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15/02/2016 05h:21 CET | Actualisé 15/02/2017 06h:12 CET

L'alliance entre le PJD et le RNI n'a jamais eu lieu

MAJORITE - Dans un discours prononcé samedi 13 février à Skhirate, lors de la réunion du Conseil national du parti, le secrétaire général du RNI Salaheddine Mezouar a adressé quelques critiques frontales au PJD, son allié au gouvernement.

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MAJORITE - Dans un discours prononcé samedi 13 février à Skhirate, lors de la réunion du Conseil national du parti, le secrétaire général du RNI Salaheddine Mezouar a adressé quelques critiques frontales au PJD, son allié au gouvernement.

Peut-on être surpris des déclarations de Salaheddine Mezouar? On les a senti bien des fois, ces reproches en réserve. Pris en dedans de la coalition gouvernementale, restés en dedans, passés sous silence, voilà qu'ils remontent. Et annoncent ce que nous savions déjà: que le RNI est là mais regarde ailleurs, ne compte pas se priver de son "droit à (s')ouvrir sur les autres forces politiques en fonction de considérations ponctuelles ou locales", selon les termes de M. Mezouar. Ni céder aux appels du pied du Parti de la justice et du développement (PJD), qui a mal accepté que le RNI privilégie des alliances autres que celles incluant des partis de la majorité, au lendemain des dernières élections communales et régionales. Ces derniers s'apparentent, selon le secrétaire général du RNI, à des "velléités hégémoniques et une volonté de commander la prise de décision au sein de notre parti."

Peut-on, alors, parler de "prise de distance" avec le Parti de la justice et du développement (PJD) ? C'est se méprendre sur les définitions, faire violence aux sens établis, distordre les usages: deux partis qui se jouxtent dans un gouvernement ne partagent pas pour autant référentiel, projet de société, vision politique. Même l'ambition commune --et à bien des égards unificatrice-- de déployer la Constitution de 2011 relève, en les termes où elle est entendue, en les manières de la concevoir et d'y participer, de la solidarité sans consensus: pour une même référence, différentes interprétations, arrimées aux visions politiques de chaque formation politique. D'autant que Salaheddine Mezouar lui-même a souligné, lors de la rencontre du samedi 23 février, que "le RNI est resté fidèle à la coalition gouvernementale alors qu'il s'agit d'une coalition, non d'une alliance. Une coalition regroupe des partis sur la base d'un programme commun. Une alliance réunit deux ou plusieurs partis sur la base d'une vision politique et d'affinités idéologiques. Elle est plus vaste et globale".

Peut-on, sinon, accuser Salaheddine Mezouar d'agiter le chiffon rouge, d'agir comme qui aurait acheté chat en poche et qui, trois ans après avoir rejoint le gouvernement, s'apprête à le quitter contrit ? Le PJD et le RNI concevaient leur alliance comme conjoncturelle, obéissant à l'exigence de remplir les sièges laissés vacants par le Parti de l'istiqlal (PI), au lendemain de son revirement vers l'opposition. Croire en la possibilité d'une alliance sur le long terme entre le PJD et le RNI, c'est un peu boutonner samedi avec jeudi.

Depuis son entrée au gouvernement, le Rassemblement national des indépendants (RNI) n'a eu cesse de faire jouer les phares. Discrètement d'abord, puis de manière de plus en plus remarquée depuis les dernières élections, rappelant, à toutes occasions utiles, qu'il est ici mais ne compte pas y rester; qu'une coalition gouvernementale est une expérience qui, quand elle n'est pas succincte, n'engage pas à des rapprochements outre mesure; qu'à la fin de la législature, chaque parti rejoindra son bloc homogène, rentrera dans sa case, le temps de former une nouvelle coalition ... ou de reconduire la précédente.

Un impact sur l'action gouvernementale ?

La coalition gouvernementale n'ira pas pour autant au paradis avec ses souliers. D'ici les élections législatives, qui se tiendront le 7 octobre, il est à attendre que la cohabitation prime. Les nouvelles alliances (supposément) en préparation se superposeront peut-être à l'action commune du gouvernement, sans la dédoubler ni en impacter l'efficience. Si un imprévu advient, la situation profitera certainement à l'Istiqlal qui, déjà, se positionne dans la file d'attente: après avoir quitté le gouvernement avec fracas, en 2013, le voici qui se présente au seuil. Malgré le fait qu'il envoie tantôt signes de rapprochement, tantôt signaux d'opposition --au risque de passer pour un parti de la majopposition--, le Parti de l'Istiqlal semble désireux de s'associer, de nouveau, au Parti de la justice et du développement (PJD). Ou, du moins de lui apporter un soutien conditionnel, voire critique.

Nostalgie du G8

Le RNI, lui, semble vouloir ancrer son sort à celui du Parti authenticité et modernité (PAM), duquel tout le rapproche: le positionnement politique, l'électorat ciblé, la vision politique. Leurs électorats respectifs se recoupent, se complètent; leurs ambitions communes sont mois disharmonieuses que celles du PJD et du RNI. La Coalition pour la démocratie --aussi appelée G8-- qui regroupait RNI, PAM, Union constitutionnelle (UC), Mouvement populaire (MP) le Parti socialiste (PS), celui de la Renaissance et de la vertu (PRV) et le Parti de la gauche verte (PGV) est-elle appelée à renaitre à l'occasion des prochaines élections ? Toujours est-il que le repositionnement du PAM à côté du RNI augure une future alliance, du moins entre ces deux formations. D'autant que le désir de créer un pôle progressiste, centriste, qui constitue un contre-poids au PJD se fait de plus en plus jour chez les deux formations.

Qualifié jusqu'à peu de parti administratif, autant par ses adversaires que par le PJD lui-même, le RNI est l'un des rares partis administratifs à prendre de la patine. Sitôt nés, ces formations prennent de court, remportent scrutins, brillent, s'étiolent; pour ces raisons surnommés "cocottes-minute", ils défilent en accéléré, finissent, quelques années plus tard, par meubler quelques sièges parlementaires grâce à un électorat attitré, remplissent les cases vides des coalitions, siègent par défaut dans les gouvernements, quel que soient les référentiels des partis qui les dirigeront. En somme: ils s'enferrent dans une logique d'action qu'ils n'actualisent pas, n'opèrent pas de réajustements tactiques, croient leur raison d'être initiale toujours valable. Si le RNI a survécu, se porte plutôt bien aujourd'hui, c'est parce qu'il a compris que quand les enjeux politiques changent, les stratégies des partis doivent suivre.

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