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07/02/2018 14h:41 CET | Actualisé 07/02/2018 14h:54 CET

Se voiler ou ne pas se voiler, l'éternelle question de retour en France

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Vu que le sujet peut pour beaucoup paraître grave, je prends volontairement un ton badin pour décrisper les choses. Voilà qu'à la faveur d'une émission télévisuelle française anodine, les pros et les antis-voile se remettent en ordre de bataille dans l'Hexagone et sur les réseaux sociaux. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, le dernier épisode de The Voice, émission hautement politique et philosophique, nous a livré une prestation fabuleuse de l'apprentie chanteuse Mennel Ibtissem. Étant donné que tous ceux qui regardent simplement pour se divertir sans réfléchir (faut surtout pas) s'intéressent un tant soit peu à la future star (qui disparaîtra sans doute dans les six prochains mois, mais bon, on y croit) on se renseigne: mais c'est qui? D'où qu'elle vient?

Une beauté fatale (même moi qui suis la plus belle des femmes, je suis obligée de le reconnaître), née à Besançon d'un père syro-turc et d'une mère algéro-marocaine, avec un look cool et un turban sur la tête. Et là, on apprend que ledit turban n'en est pas un, mais un vrai voile comme il se doit pour toute bonne musulmane, selon l'opinion de certains.

En allant plus loin dans les recherches (maudit Facebook qui ne loupe rien) on découvre ses accointances avec des associations tendancieuses comme Baraka City, dont le Président avait refusé de serrer la main à Najat Vallaud Belkacem alors ministre sur un plateau de télévision, au motif que c'est une femme, et des posts en réaction aux attentats du 14 juillet 2016 laissant croire qu'il ne s'agit que d'un complot en vue d'accuser à tort les musulmans.

Et c'est là que tout démarre.

On a, pour les antis que l'on scindera en deux catégories, d'une part les vrais islamophobes qui ne supportent rien qui puisse se rattacher à cette religion, et d'autre part les laïcards (ça sent bon le 19e siècle) anti-prosélytisme, qui veulent bien que chacun s'habille comme il veut, à la condition expresse que ce ne soit pas dans le but de propager une religion ou une autre, car cela reste du domaine de l'intime et que personne ne doit afficher ses convictions à des fins de propagande.

Et de l'autre côté ? Les pour, pour.

Je passe sur les fanatiques qui rêvent toujours d'un califat universel et qui restent coincés dans l'attente d'un visa pour la Syrie, les prochaines foudres de Dieu contre les mécréants ou le futur attentat qui les vengera de je ne sais quoi. Ceux-là n'ont pas trop d'intérêt dans mon propos, mais il est toujours bon de rappeler qu'ils existent et qu'il reste toujours du boulot des deux côtés de la Méditerranée.

Non, ceux qui m'intéressent le plus ce sont ceux qui, installés en France, n'ont jamais digéré la "ségrégation" des anti-burka et les débats sur le voile dans l'espace public. Leur Islam se doit de s'afficher et, tels des drapeaux revendicatifs, être présent dans toutes les strates de la société et dans toutes les occasions. Leur liberté est incomprise de tous les islamophobes, selon eux, et passe par la liberté de se vêtir comme il se doit. Chaque présence affichée est prise comme une petite victoire afin de pouvoir infléchir au fil du temps les mentalités et les pouvoirs publics pour une reconnaissance de leur religion. Ils ont appris de leurs erreurs du passé et sont plus fins désormais dans leurs revendications, dans leur communication et dans leurs moyens d'actions via des associations dites de libéralisation ou d'entraide de la femme musulmane moderne que les pouvoirs publics subventionnent largement (on ne sait jamais, une ou deux voix pourront faire la différence), comme l'association Lallab .

Du coup, chaque remarque est prise comme une atteinte à leur liberté religieuse et provoque des réactions violentes dans leurs écrits et leurs paroles et on nous ressort l'éternelle énième théorie du complot contre les pauvres "vrais croyants". Ce qui a le don de crisper les antis et de faire monter la mayonnaise de la mauvaise humeur.

Ce petit billet n'est pas un plaidoyer pour ou contre le voile en France. Il est simplement là pour constater qu'au-delà de ce débat, ces femmes ne semblent se définir qu'à travers leur "musulmanité" et non leur humanité. Et voilà ce qui me gêne, que chacun s'habille comme il veut après tout, c'est respectable et concevable mais que cet être humain individualisé le veuille personnellement. Qu'une femme pense devoir respecter Dieu en portant le voile soit, mais elle n'a pas besoin de revendiquer le droit au port du voile haut et fort comme un défi lancé à la société entière. Quand tout le monde fera ce qu'il voudra sans vouloir l'imposer aux autres et en imposer cette affirmation, alors certainement que les autres se moqueront bien de la façon dont chacun s'habille.

N'oublions pas que le Diable réside dans les détails.

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