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16/09/2015 13h:42 CET | Actualisé 16/09/2016 06h:12 CET

Bienvenue chez Monsieur Moulchi

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"Le monde du travail est une jungle". Il vous est arrivé d'entendre cette phrase ? Et vous étiez plutôt d'accord? Oui ? Dans ce cas, une petite entreprise familiale à la sauce marocaine pourrait l'illustrer à merveille. Souvent, le climat y est exotique jusqu'à plus soif. Tout comme certaines créatures qu'on y croise parfois... Se risquer à étudier ces dernières n'est pas sans danger. Mais si vos vaccins anti-palu sont à jour, respirez profondément et suivez le guide.

La population atypique de la PME familiale marocaine est décomposable en trois catégories. La première espèce comprend un membre unique. Pas n'importe lequel. C'est un VIP, j'ai nommé M. Moulchi (en dialecte marocain, "moulchi" signifie littéralement "propriétaire"). M. Moulchi est le fondateur-dirigeant de l'entreprise. Ici, il est l'alpha et l'oméga.

Cet ersatz de Louis XIV (un chouia moins raffiné peut-être) aime rappeler, à grand renfort de hurlements dans les couloirs, quelques vérités transcendantes. "Les congés, c'est moi !", "Les procédures, c'est moi !", "Les primes, c'est moi !". Il existe d'autres poétiques variantes. J'ai pudiquement choisi de vous les épargner ici.

C'est devant M.Moulchi que les employés sont invités à faire régulièrement des courbettes. Des révérences dûment chorégraphiées pour les plus zélés. En cas d'oubli, M. Moulchi leur rafraichira volontiers la mémoire.

Chaque matin, les employés de M.Moulchi croisent les doigts pour qu'il soit de bonne humeur. Entendez par là (par ordre décroissant d'importance) : que l'argent continue de couler à flot dans ses comptes...que le fisc ne lui cherche pas de poux... que la carrosserie de sa voiture de sport adulée demeure immaculée ...que son taux de cholestérol reste stable ... qu'il n'y ait pas d'eau dans le gaz avec une créature de son harem...et enfin que ses rejetons freinent un peu sur les bêtises cocaïnées pour cause d'argent de poche illimité.

Mais ne me faites pas écrire ce que je n'ai pas écrit : la bonne humeur de M. Moulchi ne garantit en aucun cas son sang froid. Les voies de la psychologie de M. Moulchi sont impénétrables...

Ceci dit, une chose est sûre : les colères de M. Moulchi ne passent jamais "inaperçues". Les vitres n'ont qu'à bien se tenir car un "M. Moulchi" digne de ce nom a du coffre.

Comment pourrait-il en être autrement ? Aucun contre-pouvoir, de l'argent à tire-larigot, des salariés pour la plupart au garde-à-vous (tétanisés qu'ils sont par la précarité de leur situation, fruit amer d'une combinaison malheureuse entre un ersatz de diplôme et un réseau anorexique). Soit dit en passant, ce n'est pas l'éducation sommaire qu'a reçue notre homme qui changera la donne.

Ne restera plus qu'à espérer que les foudres du ténor ne soient pas suivies de conséquences fâcheuses. Car, contrairement au dicton qui veut qu'un chien qui aboie ne morde pas, M. Moulchi peut simultanément aboyer et mordre.

Dans un autre registre, sachez que la ponctuation et l'orthographe sont des notions abstraites pour lui. Résultat, il faut souvent s'y prendre à plusieurs pour décrypter les phrases de ses mails. Un exercice de haute voltige...

Faites aussi le deuil des formules de politesse. Les "merci", "s'il vous plait" et autres "bonne soirée"? Des âneries que M. Moulchi dédaigne ! La politesse est une perte de temps et donc (et surtout) d'argent.

Intéressons-nous à présent à la seconde catégorie de la population de notre jungle. C'est la Cour gravitant autour de M. Moulchi qui l'incarne. Une joyeuse bande formée de neveux de M. Moulchi, de cousins de troisième degré, de gendres, d'ex, de beaux-frères, d'odalisques, etc.

Ce beau monde sera l'œil de Moscou qui vous aura partout à l'œil, y compris aux endroits les plus improbables de l'entreprise (je ne vous fais pas de dessin).

Gare à vous si consommez trop de savon ou vous accordez trop de pauses. Ce n'est pas parce-que certains de ces personnages ne figurent nulle part dans l'organigramme (quand il y en a un) que leur capacité de nuisance est nulle...

La troisième catégorie, elle, est formée par la petite masse des M.et Mme Tout le monde. De pauvres hères catapultés par pur hasard sur les terres de M. Moulchi.

Ici, pas de jaloux : tout le monde est servi. M. Moulchi a conçu un ingénieux système de roulement par la grâce duquel chacun a droit, un jour ou l'autre, à un mot "pas gentil", un regard "noir" ou une franche volée de bois vert.

On pourrait croire que la solidarité est de mise au sein de cette dernière catégorie. Pas toujours, pas toujours ! Cette dernière est parfois secouée par des coups de Jarnac et autres subreptices coups fourrés. Car, au sein de la jungle de M. Moulchi, chacun a dû développer une stratégie de survie. Et là, on rivalise d'imagination.... À suivre dans Bienvenue chez Monsieur Moulchi.

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