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29/01/2018 12h:35 CET | Actualisé 29/01/2018 17h:00 CET

Quand la Tunisie représente un danger pour l'UE

Sehenswerk via Getty Images

Liste noire, présence perpétuelle de l'Union Européenne dans les affaires internes du pays, des médias européens qui ne cessent de parler "d'instabilité" sociale et sécuritaire.

Quand le potentiel tunisien dérange l'Union Européenne, les moteurs de marketing négatif se mettent en marche.

Vous savez, il y a une théorie que je trouve tellement infondée, la théorie qui dit qu'Israël contrôle le monde, et que ceci est pour un but religieux.

Pour moi, seul le business est le but de tout événement international. Tout rentre dans une stratégie d'expansion et croissance du business ou de maintien de place de leaders dans un certain domaine. Parfois c'est dans le cadre d'une restructuration et d'acquisition. Et ce depuis la nuit des temps.

Aujourd'hui, on a entendu les Tunisiens parler d'une révolution économique après la révolution sociale, de se mettre dans la course des grands en exploitant l'emplacement tellement stratégique et pivot entre l'Afrique, l'Asie et l'Europe, voire même les Amériques. Cela dérange l'UE.

On a donc décidé qu'en ayant des avantages fiscaux, dans le cadre de l'offshore et de la loi 72 (comme tout pays voulant attirer les investisseurs), cela fait de la Tunisie un paradis fiscal.

Le paradis fiscal tant craint et critiqué, présenterait une excellente opportunité à la Tunisie. La Suisse n'est-elle pas un paradis fiscal? Ou la bonne appellation serait plutôt "la neutralité", dans ce cas?

Prenez l'exemple des Emirats, du Panama et de tous les pays qui sont des paradis fiscaux, n'est-ce pas ce qu'on veut voir pour son pays sur le plan économique?

Cela devrait même être une stratégie pour la Tunisie. Ou bien est-ce que c'est tellement inacceptable que Maman France soit fâchée contre nous ?

Cette histoire de paradis fiscal, et la dernière focalisation sur l'instabilité sociale qu'on a vu dans les médias suite aux événements de début Janvier de cette année, n'avaient qu'un seul et unique objectif, celui de diminuer la présence de la Tunisie dans la "Business Friendly Map". Cela ne convient pas. Imagine une ex-colonie devenir une concurrente, ce serait la honte.

Que fait-on donc?

On facilite l'immigration des ingénieurs tunisiens (et marocains d'ailleurs) en introduisant des systèmes comme le "détachement" dans les lois d'immigration française.

On met la Tunisie sur une liste "noire" de paradis fiscaux (bien que le noir soit classe), et on met la pression sur l'État tunisien afin de réviser le système des sociétés totalement exportatrices.

On met en marche les moteurs de marketing négatif, discutés un peu plus haut, afin de salir l'image de la Tunisie.

On remet en marche les moteurs de marketing pour le tourisme tunisien, vu que la Tunisie n'est qu'un grand Club Med.

En parallèle, on crée des avantages financiers en France (avec des programmes tels que la "FrenchTech" et le "Paris French Tech Ticket") pour attirer les "Cools ambitieux leaders de la nouvelle génération" à mettre en place leurs sociétés en France.

Une stratégie tellement simple, qui vise, visiblement, à diminuer la concurrence.

Je ne dis en aucun cas que l'état actuel en Tunisie attire les investisseurs.

Je traite plutôt du potentiel.

Selon mon expérience modeste dans le domaine des technologies, et ce entre la France et la Tunisie, je peux très bien affirmer qu'en terme de Cost Effectiveness, compétences des profils et les avantages fiscaux, la Tunisie est sans le moindre doute un bon concurrent dans la région de la méditerranée.

Je ne dis pas non plus que la Tunisie est un cas exceptionnel, bien au contraire, je trouve qu'on est en bas de liste (noire) en terme de compétitivité et d'attraction.

De plus, je ne pointe du doigt ni l'Europe, ni la France dans ce que j'expose. Je ne fais pas dans la victimisation.

Dans cette modeste analyse, je nous blâme et blâme l'État tunisien actuel, stupide ou corrompu, ou peut-être les deux.

Car au lieu de se faire une personnalité, on pleure notre situation.

Au lieu d'exploiter le Marketing gratuit qui nous a été offert, avec cette histoire de liste noire et paradis fiscal, afin d'attirer les investisseurs, on fait tout pour être retiré de cette liste.

Au lieu de réviser urgemment le système bancaire et attirer les businessmen à mettre leur argent dans les banques tunisiennes, on se focalise sur un lambda qui n'a pas envoyé le rapport à temps à l'Union Européenne. D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on a des comptes à rendre à l'UE, ou n'importe quel tiers.

D'un autre point de vue orienté plus vers le gain, le paradis fiscal pouvait aider à faire face aux soucis de chômage, de devise et du Dinar en baisse, d'une roue d'économie rouillée.

Mais on préfère rater cette chance par manque de confiance, manque de souveraineté, manque de personnalité et manque de compétences business.

Nous sommes tous des médecins, juges, avocats et ingénieurs en Tunisie, et c'est sans le moindre doute un pays bien instruit lorsqu'il s'agit de compétences académiques, mais ce qui nous manque tellement, ce sont les compétences de businessmen et de stratèges, de personnes qui saisissent les opportunités et qui innovent.

À quand un État jeune avec un esprit jeune, qui soit innovateur et compétent?

À quand un système éducatif qui se focalise sur les Soft Skills avant tout?

À quand une transformation digitale digne des compétences des jeunes dans la technologie?

À quand une stratégie digne de son ère?

Ce qui est sûr c'est que ça ne sera pas dans le cadre d'un pays avec un président âgé de 91 ans et un paysage politique avec des politiciens qui le poussent à se présenter pour un deuxième mandat lorsqu'il aura 93 ans.

En attendant, je continuerai, à mon échelle, à innover dans mon domaine et dans ma vie de tous les jours, je continuerai à être jeune afin d'aider mon pays (aucun patriotisme populiste voulu).

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