LES BLOGS
07/07/2013 16h:20 CET | Actualisé 06/09/2013 06h:12 CET

Faut-il pactiser avec les islamistes?

Que doit-on faire des islamistes? Cette question se pose avec acuité en Egypte bien sûr, mais aussi en Tunisie, et ce n'est pas une question simple, mais il faut s'y confronter.

L'islamisme politique mourra tôt ou tard, comme toutes les idéologies liberticides.

Or une question se pose aujourd'hui. Que doit-on faire des islamistes? Cette question se pose avec acuité en Egypte bien sûr, mais aussi en Tunisie, et ce n'est pas une question simple, mais il faut s'y confronter et ne pas la fuir car rien ne serait pire que de vouloir ignorer ce problème. A la suite du mouvement "tamarrod" (rébellion) en Egypte et des événements qui l'ont suivi, le nouveau pouvoir, au moment où il va organiser les prochaines élections, devra prendre position.

La démocratie voudrait que ce courant de pensée soit autorisé à participer à la compétition, à moins qu'une nouvelle Constitution interdise les partis religieux et rejette toute instrumentalisation de la religion à des fins politiques! Pourquoi? Parce que nul n'a le monopole de la religion et qu'un parti politique qui se fonde sur la religion a la prétention d'en imposer aux autres puisqu'il déclare appliquer la parole de Dieu. Cela est une évidente rupture d'égalité. Or l'égalité entre les partis doit être la règle absolue. Faut-il rappeler que la constitution de 1959 interdisait déjà et clairement les partis religieux!

L'interdiction de tels partis devrait aussi être souhaitée par tous les musulmans sincères pour lesquels l'instrumentalisation de la parole de Dieu est la pire offense que puissent lui faire les hommes. Tout parti aspire à accéder au pouvoir, et c'est légitime. Mais Dieu n'est pas là pour venir à la rescousse d'un combat politique!

Ces partis se donnent le droit de traiter leurs opposants de mécréants, pour les exclure de la vie publique et politique, se mettant ainsi, sans vergogne, à la place de Dieu pour juger les hommes! Qui tolérerait que des énergumènes, souvent ignares, se permettent de le juger? Dieu seul en a le pouvoir. Ces façons d'agir qui sont, inhérentes aux partis religieux, ne sont pas tolérables et les musulmans sincères ne peuvent, en réalité, que s'associer à cette demande d'interdiction des partis qui usent et abusent de la religion.

Enfin, ces partis islamistes, sur quel Islam se fondent-t-ils? Sur le malékisme pratiqué depuis des générations par les Tunisiens et qui a façonné l'identité tunisienne, ou plutôt sur le wahhabisme venu des monarchies de la péninsule arabique et que les tunisiens, en leur temps et grâce à des imams éclairés, ont déjà rejeté?

Une autre raison d'interdire ce genre de partis, c'est, quoiqu'en disent leurs chefs, leur culture de la violence. La preuve? Ils ont soutenu, et n'ont jamais voulu interdire, les Ligues dites de "Protection de la Révolution", qui ne sont que des officines fascistes qui ont toujours la menace à la bouche comme encore tout récemment.

Récemment le fils du Premier ministre Ali Larayedh, excusez du peu, appelait au djihad en Egypte! Outre le ridicule de cette proposition, elle démontre cette culture de violence que la démocratie ne doit pas tolérer. Il y a donc de multiples raisons de fond pour que constitutionnellement soient interdits les partis fondés sur la religion, une religion qui appartient à tous et dont les islamistes ne sauraient avoir un quelconque monopole.

Si toutefois l'on ne va pas jusqu'à interdire ce genre de partis qui dénaturent le débat démocratique, faut-il alors, comme on l'entend trop souvent, pactiser avec eux, s'allier avec eux au nom d'un prétendu intérêt général, au nom d'un prétendu consensus? Sur cette question il faut que les partis soient très clairs et disent sans faux fuyant ce qu'ils feront en cas d'élection. Car les tunisiens ont mal vécu la trahison de Marzouki et Ben Jaâfar, qui ont juré qu'ils ne s'allieraient pas aux islamistes avant les élections. On a vu ce qu'il en était de leurs promesses pour, au demeurant, un résultat pitoyable.

Je prétends quant a moi qu'il ne faudra jamais faire ce genre d'alliance. Si les islamistes n'ont pas à eux seuls la majorité, ils ne doivent recevoir l'appui d'aucun parti progressiste. Pourquoi cette règle? D'abord parce que l'expérience a montré qu'une telle alliance était vouée à l'échec et que les partis qui s'y sont livrés, au mépris de ce qu'ils avaient annoncé à leurs électeurs, ont perdu toute crédibilité et se sont affaiblis considérablement, laissant le champ libre aux islamistes, lesquels ont mené leur politique désastreuse.

Mais en dehors des leçons de l'expérience, il y a surtout une question de fond essentielle et que les partis doivent trancher au risque de se discréditer. Peut-on, en effet, faire une alliance politique entre deux partis dont les valeurs sont radicalement opposées?

Or il semble que "Nida Tounes" (Appel de la Tunisie) ait tenté de rééditer l'expérience du CPR et d'Ettakatol, que d'aucuns l'ont perçu comme une grande trahison. A-t-on idée de voir des socialistes français gouverner avec le FN? Le mariage de la carpe et du lapin ne donne rien dans la nature ... et ne produit rien de bon non plus en politique. D'autant que le parti en question croit détenir la vérité d'Allah lui-même ... et donc n'admettra jamais qu'on conteste sa volonté. Entendez la volonté divine dont ils se persuadent qu'ils en sont les dépositaires! En deux années d'expérience Nahdhaouie, tout le monde a pu vérifier cette vérité sur le terrain: mépris pour tout opposant!

Une autre mesure qui doit absolument être prise avant les élections: celle portant interdiction aux partis politiques d'être financés directement ou indirectement par des pays étrangers. Ce que stipulait déjà la constitution de 1959 assimilant le financement d'un parti par l'étranger à une telle ingérence relevant de la haute trahison.

Il est clair que le Qatar, pour ne pas le nommer, a financé et de manière très large le parti Ennahdha, comme il a financé les islamistes en Egypte, même s'il est probable que ce financement va heureusement se tarir depuis que le nouvel émir a reçu l'injonction américaine de rompre avec les "pratiques" de son père en matière d'islamisme et de soutien aux "Frères Musulmans" que chapeautait l'horrible Youssef Qaradhaoui, sa "référence" spirituelle qui lui pondait les "fatouas" (lois religieuses) nécessaires pour appuyer sa politique "étrangère" hégémonique sur le monde dit "arabo musulman".

Ces financements, outre qu'ils montrent de manière évidente l'intervention d'un pays étranger dans la politique intérieure des pays, met à mal l'égalité qui doit régner entre les partis compétiteurs. C'est inacceptable et cela ne doit pas être accepté. Est-ce vraiment trop demander?

Il faut donc condamner les financements non seulement des partis par l'étranger, mais aussi le financement d'œuvres diverses soi-disant caritatives et qui ne sont que des officines de certains partis dont Ennahdha use et abuse au vu et au su de tout le monde! Mais inscrire cette interdiction, c'est aussi se donner les moyens de la faire respecter en donnant à la justice des moyens d'enquêter et de sanctionner les contrevenants.

Maintenant demandons-nous ce qui pousse les partis à envisager de s'allier avec les islamistes. Le souci de parvenir ainsi plus facilement à une majorité pour gouverner, avec l'illusion qu'ils maitriseront les islamistes? On a vu ce que cela a donné. Les Tunisiens veulent-ils recommencer l'expérience? La traîtrise de Marzouki et Ben Jaâfar leur a laissé un goût amer. Les partis qui admettent ce genre d'alliance, le font-ils par crainte de la violence des islamistes s'ils ne sont pas associés au pouvoir? La peur de la violence et du terrorisme de leur pseudo "ligues de protection de la révolution", qui ne sont rien d'autres que la milice d'un parti fasciste, les terrorisent-ils au point d'accepter l'inacceptable? Si c'est le cas, c'est choquant car cette peur est mauvaise conseillère. Devrait-on associer au pouvoir des personnes parce qu'elles vous menacent? Céder à la peur est indigne d'un homme politique.

Cette attitude ne portera, à la longue, aucun fruit car on ne peut bâtir une politique et le destin d'un pays sur la peur. Ce qui a perdu les islamistes en Egypte, et qui perdra les islamistes en Tunisie, c'est qu'ils ne connaissent que la violence et n'ont pas le sens du dialogue et du compromis. Elus, ils croient qu'ils peuvent tout se permettre. Ils ont fini par croire que le peuple leur a accordé un chèque en blanc; comme ils ont fini par se prendre pour le peuple. Des peuples qui se sont beaucoup abstenus lors de leurs élections, aussi bien en Tunisie qu'en Egypte. Faut-il le rappeler?

D'autres ont fini par se convaincre ou s'obstinent à croire que Ghannouchi est indispensable pour la vie politique en Tunisie et surtout incontournable pour gouverner ce pays. Ils ont tort. Si les progressistes ne sont pas fidèles à leurs valeurs et s'ils se compromettent avec les islamistes, c'est l'échec annoncé et, de nouveau, la nécessité pour le peuple de réagir avec les dégâts que cela entraîne sur le développement économique, social et culturel du pays.

Pour résumer, l'interdiction des partis fondés sur la religion paraît souhaitable mais si l'on ne veut pas en venir à cette règle de bon sens, au moins qu'il n'y ait aucune alliance des partis progressistes, soucieux de liberté, de réelle démocratie et de progrès, avec des obscurantistes qui ont fait, de nouveau, de la religion l'opium du peuple.