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04/01/2016 04h:40 CET | Actualisé 04/01/2017 06h:12 CET

Charlie Hebdo, un an après (1ère partie)

AFP

Le carnage de Charlie Hebdo a fait l'effet d'un électrochoc tragique et induit une réflexion de la France sur elle-même, en ce que ce crime odieux est la résultante d'un télescopage tragique d'une double fuite :

  • La fuite de la République
  • La fuite des paumés de l'Islam

Paris-Bataclan, 13 novembre 2015, 11 mois plus tard est venu en confirmation de cette lourde tendance.

Pour que le travail d'introspection soit salutaire, il importe que les composantes de la société française se livrent à un devoir de vérité et ne se limitent pas à un exercice de flagellation ou d'autosatisfaction. Et pour la caste relevant de la pensée dominante de renoncer, particulièrement, à une vision hémiplégique des choses, à son discours disjonctif, variable en fonction de ses intérêts qui ne sauraient se confondre avec l'intérêt national.

LES FUITES DE LA RÉPUBLIQUE

Une stratégie d'évitement pédagogique

Le débat est cyclique sur une thématique unique dans ses diverses déclinaisons : le voile, la burqa, les minarets, le rôle positif de la colonisation. Comme une fuite en avant, comme pour occulter l'essentiel, la dette d'honneur de la France à l'égard de ses immigrés, tant pour la défense de son indépendance, -à deux reprises au cours d'un même siècle, durant les deux guerres mondiales, fait rarissime dans l'histoire-, que pour leur contribution au rayonnement de la France à travers le Monde.

L'œuvre salutaire qu'il est prioritaire d'initier est non un travail d'exaltation chauvine propice à tous les débordements, mais un travail de "déconstruction" des mythes fondateurs de la grandeur française, une lecture fractale de l'histoire de France, afin de fonder l'identité nationale sur une connaissance concrète et non sublimée de l'histoire nationale et de cimenter l'unité nationale par la prise en compte des diverses composantes de la population nationale et non sur la stigmatisation du métèque.

Là réside la racine du mal. Dans cette stratégie d'évitement pédagogique qui fait que l'enseignement de l'histoire est biaisé et vise à magnifier les pages glorieuses et à en gommer les pages hideuses.

L'HISTOIRE D'UN PAYS EST L'ADN DE SA NATION. Il serait absolument contre productif d'en occulter les faits, si hideux soient-ils, sous peine de falsification et partant de mystification et de fabulation.

Enseigner à minima l'épisode de la répression sanglante de la commune de Pairs 1870, œuvre de la République, mais magnifier la Révolution française (contre la Monarchie), malgré l'épouvantable séquence de "La Terreur" est immanquablement générateur d'un état d'autosatisfaction permanente, d'un état de lévitation intellectuelle contre-productif.

Un enseignement générateur de chauvinisme en ce que "La Commune de Paris" (17.000 tués, 43.522 arrestations et déportation, dont la légendaire Louise Michel), exaltait l'esprit de la Résistance et le refus de la capitulation.

La capitulation qui est le trait majeur des campagnes militaires françaises du XIX et XX me siècle face aux Anglais à Waterloo, en 1815, face à l'Allemagne, en 1870, à Sedan, de nouveau face à l'Allemagne nazie en Mai 1940, face au Vietnamiens, quinze ans plus tard, Dien Bien Phu en 1955, soit quatre capitulations en deux siècles. Du jamais vu dans les annales de la stratégie miliaire mondiale.

La promotion d'un Islam d'inspiration wahhabite au détriment d'un Islam consulaire

Au paroxysme de la guerre froide américano-soviétique (1945-1990), en pleine phase de décolonisation de l'Afrique francophone, majoritairement musulman, le bloc atlantiste a favorisé la promotion d'un islam wahhabite au détriment d'un islam consulaire, d'un islam domestique.

Le bloc atlantiste a ainsi instrumentalisé l'Islam comme frein à l'adhésion des jeunes générations issues de l'immigration aux structures contestataires de l'ordre capitaliste (partis communistes, syndicats) partant du faux principe autocratique que l'Islam remplit une fonction d'obéissance collective au Prince qu'il soit juste ou injuste.

Levons l'ambiguïté : L'Islam n'a pas conquis la France, c'est la France qui s'est lancée à la conquête des pays arabes et africains majoritairement musulmans. L'Islam n'est donc pas un produit du terroir français, à l'instar du christianisme, mais la conséquence résiduelle du reflux d'empire.

Le produit dérivé de la turgescence coloniale française et de son excroissance ultra marine. Sans colonisation, point de "burnous à faire suer", ni de "bougnoule", ni "y a bon banaia", ni de "chairs à canon". Pas de "bicot", ni de "ratonnades", ni de "délits de faciès", pas de "Code de l'indigénat" ni de "Code noir", pas plus que de "Venus callipyge", ni "Sétif", ni "Thiaroye", ni "Sanaga", encore moins de "territoires perdus de la République". Et point d'Islam, à tout le moins dans cette densité.

"Le beurre et l'argent du beurre en plus du sourire de la crémière", cela relève de la fable. Ou d'un merveilleux contes de fée. De même que le "fardeau de l'homme blanc et sa charge d'aînesse", un alibi destiné à masquer la mégalomanie prédatrice.

Dans le même ordre d'idées, levons une autre ambiguïté: Ce n'est pas la Syrie qui a déclaré la guerre à la France et ce ne sont pas des Syriens qui combattent la France par ailleurs artisan du démembrement de la Syrie du temps de son mandat sur le Levant.

Ceux qui combattent la France sont des citoyens français expatriés en Syrie par la campagne incitative médiatique anti-Assad de la caste politico-médiatique, et formatés au djihadisme par les alliés objectifs de la France.

Dans ce contexte, il eût été avisé de placer cette nouvelle religion de France en régime concordataire, plutôt que de la laisser en jachère, à la merci du borborygme du premier bédouin pétrodollarisé. D'accompagner son développement dans un sens adapté aux réalités françaises.

De surcroît, les pays occidentaux auraient dû ne pas omettre le fait que le donneur d'ordre des prédicateurs de l'Islam européen était formaté dans le moule wahhabite en ce que l'Islam, pour leur clientèle pétromonarchique et les autocraties pro occidentales, fait office de repoussoir au modèle démocratique en même temps qu'un pourvoyeur d'une rente sécuritaire.

Sous l'aile protectrice américaine, avec le consentement européen, l'Arabie saoudite a déployé la plus grande ONG caritative du monde à des fins prosélytes, à la conquête de nouvelles terres de mission, dans la décennie 1970-1980, particulièrement l'Europe, à la faveur du boom pétrolier et de la guerre d'Afghanistan. Ce déploiement arachnéen s'est développé par un usage intensif de la politique du chéquier.

Le Royaume saoudien a ainsi dépensé 87 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies pour financer le prosélytisme religieux selon le rite wahhabite à travers le Monde, ciblant en priorité le Pakistan, la puissance atomique sunnite, officiellement pour contrer l'accession de l'Iran au rang de "puissance du seul nucléaire", précise la revue "Middle East Monitor" dans son édition de décembre 2015, dont la version arabe est publiée par le journal libanais "Al Akhbar".

Pour un coût de cinq millions de dollars, le royaume saoudien a édifié des centres religieux en Europe pour une superficie de 3.848 m2 à Melilla et Madrid (Epagne), Lisbonne, Rome, Londres, Vienne, Genève ainsi que Mantes La Jolie (région parisienne), sans oublier l'acquisition de chaires universitaires dans des établissements de renommée internationale:

Chaire du Roi Fahd pour les Etudes (Institut des Etudes Orientales et Africaines à l'Université de Londres.

Chaire du Roi Abdel Aziz pour les Études Islamiques à l'Université de Californie.

Chaire du Roi Fahd pour les études de législation islamique à la Faculté de droit de l'Université de Harvard.

À lui seul, le Roi Fahd, l'homme par excellence des Américains, avait alloué une quote-part des royalties pétroliers au financement du prosélytisme à travers le Monde, de l'ordre de 1,8 milliards de dollars par an, pendant vingt ans.

La dévalorisation de l'enseignement de la langue arabe

Une autre racine du mal réside dans la dévalorisation de l'enseignement de la langue arabe en France, où l'on ne dénombre plus, depuis la décennie 1990, qu'un seul Lycée dispensant cette langue dans la région parisienne, le Lycée Voltaire, dans le 10 me arrondissement de Paris.

180 milliards de dollars de capitalisation boursière des grandes fortunes françaises se sont volatilisés lors du krach boursier américain de 2008 du fait de leurs placements dans des fonds spéculatifs (Maddof and Co) et 80 milliards d'euros prennent annuellement le chemin des paradis fiscaux, soit l'équivalent du budget de l'éducation nationale.

Un pactole soustrait ainsi à la formation pédagogique citoyenne, à la création d'emplois, à la réduction du chômage endémique et à la fluidité sociale. Des éléments qui constituent autant de contre-feux à la frustration sociale et au prosélytisme religieux. En un mot à la tentation intégriste.

La réduction de l'enseignement officiel de la langue arabe a conduit bon nombre de Français d'origine arabe à se réfugier dans les mosquées, les instituts islamiques et les écoles coraniques pour l'apprentissage de leur langue maternelle et la "réappropriation de la culture d'origine" par l'acquisition du savoir de la religion musulmane.

Conséquence de cet ostracisme la Mosquée et les clubs de sports sont devenus le refuge ultime des "ostracisés".

Le sport avec les pratiques nouvelle, boxe thaï, et surtout les MMA pour "Mixed Martial Arts", un sport tellement violent qu'il est interdit par le ministère des Sports, mais très infiltré par les fondamentalistes religieux. Au point que les clubs de sport font désormais office de classes préparatoires au djihadisme.

Pour aller plus loin sur ce sujet, Cf. à ce propos: "L'implantation de l'Islam en France, un champ religieux fragmenté" par Haoues Séniguer, Maître de conférences en Sciences Politiques (Lyon), membre de l'ISERT (Institut Supérieur d'Etudes des Religions et de la Laïcité). Cahiers Français N° 389.

Il existe, certes, en période de crise un affaissement du sens moral. Mais ce phénomène s'est accentué en France avec la disparition des grandes matrices formatrices de la conscience nationale, l'armée et l'école.

L'armée avec la suppression du service militaire obligatoire; l'école avec la multiplication des écoles privées, des grandes écoles et autres instituts spécialisés. De surcroît, la suppression des grands débats télévisés, qui constituaient une forme déguisée de pédagogie politique, s'est accompagnée, parallèlement, de la prolifération de programmes développant une forme d'individualisme basée sur la délation.

Loin d'inciter à la solidarité, Loft Story, Koh Lanta développent une forme d'individualisme effréné, du chacun pour soi (chacun son beefsteak, selon la formule consacrée). Et la délation, un travers quasi national, avec la traditionnelle existence des corbeaux dans les provinces de France et la délation du fait juif sous la France vichyste.

L'instauration d'une forme déguisée de service civique répondrait, dans le contexte de l'après Charlie Hebdo, au souci des pouvoirs publics de restaurer une forme d'engagement collectif à l'échelle nationale.

La France peut à juste titre magnifier ses pages glorieuses, sans pour autant occulter ses pages honteuses: La "Patrie des Droits de l'Homme" est aussi la Patrie du "Code Noir" de l'esclavage et du "Code l'Indigénat".

Le pays du Code civil est aussi le pays de la codification selon les critères du Gobineau darwinisme, le pays des expositions ethnologiques, les fameux "zoos humains", de la Venus Callipyge, de la cristallisation des retraites des anciens combattants de l'outre-mer et de la notation des travailleurs coloniaux.

Le pays de la révolution, un soulèvement populaire contre la monarchie, est aussi le pays de la Commune de Paris, un soulèvement populaire contre la République, ce dernier épisode occulté de l'enseignement de l'histoire car s'agissant d'une révolte populaire contre la République.

Prochaine partie: La fuite des paumés de l'Islam

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