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07/01/2018 11h:29 CET | Actualisé 07/01/2018 11h:29 CET

Qui est encore Charlie? Moi, je suis Charlie!

Phil Noble / Reuters

Et voici que nous sommes au troisième anniversaire de l'attentat de Charlie. Pour ceux qui ont oublié ou qui sont passés à côté, il s'agit de cette tuerie perpétrée contre un journal en France par de pseudo musulmans, au nom d'un Dieu qui n'existe que pour eux. À l'époque, cela avait fait grand bruit car l'émotion avait été immense. Il s'est rapidement constitué un front républicain contre la barbarie et tout le monde s'est dit Charlie (comme on s'est dit New York, Le Caire, Londres ou toutes les autres villes ayant subi des attentats).

Défilés dans toutes les villes avec, bien sûr, tous les politiciens confondus en tête de cortège car il s'agit de ne pas rater une belle occasion de pouvoir glaner quelques voix. On voulait même en faire le 11/09 (prononcez nine eleven) français. Au-delà de l'émotion, quelques remarques se sont assez rapidement fait entendre. Pour commencer, la récupération faite par les politiques semblait trop évidente. Voilà des années que ce journal était détesté et tout à coup, tout le monde l'aimait. Ensuite, on a exigé de la population musulmane de se dire "Charlie" alors qu'il avait fait polémique au sein même de cette communauté avec des Unes représentant en dessin le prophète ce qui est haram dans la tête d'un bon croyant. Liberté de presse et d'opinion ou pas, il y a des bornes à ne pas dépasser pour certains et on a même entendu murmurer que finalement, c'était bien fait pour eux. Cet épisode n'a que renforcé la dichotomie entre Français "de souche" et musulmans, alors que tout le monde se devait d'être d'accord pour condamner la bêtise humaine. On comprend mieux dès lors qu'on ne fasse pas autant de chichis en France pour ce triste anniversaire que les Américains pour leurs tours jumelles. Petite digression sur ce point, je ne sais toujours pas si les Américains pleurent leurs morts, leurs beaux immeubles, la perte financière que cela représente ou la rage de ne pas avoir pu l'éviter. Et tant qu'on y est, je ne comprends pas pourquoi les Marocains, qui sont un peuple avec un bon sens du business, n'ont pas organisé de visites touristiques de nos "Twins" de Casablanca à nous, pour tous les Américains nostalgiques. Après tout, vive les rentrées de devises! Bon, il est vrai que si je me permets ces impertinences, c'est précisément pour vous expliquer ce qu'est Charlie.

Charlie ne date pas d'hier, il fait partie d'une longue lignée de journaux que, pour ma part, je remonte aux années 70. Période contestataire s'il en est avec les fameux mai 68. Des artistes, écrivains, journalistes, bédéistes... ont pensé que tout pouvait se dire, qu'on pouvait rire de tout, même du pire. Une tendance anarchiste, matinée de gauchisme ultra égalitaire, avec un soupçon de pipi-caca. Le tout destiné à bousculer les codes, à dénoncer par l'absurde, à cracher à la gueule de la partie traditionnelle de la société. On se souviendra du magazine Hara-Kiri, auto-proclamé journal bête et méchant. Mais bien sûr, peu de gens réfléchissent et analysent à l'aune de l'histoire. Aujourd'hui, tout va trop vite. On est bourré d'informations et de certitudes. Pas le temps. J'aime ou j'aime pas. Je suis pour ou je suis contre. Pas de oui mais. Pourquoi, comment? Pas important, je zappe sur FB et les chaînes d'info. C'est tellement vrai que lorsqu'un article ou une chronique polémique paraissent, je peux constater que la plupart des réactions sont sans réel rapport avec le message de l'auteur. Beaucoup de gens prennent une ou deux phrases, les sortent du contexte et réagissent assez souvent violemment par un "vous avez tort", "c'est faux", voire avec quelques insultes. Pas un instant de réflexion. Aucune analyse du texte ou du contexte. Souvent aucun humour. Le premier degré d'un petit bout. Je sais bien que tout le monde ne peut avoir une lecture au second voire au troisième degré mais, dans une société humaine communicante, nous pourrions au moins faire l'effort de discuter, de débattre, de réfuter, enfin bref, d'échanger car c'est ce qui nous permet d'avancer voire de nous améliorer. Après tout, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis.

Alors Charlie, dans tout ça? Et bien je dois avouer que je n'aime pas tout. Je ne suis pas d'accord avec les positions de certains auteurs. Je trouve nuls, voire grossiers, certains dessins. Certaines caricatures ne me font pas rire. Mais je dois accorder à Charlie qu'ils osent tout. Que chaque sujet ou trait de dessin permet de réfléchir, de se positionner, de discuter. Qu'un peu d'irrévérence dans ce monde conformiste est une petite bouffée d'oxygène. Que tout doit se dire, tout peut se dire car sinon, nous vivons dans une dictature. Dans ce contexte, nous ne pouvons évoluer que par le sang et dans le sang et non en douceur, en changeant progressivement les mentalités, les habitudes. Donc moi qui ai horreur du sang parce que ça tache les vêtements et que je n'ai pas envie de foutre en l'air ma robe toute neuve que j'ai payée cher, merde alors, je suis pour la liberté d'expression, donc je suis Charlie.

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