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11/11/2014 07h:24 CET | Actualisé 11/01/2015 06h:12 CET

Vers une autre forme de solidarité autour du handicap mental au Maroc

SOCIÉTÉ - Comme moi, à travers notre cher royaume, nous sommes plusieurs personnes de la société civile à avoir relevé, des décennies durant, pour la cause des personnes en situation de handicap mental, les défis les plus incroyables avec un total engagement, un altruisme sans faille et un rare sens de la responsabilité civique. Tous nous sommes actuellement hors de nous et nous refusons d'accepter ce qui est en train de se passer dans le monde de l'associatif s'occupant du handicap mental dans notre pays.

SOCIÉTÉ - Comme moi, à travers notre cher royaume, nous sommes plusieurs personnes de la société civile à avoir relevé, des décennies durant, pour la cause des personnes en situation de handicap mental, les défis les plus incroyables avec un total engagement, un altruisme sans faille et un rare sens de la responsabilité civique.

Tous nous sommes actuellement hors de nous et nous refusons d'accepter ce qui est en train de se passer dans le monde de l'associatif s'occupant du handicap mental dans notre pays.

Pour comprendre tout cela, il est important, tout d'abord, de revenir à l'été 2012, période pendant laquelle plusieurs présidents d'associations ont commencé à se contacter pour parler de leurs difficultés dans la gestion de leurs associations et structures, ainsi que de leur désespoir par rapport à ce que vivent les associations actuellement, dans leurs relations avec les instances gouvernementales.

En effet, nous étions tous totalement désappointés devant l'absence de réactivité à nos demandes et revendications, devant l'absence de réponse de la part de ces décideurs dont on attendait tellement, face à nos souhaits ô combien légitimes. Nous étions complètement dépités devant le bilan, combien éloigné de nos attentes, des projets sur lesquels se sont pourtant engagés les instances gouvernementales dont la plupart dorment encore dans les bureaux des responsables, sans aucune traduction concrète sur le terrain, et ce, malgré les multiples rappels adressés, à maintes reprises, aux responsables gouvernementaux.

Certes, dans des discours hautement médiatisés, on nous parlait de réalisations, de stratégies, de projets de lois, de la place octroyée aux personnes en situation de handicap et aux associations dans la nouvelle constitution. Mais qu'en était-il en terme de réalisations sur le terrain? Qu'est-ce que tout cela apportait vraiment, aux personnes handicapées, à leurs parents et aux responsables de la prise en charge?

C'est devant ce constat que plusieurs responsables associatifs, tous vétérans de l'action associative au Maroc avec chacun au moins vingt ans d'action associative ont décidé d'unir leurs forces au sein d'une union nationale d'associations œuvrant dans le champ du handicap mental (UNAHM).

Ces derniers ne pouvaient, en effet, rester les bras croisés devant l'absence manifeste d'implication réelle des responsables gouvernementaux dans la gestion de la problématique de la personne en situation de handicap mental, et leur incapacité aussi bien à se rendre compte des problèmes que vivent toutes les associations prenant en charge ces personnes dans notre pays, qu'à avoir confiance en leur potentiel, leur sérieux et l'intégrité des institutions et des militants dans ce domaine.

D'ailleurs, la plupart de ces militants ont participé très activement à la réflexion et à l'élaboration d'un grand nombre de stratégies sectorielles, de projets, de recommandations dans le domaine du handicap, ceci au niveau aussi bien régional que national, ce qui est complètement occulté par les responsables. Ces derniers entretiennent depuis peu avec les associations un discours dit de changement selon les principes modernes d'une "approche droit" et d'une "approche participative" très rassurante alors que, dans les faits, leurs actions sur le terrain sont à l'opposé de ces discours.

Jusqu'à aujourd'hui, les responsables gouvernementaux n'ont malheureusement pas jugé ni intéressant ni utile de capitaliser sur l'existant, malgré l'expertise qu'ont atteint bon nombre d'associations prenant en charge les personnes en situation de handicap mental dans notre pays, expertise qui constitue, à notre avis, un des principaux leviers pour le développement de leur prise en charge.

Pire encore, des responsables s'évertuent à pointer du doigt la société civile s'occupant du handicap mental en l'accusant même, publiquement, à chaque fois qu'ils en ont l'occasion, d'incompétence si ce n'est d'autre chose. On accuse aussi celle-ci de ne pas être capable de trouver les financements nécessaires pour leurs actions, de ne pas respecter les cahiers de charges réglementaires, de ne pas suffisamment s'investir dans la sensibilisation pour les droits des personnes en situation de handicap mental, de manquer de technicité et de ressources.

Bref, et aussi incroyable que ça le paraisse, on lui fait endosser toutes les responsabilités dans les problèmes que pose la prise en charge de ces personnes dans notre pays. C'est pour tout cela que ces associations ont décidé de réunir leurs forces pour créer l'Union qui représente les associations œuvrant dans ce domaine et défendre leurs droits, ainsi que ceux des personnes en situation de handicap mental.

Et si on essayait de donner un rudiment d'éclairage sur les exigences des responsables politiques par rapport aux associations? Pour eux, la société civile est censée être efficace et au plus haut niveau de performance en techniques de prise en charge des personnes handicapées, en entrepreneuriat, en communication, en formation, en collecte de fonds, en événementiel, en gestion, en finance, en juridique, en stratégie à moyen et long termes et tout cela sans jamais faillir à leurs taches.

Mais est-ce possible? Car ce n'est pas parce que ces parents ont pu, grâce à d'énormes efforts, mettre en place des projets de très grande valeur pour leurs enfants et les enfants des autres, et ont usé de tous les moyens qu'ils avaient à l'époque pour arriver aux résultats actuels, qu'il peuvent être experts dans tout.

La tendance actuelle chez les responsables politiques, c'est d'oublier que les responsables associatifs, dans ce domaine, sont d'abord des parents qui, pour la plupart d'entre eux, se sont engagés pleinement pour cette cause pendant des décennies et ont pu, malgré toutes les difficultés rencontrées, développer une remarquable expérience et une grande expertise.

Les parents, quant à eux, et la société toute entière, mal informés qu'ils étaient sur les difficultés que traversaient les associations prenant en charge les personnes en situation de handicap mental, rendaient les acteurs associatifs seuls responsables des problèmes qui existaient, tout en exigeant d'eux des prestations de qualité. Le problème, c'est que les responsables gouvernementaux, au lieu de corriger cette erreur de perception dans l'intérêt de tous, utilisaient au contraire cela pour fustiger les associations.

Quand on rajoute à cela le fait que, ces dernières années, les ressources en personnes susceptibles de s'investir massivement et bénévolement dans cette cause fondaient comme neige au soleil, la gestion des associations devenait tout simplement "mission impossible". Les bénévoles ont pris la juste mesure de la lourdeur et de l'engagement nécessaires et ne veulent plus, en effet, s'impliquer. Et personne ne semble s'en rendre compte.

Les associations de parents et amis des personnes en situation de handicap mental ont joué un grand rôle, à la fois dans la prise en charge des personnes en situation de handicap mental et dans l'aide à leurs familles. Mais il ne faudrait pas oublier qu'ils ne peuvent avoir les moyens de répondre aux besoins des 327 000 citoyens marocains en situation de handicap mental.

La pérennité et l'efficacité des actions existantes est mise en danger par le non investissement des responsables gouvernementaux dans la problématique de la personne en situation de handicap mental, d'une part, et par le retard dans l'engagement du gouvernement dans la capitalisation sur l'existant, d'autre part. Cette situation bloque complètement toute possibilité de développement des projets de prise en charge de ces personnes.

Notre souhait en créant cette union c'est:

• que le statut et l'état de personne en situation de handicap mental soit reconnu officiellement.

• que les personnes en situation de handicap aient comme n'importe quel citoyen marocain des droits dans leur pays ;

• que le nécessaire soit mis en place pour l'égalité des chances

• qu'on pousse le gouvernement à s'engager concrètement sur un cahier de charges spécifique et selon les normes requises de la prise en charge des personnes en situation de handicap mental, dans le strict respect de leurs besoins

• qu'on fasse le nécessaire auprès des instances gouvernementales afin d'avoir des réponses et des résultats rapidement aux propositions de l'UNAHM

• qu'on mette en place un organe chargé du dossier du handicap au niveau des instances gouvernementales

• qu'on enrichisse nos actions avec les propositions des uns et des autres

• qu'on continue à militer ensemble, la main dans la main avec les responsables gouvernementaux, pour la cause des personnes en situation de handicap mental, tout en sachant que normalement, les associations ne devraient militer que pour l'amélioration de leurs conditions de vie et non pour des droits qui auraient dû être acquis depuis plusieurs années déjà dans notre pays qui se veut moderne et en conformité avec les conventions internationales signées par le Maroc.

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