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13/04/2015 06h:49 CET | Actualisé 13/06/2015 06h:12 CET

La pensée politique entre inaptitude et fausse conscience

POLITIQUE - Voici venu le temps de l'humilité diplomatique et politique, l'heure est à la normalisation intellectuelle des peuples et la refonte des vertus de la cité.

Shutterstock / mapichai

POLITIQUE - Voici venu le temps de l'humilité diplomatique et politique, l'heure est à la normalisation intellectuelle des peuples et la refonte des vertus de la cité.

Nous vivons une ère morose moins exaltante que ses précédentes. Le monde entier souffre du mal extrémiste qui s'insinue et ronge non seulement son être mais aussi sa pensée. La tendance nihiliste se bedonne de plus en plus et puise sa force dans le manque de valeurs, la rétrogradation des règles fédératives et du savoir vivre.

D'infâmes attentats se succèdent à un rythme effréné et ponctué aux battements de nos délations et éreintements. La force de la barbarie dépasse toutes nos attentes.

Que doit-on décrypter au juste? L'absence d'unicité, l'ignorance des peuples, l'inaptitude des dirigeants ou la fausse conscience des pensées politiques? Que peut-on faire pour sauver les générations futures?

Ne nous leurrons pas, nous sommes face à notre échec sociétal et la dérobade est impossible. L'unique salut surviendra par l'émancipation, la transmission du savoir, l'intellectualisation des peuples et la refonte des politiques. A défaut, nous serions condamnés, à subir, pâtir et souffrir individuellement et collectivement des politiques de nos dirigeants.

Sommes nous donc à la veille d'une tyrannie?

Dans son grand classique La République, Platon décrit la dévolution du régime politique, d'un regard visionnaire. Bien que son enchaînement ne soutient aucune valeur historique, il s'inscrit dans une logique de succession imminente.

Platon nous parlera d'abord de l'aristocratie, qui réunit pouvoir et sagesse, suivra la timocratie, régime fondé sur l'honneur, puis l'oligarchie, régime fondé sur les richesses. Viendra le tour de la démocratie, régime fondé sur l'égalité et enfin celui de la tyrannie, régime fondé sur le désir. Ce dernier régime marque la fin de la politique, puisqu'il abolit les lois et avantage les caprices des décideurs. Sommes-nous donc à la veille d'une tyrannie?

Les économistes ont longtemps cru que les secrets du développement et de la gouvernance politique tenaient en quelques principes universels, qu'il suffisait d'appliquer vertueusement. Une sorte d'algorithme prêt à administrer aux élus. Un procédé prédéfini et calculé selon des mesures financières, monétaires et politiques...

Au fil des générations, cet automatisme a illustré son échec puisque la véritable technique politique ne se limite plus à la mise en œuvre d'une stratégie préconçue, ni à la légitimité d'un suffrage soumis à l'impressionnisme du peuple.

La pensée politique passe par la maîtrise

La pensée politique ne peut plus se passer des fondamentaux humains et scientifiques, à défaut, elle sera en proie à l'inaptitude et la fausse conscience.

En l'absence d'une loi qui régit les profils des candidats en lice aux postes de décideurs, la pensée politique ne peut plus s'inscrire dans une logique pragmatique, autoritaire, réduite à l'obtention d'un gigantesque score lors du referendum.

Pourquoi donc la ligoter à un suffrage consignant le souhait d'une masse analphabète baignant dans l'impressionnisme, l'ignorance et le populisme? Démocratie dites-vous? Plutôt carnage tyrannique et politique.

Gouverner c'est prévoir. On gouverne les hommes avec la tête. On ne joue pas aux échecs avec un bon cœur qui impressionne, disait Camfort.

Gouverner requiert une maîtrise, une vision, une spécialisation. Il ne suffit plus de pratiquer la politique pour être un "politique". Il faut aussi détenir un savoir spécifique. Gouverner suppose une véritable connaissance, une science utile, cognitive et directive.

Aucune loi n'est immuable, aucune bataille jamais véritablement achevée, écrivait Barack Obama dans "The Audacity of Hope". N'est-il toujours pas venu le temps remettre nos pendules à l'heure? Les lois sont des instruments pour l'action, et non des dépositaires de vérités éternelles. Et puis, aucune valeur ne peut prétendre à l'universalité. Les valeurs et les règles sont d'une délibération entre les citoyens. Saurions-nous en faire bon usage?

Libérons-nous de nos héritages d'antan, les politiques actuelles devraient retrousser leurs manches et aborder, d'une tête froide, les enjeux de cette époque aride, en mettant à profit ce qui marche, et en abandonnant sans regret, ce qui n'a pas donné ses fruits. Voilà qui est dit!

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