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02/04/2015 13h:24 CET | Actualisé 02/06/2015 06h:12 CET

Bienvenue chez les cordons bleus

Shutterstock / Ariwasabi

CUISINE - Une jeune femme estampillée bien sous tous rapports sous nos cieux se doit d'être un cordon bleu. C'est le minimum syndical pour un CV girly qui tienne un tant soit peu la route chez nous. Je me suis toujours méfiée des sentiers battus. Résultat : à vingt-cinq balais révolus, je ne sais rien cuisiner, hormis une omelette (toujours réussie sinon).

J'ai toujours fait de cette "tare" un sujet de plaisanterie. Voire de fierté, dans la veine "je suis une originale". Cela a duré jusqu'à ce que diverses mésaventures m'aient enseigné que le manque d'autonomie en matière de cuisine n'était pas une sinécure. Dépendre d'autrui pour la cuisine ou être contrainte de se restaurer dehors n'était pas spécialement agréable.

Cette prise de conscience tardive arrive opportunément, à un moment de ma vie où je dispose de davantage de temps libre. Je décide donc de me mettre derrière les fourneaux pour que mes lacunes s'évaporent. Je sais pertinemment que le challenge sera de taille : je pars de zéro (ou de tout nombre négatif qui vous plaira).

Pour varier les plaisirs, je me mets à la fois à la cuisine et à la pâtisserie. Les jours 100% cuisine, je m'acharne à faire émerger quelque chose de comestible, en partant d'une masse hostile formée d'un mélange d'aliments, d'herbes et de condiments. Les jours 100% pâtisserie, eux, je m'évertue à confectionner quelque chose d'agréable pour le palais, à grand renfort de farine, de sucre et d'œufs.

Côté cuisine, j'opte pour des plats nutritifs réputés faciles à préparer (du moins pour le "commun des mortels"). Exit le couscous ou la pastilla auxquels je ne fais même pas mine de penser. Idem côté pâtisserie (les macarons, ce ne sera pas pour tout de suite-tout de suite). J'alterne les jours 100% cuisine et les jours 100% pâtisserie, sous la houlette d'un cordon bleu, bouche bée devant ma parfaite ignorance de la chose. Je confonds curcuma et gingembre, persil et coriandre, sel et cumin (ndlr : euh ...ah non, quand même pas).

Je me rends vite compte que la première qualité requise en cuisine est la patience avec un grand P. Une condition nécessaire (et pas suffisante) pour tirer les marrons du feu. Il y a un tour de main à prendre et des astuces à découvrir (découvertes rendues possibles par la grâce de quelques mini-désastres).

Si un savoureux plat peut se dévorer en un rien de temps, le confectionner, ce n'est pas de la tarte. Il faut savoir patienter jusqu'à ce que le contenu de la marmite veuille bien se donner la peine de cuire, l'eau de bouillir, la viande de se décongeler, etc. Il faut garder son sang froid, lorsqu'en dépit d'une demi-heure de battage acharné, le blanc d'œuf continue de vous mettre au défi de le monter en neige.

L'oignon, omniprésent dans notre cuisine, m'en aura fait verser des larmes (mes yeux étant jusque-là coutumiers de maltraitances d'une autre nature, poke les écrans ordi & co).

Il y a bien sûr les inévitables petits accidents de travail (écorchures, éraflures...). Je manque plusieurs fois de râper ma propre peau, en même temps que les gousses d'ail que je suis censée réduire en miettes.

Elles semblent me narguer en me susurrant : karma is a bitch ! Quelques brûlures témoignent de corps-à-corps engagés avec mon four dans l'espoir de sauver mes cookies d'une incinération certaine. Je ne regarde plus du même oeil le plan de travail de la cuisine.

Fini l'indifférence ! Il me fait désormais l'effet d'un champ de bataille. Il faut lutter pour réaliser quelque chose qui titille agréablement l'odorat et agrée les papilles gustatives.

Mais c'est décidément la cocotte qui m'aura donné le plus de fil à retordre. Les séances de fermeture du monstre ont occasionné les plus grosses galères. Soit je ne parviens pas à ajuster le couvercle correctement (aucun "clic" n'a la gentillesse de se faire entendre), ce qui génère des fuites de vapeur d'eau. Soit je ne ferme pas avec suffisamment de brutalité (pas d'autre mot) le poignet de la cocotte, ce qui fait qu'elle se met à siffler la semaine des quatre jeudis.

Je me souviens encore de mon émotion lorsque j'ai réussi, pour la toute première fois, à fermer correctement une cocotte. Je m'étais quasiment foulé le poignet, mais la satisfaction morale d'avoir triomphé de l'hydre à deux têtes (couvercle et poignet) compensait largement la douleur physique.

Outre la patience, il faut s'armer de minutie, en particulier en pâtisserie. On ne badine ni avec le timing ni avec les dosages. Gare à vous si vous les prenez à la légère ! Quelques minutes de cuisson de trop, et votre soi-disant plat se métamorphose illico en un OCNI (objet comestible non identifié).

Un dosage "au petit bonheur la chance", et adieu veaux, vaches, cochons ! Et puis, un zeste de talent et un brin d'intuition, ça ne mange pas de pain. Si l'on recense toutes les compétences requises pour décerner le titre de cordon bleu, il y a assurément à boire et à manger.

A l'instar de beaucoup d'activités (sport, lecture, etc.), le plaisir est rarement immédiat derrière les fourneaux. Un peu comme l'appétit qui vient en mangeant. Mais passés les premiers ratages et bobos, la dextérité vient, et avec elle, la satisfaction du travail bien fait.

Et même le plaisir de créer. Mes efforts ne tardent pas à être récompensés. Je découvre le plaisir de déguster une tarte made in maison, tellement plus légère et savoureuse qu'une tarte "industrielle". Je découvre aussi le plaisir de cuisiner pour autrui, de créer de nouveaux plats, de tenter de nouvelles expériences.

La cuisine est une véritable école de la vie qu'il est judicieux de fréquenter tôt. Certains sentiers battus ont définitivement du bon...

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