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12/12/2017 11h:32 CET | Actualisé 12/12/2017 11h:32 CET

Guide de lecture de la chronique de Chawki Amari, "Brobro sur le mont des oliviers"

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Dans sa chronique "Point Zéro", parue dans l'édition du 09 décembre 2017 d'El Watan, Chawki Amari, fustige ce qu'il appelle les "brobros". La chronique fut ensuite relayée sur Facebook par la page du site "Chouf Chouf", suscitant l'indignation de bon nombre d'abonnés à cette page, à commencer par une internaute qui a livré sa réponse à la chronique sur le même site [3]. Pensant que cette dernière réponse se base sur une lecture erronée de la chronique de Chawki Amari et que l'auteure de la réponse accuse à tort Chawki Amari d'user grossièrement de préjugés racistes envers une partie de la population algérienne, je me permets de livrer ma lecture de la chronique "Brobro sur le mont des oliviers".

Puisque le sujet de la chronique est d'abord le soutien ou le non soutien des Algériens à la cause palestinienne, je voudrais d'abord m'arrêter sur le mot "domination" qu'utilise Chawki Amari au début de sa chronique. Ce mot illustre parfaitement la situation que vivent les Palestiniens.

Il renvoie d'abord le lecteur à la colonisation (qui est une forme de domination) que vit la Palestine et ensuite au fait que dans un contexte colonial, la société est clivée en deux groupes distincts, l'un dominant (les colons) et l'autre dominé (les colonisés). Le premier groupe social (colons) étant libre de choisir le sort du second groupe (colonisé).

Sans vouloir m'attarder sur ce mot qu'est "domination", j'invite les personnes n'ayant pas lu le livre de Frantz Fanon, "Les damnés de la terre" à lire son premier chapitre. Vous allez y découvrir la forme que peut prendre la domination dans un contexte colonial. Aussi, c'est en lisant ce chapitre que vous allez comprendre que toute lutte pour une cause doit n'avoir qu'un seul horizon, l'abolition de toute forme de domination, l'abolition aussi de l'injustice que créé cette domination et des privilèges qui en découlent ; la lutte pour la liberté et la justice, en somme.

De ce fait, se solidariser avec un peuple dominé, opprimé doit se faire avec l'idée que l'on soutient ce peuple dans sa lutte pour sa liberté et contre la domination coloniale qu'il subit. Pour faire le parallèle avec l'histoire qu'a connu l'Algérie, je pose cette question à laquelle je réponds: qu'est ce qui aurait poussé Maurice Audin, Fernand Iveton ou Henri Maillot (pour ne citer que ceux-là) à mourir pour le peuple algérien sinon la lutte contre l'injustice, la domination coloniale et la privation du peuple algérien de sa liberté ? Dois-je rappeler, du coup, que nous, Algériens, ne devrions nous solidariser avec le peuple palestinien qu'en partant de ce principe-là ?

Ce point ayant été abordé, je voudrai maintenant m'attarder sur le point qui fait polémique, en citant tel quel le paragraphe de la chronique qui le contient :

"D'où l'autre question, nationale, concernant le Brobro, diminutif du Berbériste radical de Kabylie, qui crie à chaque fois qu'il y a un problème en Palestine qu'il n'est pas arabe et que la Palestine ne le concerne pas. S'il faut bien avouer que l'Algérien est plus prompt à manifester pour la Palestine que pour un abus de pouvoir commis dans son propre pays, comment expliquer cette réaction à la limite du racisme primaire".

Bien comprendre ce paragraphe permet de comprendre le reste de la chronique. C'est bien la première fois que je rencontre ce mot de Brobro, mais regardons de plus près la définition qu'en donne Amari : "Brobro, diminutif du Berbériste radical de Kabylie, qui crie à chaque fois qu'il y a un problème en Palestine qu'il n'est pas arabe et que la Palestine ne le concerne pas".

De ce fait, le brobro est loin d'être le synonyme de berbériste et encore moins celui de kabyle. Le brobro avec ses semblables forment un groupe dans un groupe, dans un groupe encore plus grand. Leur point commun à ces brobros? Appartenir à un groupe de kabyle, berbériste ET ne pas vouloir soutenir la Palestine parce qu'elle est arabe.

Reprenons donc rapidement et regardons, à travers cette définition du brobro, sur qui Amari ne tape pas dans sa chronique, en deux points ; premier point, Amari NE tape pas sur tous les kabyles, deuxième point, Amari NE tape pas sur tous ceux qui, parmi les kabyles, seraient des berbéristes.

A qui s'adresse donc cette chronique ? Elle s'adresse à un petit groupe de kabyles, que se disent être berbéristes et qui pour faire le choix de se solidariser ou non à une cause, le font en fonction de la langue que parlent les victimes. De ce fait, on est bien loin de la généralisation stupide et de l'amalgame que dénoncent certaines personnes.

Cette manière de penser la défense d'une cause est très éloignée de la manière que j'ai évoquée dans le premier paragraphe (que Chawki Amari évoque aussi au tout début de sa chronique). De plus, elle est vaine et ne crée que de la haine, de la polémique et n'apporte aucun contre poids politique pour lutter contre toute forme de domination.

Bien entendu, Chawki Amari ne s'arrête pas au fait de dénoncer la position du brobro concernant la question palestinienne. Il s'imagine comment réagirait demain le brobro, avec une telle manière de penser, si jamais une éventuelle catastrophe venait à se produire en Algérie (terre du brobro), plus précisément si une telle catastrophe se produirait loin de Kabylie. La réponse donnée par Chawki Amari est la suivante :

"Car l'argument du Brobro ne tient pas, il y aurait des priorités, ce qui signifie que si demain une bombe atomique explosait à Blida, le brobro dirait qu'il faut d'abord construire un aéroport à Azazga".

On voit donc toute la bêtise, et c'est plus que probable, à laquelle peut mener une telle manière de penser sa solidarité à des victimes en fonction de la langue qu'elles parlent. J'ajouterai, avant de finir, que cette manière de penser apporte plus de mal au berbérisme qu'à leurs seules personnes.

Cela étant dit, je rappelle que je ne viens parler ici que de ce que la chronique dit. Pour ce qu'elle ne dit pas, il faudrait une autre chronique d'abord et une autre lecture ensuite. Mais si cette chronique s'adresse à ces quelques pseudos berbéristes qui ne défendent pas la Palestine au nom du fait qu'elle n'est pas amazigh, elle peut tout à fait être reformulée et adressée aux restes des kabyles et au reste des Algériens qui défendent la Palestine seulement parce que son peuple serait arabe et/ou musulman en oubliant que la Palestine est d'abord colonisée et c'est cette colonisation qu'il faut surtout et uniquement dénoncer pour défendre la cause Palestinienne.

En somme, je voudrai inviter ceux qui se pressent d'écrire une réponse à Chawki Amari en pensant que ce chroniqueur tape dans sa chronique sur tous les kabyles, à passer plus de temps à lire la chronique qu'à écrire une réponse.

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