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10/02/2018 06h:01 CET | Actualisé 10/02/2018 06h:01 CET

Des fake news aux fake analyses

designer491 via Getty Images

Ce soudain engouement pour la traque aux Fake News a quelque chose de profondément suspect. Pas seulement parce que cette nouvelle mode nous vient des Etats-Unis, mais surtout parce qu'elle sous-entend, plus largement, que la confrontation de l'erreur et de la vérité serait un phénomène nouveau, sinon inédit. Que cette dialectique -qui accompagne l'histoire universelle de la raison depuis les pré-socratiques- connaissent quelques difficultés nouvelles avec les disruptions et autres monstruosités de la révolution numérique est une chose, que l'illusion actuelle de pouvoir légiférer sur la vérité, son statut et ses procédures en est une autre.

On ne sait plus très bien qui a dit qu'on a la presse qu'on mérite ! Toujours est-il, que l'état des médias, de leurs modèles économiques, de leurs évolutions et influences, ont toujours valeurs de symptômes quant à la situation d'une société donné, de ses dimensions économiques, sociales, politiques et culturelles s'entend... Dans nos pays occidentaux, et tout particulièrement en France, les journaux sont passés des mains des Résistants et de propriétaires identifiés à celles de grands groupes industriels et financiers dont la préoccupation principale n'est ni de produire, ni de diffuser des Good News, mais de faire de l'argent et du trafic d'influences favorables à leurs propres intérêts. Cette terribles machinerie s'est emballée depuis une quinzaine d'années, dans le contexte d'une mondialisation sauvage où règne une guerre contre tous - par tous les moyens -, générant une régression morbide à l'état de nature.

Plutôt que d'analyser et déconstruire cette préoccupante évolution, on nous sert la fable des Fake News et celles de nouveaux films à grand spectacles sur les Pentagone Papers ou d'autres événements de l'histoire contemporaine. Non content de confondre - historiquement - le New York Times et le Washington Post, Steven Spielberg nous refait le coup des Hommes du Président et des preux chevaliers de l'information au service de la défense des libertés fondamentales. Faut mieux revoir Blanche neige et les sept nains, c'est plus édifiant !

De toutes les façons, avec Hollywood, c'est toujours à peu près la même chose et sur les sujets les plus divers -les guerres du Vietnam, d'Afghanistan ou d'Irak, la démocratie, les services de renseignement, l'amour, le divorce, le cancer, l'environnement ou la sécurité sociale-, l'Amérique éternelle (malgré toutes ses erreurs passées et ses coups tordus) sauve le monde, parce que c'est sa mission ! Quelques thèses universitaires, ont démonté, depuis longtemps, la fonction idéologique d'Hollywood, mais -bien-sûr- sans être beaucoup diffusées dans le grand public et surtout pas par les médias mainstream !

Mais lorsqu'on ne dispose pas de la puissance de feu de Hollywood, on a recours à d'autres armes de communication massive: l'investigation, ou plutôt au "journalisme d'investigation". Et trop souvent, il suffit de le qualifier ainsi pour le parer de toutes les plumes du paon, évitant ainsi de mettre à jour ses méthodes, ses objectifs, sinon ses agendas cachés. Et qu'on ne vienne pas nous dire que cette remarque "épistémologique" s'apparente aux théories du complot et à d'autres phobies de la conspiration, comme si -aujourd'hui- l'exercice de la moindre pensée critique se voyait automatiquement relégué à ces postures, voire à des délits de mal-pensance passibles des tribunaux...

Plus bas, Jean Daspry déchiffre et déconstruit justement l'un des derniers exemples bien français -et ô combien emblématique- de ces pseudos investigations qui encombrent aujourd'hui les tables des librairies, les colonnes de la presse mainstream et les plateaux des radios et télés.

Il explique comment on passe tranquillement des Fake News aux Fake Analyses ou Fake investigations où l'affirmation supplante les savoirs et les connaissances, où la délation se substitue à la vraie investigation, et où l'arrogance recouvre l'effort d'analyse, de compréhension et de pédagogie.

A cet égard et toute proportion gardée, le dernier livre de Vincent Jauvert, c'est un peu notre Spielberg du pauvre. Un succédané d'enquête qui rappelle, à s'y méprendre, les joueurs de bilboquet du Bel ami de Maupassant ou les feuilletonnistes de Balzac au temps d'une presse d'opinion plutôt médiocre.

En définitive, cet échantillon de pseudo-investigation ne rend service ni à l'intelligence, ni au journalisme, ni à la démocratie. A sa façon, ce bouquin pathétique sert surtout à faire de l'argent et du buzz, autant d'agitations qui ne déboucheront pas sur grand-chose. Bonne lecture !

Cet article a été initialement publié par Proche&Moyen-Orient.ch

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