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27/11/2015 12h:33 CET | Actualisé 27/11/2016 06h:12 CET

Réactions aux attentats de la France et de la Belgique aux attentats : à tort ou à raison?

INTERNATIONAL - En attendant de vraies solutions politiques, le pays rouvre petit à petit ses stades, ses galeries commerciales, ses salles de concert. En attendant probablement malheureusement la prochaine menace.

En ce jour d'hommage national, l'émotion est au paroxysme. La Nation française fait le deuil de 130 fils et filles de la République. Depuis ces quelques derniers jours, après la traque effrénée des terroristes faisant des rues de Paris des sirènes ambulantes, il est venu le temps des analyses de notre stratégie géopolitique au Moyen-Orient mais également de notre politique intérieure.

Daech quant à lui est assis en tant que spectateur d'un monde qu'il a renversé l'entraînant dans la psychose à travers une série d'attaques terroristes qui semblent essaimer un peu partout, en Europe comme en terre d'islam.

Une réaction française guidée par l'émotif

Officiellement, la France vient de déclarer qu'elle allait violer les droits de l'homme dans le cadre de la réplique qu'elle souhaite donner aux attentats terroristes. Le cadre qui ouvre l'horizon à une telle violation est ni plus ni moins que l'état d'urgence. Sans passer par le filtre du juge, qui faisait une appréciation de la proportionnalité de la mesure, le ministère de l'Intérieur pourra désormais ordonner des perquisitions, de jour comme de nuit.

Il faut noter que la convention européenne des droits de l'homme contient une série de droits fondamentaux tels que l'interdiction des traitements inhumains ou dégradants. Que veut dire réellement cette déclaration de la France? Le renouvellement d'un état d'urgence pendant 3 mois, par définition privatif de liberté, nous parait très largement abusif et contraignant au regard du fait que celui-ci porte manifestement atteinte aux libertés des citoyens Français.

Il ne faut pas oublier que ces perquisitions menées contre des mosquées devant les yeux de millions de téléspectateurs, que vont-elles réellement engendrer? Une perquisition, acte d'une rare violence, va se voir attribuer une réponse toute aussi violente.

Loin de dissuader le terrorisme, elle est un terreau permettant à Daech de prospérer en faisant des généralités excessives, qui sont l'apanage de tous les extrémismes. Les jeunes déjà quelque peu manipulé par Daech, pourront se voir désormais "enseigner" la justice violente d'un monde occidental oppresseur les poussant à rejoindre la Syrie plus qu'à rester en France. Nous sommes également conscients que des mesures d'urgence s'imposent, mais celles-ci doivent passer par un filtre, fût-il mineur, de l'ordre judiciaire.

Cette mesure interne n'est pas sans rappeler que les mesures externes de notre pays sont toutes aussi inquiétantes. Les bombardements s'intensifient sans qu'on parle des potentielles victimes civiles syriennes ce qui, comme le soutien Pierre Jean Luizard dans son ouvrage le Piège Daech, fait également l'apanage du terrorisme. Nous répond à la violence des attentats par la violence des bombes larguées au dessus d'un pays et sommes prêts désormais à discuter avec le pouvoir syrien mais jusqu'à quand notre politique au Moyen sera à ce point là amateurisme?

Notre position était cohérente lorsqu'elle était mesurée. Elle est devenue incompréhensible depuis que le Moyen-Orient est devenu pour nous une vision purement économique. Les droits de l'homme sont peu invoqués pour certains pays alors que pour les autres ils sont le fondement d'une ingérence dans leurs affaires internes.

Nos contradictions nourrissent le terrorisme d'un discours violent qu'ils légitiment par le recours à la force. Il faut impérativement sortir de cet engrenage et non y sombrer.

Bruxelles, une ville morte

Du côté belge, le pays a traversé l'un des pires blockouts de son histoire, condamnant la capitale de l'Union européenne, Bruxelles à près de quatre jours de menace avec "risque imminent" d'attentat sur son territoire. C'est du jamais vu: tanks, véhicules militaires, blindés, renforts de police ont occupé les rues tout le week-end dernier, vidant la ville de toute trace de vie spontanée.

Sur les conseils de leur gouvernement, les gens sont restés reclus chez eux jusqu'au dimanche soir, paroxysme de la "lutte anti-terroriste" engagée depuis plusieurs jours et les attentats de Paris pour déloger des cellules dangereuses et arrêter plusieurs personnes qui auraient tenté de commettre des attaques à la hauteur de ce que Paris a vécu le 13 novembre.

La presse cherchait des responsables à cette situation: la médiocrité des renseignements belges pour la France, le laxisme français depuis les attentats de Charlie Hebdo en janvier dernier dans l'hexagone, Molenbeek la terrible, en oubliant Saint-Denis la non moins communautaire, paupérisée et bouillonnante.

La dérive sécuritaire critiquée et les failles antérieures des autorités

Lundi dernier, le gouvernement belge sous la pression de l'opposition mais également d'une partie de ses concitoyens, se demandant si l'on n'en faisait pas trop cédant ainsi au souhait de Daesh de terroriser la population, reconnaissait qu'un attentat avait été déjoué dimanche dernier. Ce que l'armée a ensuite démenti: la vraie question pour certains est de savoir si l'on n'avait pas basculé un peu trop vite dans une exagération de la menace d'une part, et dans un réflexe épidermique sécuritaire souvent bien mal perçu dans les démocraties européennes d'autre part. En gros, le pouvoir ne prenait-il pas un peu trop ses aises?

Le gouvernement belge donc, avec à sa tête Charles Michel, dut s'expliquer jeudi dernier devant les députés; en début d'après-midi face à eux, il soutenait l'idée d'une menace qui était encore devant les Belges. Puis le soir même, au 16 rue de la Loi, de retour dans son bureau, il parlait d'un risque écarté. En attendant, les habitants de Molenbeek sont lassés que leur ville soit considérée par le monde entier comme un repaire de Jihadistes, bien qu'une grande partie des terroristes des dernières années en Europe étant passé à l'acte, sont venus à un moment ou à un autre ici.

Le problème ici aujourd'hui se concentre sur la responsabilité et le laxisme présumé de l'ancien bourgmestre Philippe Moureaux; et désormais de son successeur, Françoise Schepmans. A-t-on été trop tolérant à l'égard de l'islam en Belgique? Manifestement oui, puisque Abaooud et Abdeslam avaient été repérés dès juin dernier pour radicalisation, étaient fichés, et le cabinet du maire en avait été informé.

Le jeu du populisme et le double jeu de la NVA avec le wahabisme

Est-on en train d'assister à la fin de l'unité nationale? Le parti séparatiste de la NVA au pouvoir joue le jeu du populisme comme toujours. Bien sûr les partis radicaux nationalistes que sont notamment la NVA surfent sur la vague en accusant les socialistes d'avoir tout permis aux musulmans, d'avoir ouvert un boulevard aux extrémistes. Soit, mais quel est au final le problème majeur: les musulmans ou l'extrémisme wahhabite?

Sûrement, le deuxième, à qui on a confié les clés des mosquées en Belgique, des centres communautaires et culturels. La NVA conteste, et en premier le bourgmestre d'Anvers, Bart de Wever. En 2013, il déclarait que "l'islam n'est pas un problème". Puis en 2015, il les comparait à Hitler, ce qui provoqua l'ire de ses derniers. En tout cas, les musulmans ont cru à l'amalgame. En réalité, il déclarait que l'extrémisme islamiste était le pire fléau depuis Hitler.

De toute façon, Bart de Waver n'est pas si fâché que cela avec les wahhabites puisque en mai dernier, il signait un accord économique historique avec l'Arabie Saoudite de près de 4 milliards d'euros pour construire une usine de recyclage dans le secteur pétrochimique. On rappelle qu'Anvers est parmi les ports les plus importants en Europe et au Monde donc intérêt économique majeur. Et on rappelle aussi que l'Arabie saoudite finance depuis des années les terroristes qui sèment la pagaille dans nos pays aujourd'hui.

Cela signifie donc que l'on restera encore longtemps ouvert au wahhabisme économique mais pas spirituel. Doit-on rappeler enfin que la Belgique est le leader de vente d'armes au Moyen-Orient, Arabie saoudite et Qatar en tête? Et contrairement à ici, les armes tuent bien plus que les mots.

En attendant de vraies solutions politiques, le pays rouvre petit à petit ses stades, ses galeries commerciales, ses salles de concert. En attendant probablement malheureusement la prochaine menace.

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