n'a pas attendu l'avènement des mouvements féministes occidentaux pour mettre l'éducation des femmes au cœur de ses préoccupations.

A la fin du 19ème siècle alors que la Nahda, vaste mouvement de renaissance et de réinvention identitaire arabe éveillait peu à peu les consciences, Qasim Amin, grande figure réformiste et controversée de la Nahda, était convaincu que le statut des femmes reflétait le statut d'une nation et le niveau de civilisation qu'elle avait atteint. "Le statut des femmes est inséparablement lié au statut de la nation. Lorsque le statut d'une nation est bas, ce qui implique le caractère non civilisé de cette dernière, le statut des femmes est lui aussi minime, et lorsque le statut d'une nation est élevé, impliquant son avancement et son caractère civilisé, le statut des femmes est lui aussi élevé" (Qasim Amin, dans son ouvrage Libération de la Femme, paru en 1899".

Mais qu'en est-il aujourd'hui? Où sont passés ces intellectuels éclairés qui osaient s'engager pour des causes loin d'être gagnées d'avance, dans une société où le poids des traditions et des croyances religieuses pesaient encore très lourd? Aujourd'hui encore, au Maroc, comme dans de nombreux pays en voie de développement, dans une famille pauvre, on préférera toujours investir dans l'éducation des garçons que dans celle des filles.

La fille sera reléguée aux tâches domestiques en attendant, comme seul espoir et faux refuge, un mariage souvent très précoce, jamais réellement consenti. De plus, dans des régions excentrées, pour des raisons de sécurité, d'accessibilité et d'insalubrité, les jeunes filles à la fois découragées par un système scolaire qui fait tout pour les exclure, et encouragées par des parents défaitistes et accablés par un quotidien difficile, abandonneront d'elles-mêmes l'école. Quelle vie, quel gâchis!

Un jour, j'ai entendu un père dire à sa fille d'un ton ému et solennel: ma fille, en consacrant mon temps et mon argent à ton éducation, je t'ouvre le champ des possibles, et à chaque fois qu'une porte se fermera, tu auras les moyens d'en ouvrir une autre. Alors, ne la laissons pas seule et démunie devant des portes fermées, et commençons par lui ouvrir celle de l'école!

Les chiffres cités dans cet article proviennent d'une étude de l'Unicef datant de 2013 et du rapport du Haut-Commissariat au Plan marocain de l'année 2014.

Ce blog a initialement été publié sur le site Successandstories.ma.

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