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29/02/2016 04h:50 CET | Actualisé 26/02/2017 06h:12 CET

Dialogue Public-Privé sectoriel: Une alternative pour mieux agir en Tunisie

Quand on parle de réformes en Tunisie, tout le monde sait ce qu'il faut faire mais personne n'arrive à réaliser une action concrète. Dans ce contexte d'immobilisme économique où les résultats se font attendre et les revendications sociales grondent, une alternative se profile à travers les Dialogues Public-Privé (DPP) Sectoriels.

Quand on parle de réformes en Tunisie, tout le monde sait ce qu'il faut faire mais personne n'arrive à réaliser une action concrète. Dans ce contexte d'immobilisme économique où les résultats se font attendre et les revendications sociales grondent, une alternative se profile à travers les Dialogues Public-Privé (DPP) Sectoriels.

Il s'agit d'un processus participatif et inclusif où les différents acteurs publics et privés se rencontrent pour élaborer de nouvelles politiques économiques. Objectif: réformer la gouvernance et améliorer le climat des affaires, notamment lorsque les institutions manifestent des signes d'inefficacité probants comme en Tunisie.

C'est ce processus qu'a entrepris le secteur pharmaceutique tunisien depuis plusieurs mois. Un secteur à haute valeur ajoutée, à priori en bonne santé, et dont l'industrie du médicament enregistre une croissance annuelle moyenne de 15%. Une industrie qui a su grandir pour répondre à 49% de la demande locale de médicaments et dont 38% des emplois concernent des postes hautement qualifiés avec un salaire moyen parmi les plus élevés en Tunisie.

Pourtant, malgré ces indicateurs à priori positifs, ce secteur reste bien en dessous de son potentiel de développement, comme le souligne les résultats d'un diagnostic sur la compétitivité sectorielle réalisé par la Banque mondiale (2014). Le secteur n'emploie que 6000 personnes et ses exportations de médicaments humains ne représentent que 6% de la fabrication locale, soit treize fois moins qu'un pays comparable comme la Jordanie. Plus qu'un déclic, des chiffres qui retentissent comme une sonnette d'alarme aux oreilles des acteurs!

Une prise de conscience globale de la nécessité de renforcer la compétitivité de cette industrie est établi. Les réformes ne peuvent plus attendre et un schéma de rupture est envisagé par les acteurs publics et privés qui se sont lancés dans un DPP depuis plus d'une année.

Qu'en ressort-il? Pas moins de 5 groupes de travail spécifiques créés, plus de 40 réunions public-privé organisées, 15 organisations impliquées dont 3 ministères, diverses institutions publiques de la santé et 2 associations professionnelles du secteur.

Mais ce n'est pas le plus beau! Car l'ensemble de ces acteurs a su maintenir le rythme de travail et leur engagement malgré les divers changements opérés au sein du gouvernement tunisien. Ils ont su faire preuve de collaboration, de partage et de confiance pour faire avancer le secteur vers une vision commune.

Plus encore aujourd'hui, lorsque le secteur commence à percevoir le fruit des efforts entrepris et réalisent les premières actions à mettre en œuvre dès à présent. C'est le cas du groupe de travail public-privé sur l'optimisation des procédures d'autorisation de mise sur le marché des médicaments (AMM) pour lequel le ministre de la Santé a annoncé des mesures concrètes effectives immédiatement.

Il s'agit notamment de réduire les délais d'AMM de moitié en s'engageant, dans un premier temps, à fournir des réponses en une année, pour arriver à des délais de 9 mois à moyen terme. Un renforcement des capacités des évaluateurs du laboratoire de contrôle du médicament (LNCM) est également prévu, ainsi qu'une modernisation du système de traçabilité des dossiers, étape par étape, à travers l'informatisation du processus dans sa globalité.

"Se fixer un an de délai de réponse aux dossiers d'AMM n'est pas seulement un objectif, c'est un engagement du ministre de la Santé. Dans cette nouvelle ère démocratique en Tunisie, un engagement est une responsabilité, ce qui implique de la redevabilité et de la transparence" a précisé le Pr. Anis Klouz, Directeur de la Recherche et Conseiller auprès du ministre de la Santé, lors de l'annonce de ces premières mesures.

L'impact permettra non seulement de disposer plus rapidement de médicaments de qualité pour le patient tunisien mais également aux industriels d'enregistrer leurs produits dans les plus brefs délais, pour pouvoir les exporter dans les pays cibles tout en faisant la promotion des médicaments tunisiens. Car au final, l'AMM constitue un passeport pour l'export, l'enregistrement du médicament dans le pays d'origine étant un pré-requis pour les industriels.

Lorsqu'on sait que les dossiers d'AMM ont toujours été un sujet sensible entre le ministère de la Santé et le secteur privé, cette mesure est une avancée importante qui marque le début d'une série de réformes sectorielles et ouvre la voie vers encore plus de dialogue.

Encore faut-il pouvoir construire une réelle tradition de dialogue sectorielle en Tunisie, ce qui n'est pas chose évidente dans le contexte actuel du pays. Certains facteurs restent indispensables à la réussite du processus comme le soulignent le Pr. Inès Fradi, Directrice Générale de la Direction de la Pharmacie et du Médicament (DPM), et Sara Masmoudi, Directrice Générale d'une industrie pharmaceutique, membre de la Chambre Nationale des Industries Pharmaceutiques (CNIP) et coordinatrice du secteur privé, qui ont activement pris part à ce DPP:

  • Comprendre les contraintes: pour mieux appréhender, de façon analytique, les besoins du secteur privé et définir les axes de développement prioritaires sur lesquelles des solutions pourront être apportées

  • Focaliser le dialogue: pour disposer d'un cadrage efficace et productif par petits groupes de travail modérés par un organisme externe neutre mais techniquement solide et traiter de problématiques précises sur lesquelles des résultats à court terme peuvent être envisagés

  • Identifier les intervenants: pour tenir compte de la diversité tant au niveau public que privé et mettre tous les participants sur un même pied d'égalité, sélectionner les interlocuteurs motivés par le changement et pouvant disposer des capacités à porter les solutions devant les niveaux de décisions appropriés

  • Communiquer sur le processus: pour instaurer un climat de confiance et d'écoute mutuelle, rallier les participants à l'objectif initial, mettre en place un environnement collaboratif transparent et renforcer la réactivité des intervenants du secteur public au développement du privé

Maintenant qu'une alternative à la paralysie se dessine, il est à espérer qu'on ne reste plus au stade où "tout le monde en parle et personne n'agit" lorsqu'il s'agit de réformes en Tunisie. Une prise de conscience de l'importance d'un dialogue s'établit peu à peu et un horizon nouveau se profile pour le secteur pharmaceutique, mais également pour l'ensemble des industries en Tunisie qui peinent à retrouver un espoir de croissance économique.

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