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15/01/2018 08h:06 CET | Actualisé 15/01/2018 08h:06 CET

"Liberté d'importuner": Une fois de plus, la femme est sa pire ennemie

KatarzynaBialasiewicz via Getty Images

SOCIÉTÉ - Après le choc émotionnel des #MeToo, #BalanceTonPorc et tout le grand déballage des victimes réelles ou supposées des violences faites aux femmes, nous assistons à une guerre médiatique et sororicide. Voilà que de grands noms féminins, et d'autres moins connus mais qui se raccrochent aux wagons histoire d'exister dans l'espace médiatique, affirment haut et fort que nous les femmes allons trop loin et, qu'après tout, se faire un petit peu harceler, insulter, pincer les fesses ou humilier, ça ne peut pas faire de mal. La preuve, elles l'ont vécu et y ont survécu!

Allons même plus loin: elles veulent bien le revendiquer afin qu'elles aussi puissent se permettre de tels agissements vis-à-vis des hommes. Pour un peu, je me demande si ces femmes ne sont pas en train de préparer un #BalanceTaCochonne dans lequel elles s'auto-dénonceraient? Voilà qui complique la donne sur ce qu'il faut penser ou croire!

Histoire de faire le point, je vais vous résumer ma pensée et, plutôt qu'une réaction épidermique, je vais tenter de tracer un chemin.

Cela fait des siècles que nous vivons dans une société machiste et quelles que soient les avancées de-ci de-là, l'égalité n'est pas partout ni pour tout le monde. Dans les pays et les sociétés les plus développées, nous nous approchons d'une égalité qui, dans les faits, est toujours mise à mal et, sans vigilance, on voit bien qu'un retour en arrière pourrait se faire rapidement. Allons-nous trop loin? Oui, certainement mais nous avons plusieurs bonnes raisons de le faire.

Les violences faites aux femmes ne sont pas un épiphénomène, quelques faits divers éparpillés dont on ferait grand bruit.

La première est que le balancier de l'histoire va toujours vers l'apogée inverse avant de se stabiliser vers un équilibre. Il nous est donc nécessaire de vivre les excès inverses pour trouver le juste milieu. Il y aura des dégâts collatéraux à travers des hommes injustement punis ou salis. Il y aura des comportements anodins et sans mauvaise pensée de la part d'hommes dragueurs qui seront mal interprétés. Oui, c'est moche, mais on ne pourra pas l'éviter. De même que nous semblons incapables d'éviter les véritables comportements ignobles et toutes les violences faites aux femmes. On ne peut faire un comparatif et une victime sera toujours une victime mais notre humanité, le temps et les circonstances font que nous avons forcément des jugements faussés et qu'il y aura toujours des erreurs judiciaires.

La seconde raison tient dans l'ampleur et la gravité de cet état de fait. Les violences faites aux femmes ne sont pas un épiphénomène, quelques faits divers éparpillés dont on ferait grand bruit, une anecdote historique loin des réalités de la grande majorité. C'EST la grande majorité des femmes qui les subissent, les ont subies ou vont les subir. Les chiffres de toutes les études sont éloquents. Qu'on parle de meurtres, de femmes battues, de viol dans et hors mariage, d'égalité de droits, d'égalité de salaires, d'égalité des chances, d'égalité à l'accès à l'éducation, aux soins ou au travail... On ne peut qu'être consternés et pris d'un vertige!

Nous ne sommes pas là pour parler de nos expériences personnelles et de la façon dont nous le vivons ou y survivons. Nous qui avons la chance d'être publiées, écoutées et qui pouvons à ce titre prétendre à un avis pour tenter de changer les opinions et les mentalités, nous devons avoir une plus haute vision que notre petit nombril égocentrique. Ce n'est pas parce que nous sommes généralement protégées de par notre catégorie sociale, ce n'est pas parce que notre force de caractère nous permet de nous défendre ou de dépasser tout cela que nous devons rapporter tout cela à nous.

Défendre une cause, ce n'est pas faire le buzz pour son auto-promotion. C'est penser et œuvrer pour toutes celles qui n'en ont pas la possibilité, qui subissent et qui souffrent. En ce sens, les ultras telles que les Femen sont remarquables. Elles se mouillent, elles donnent de leur personne et sont prêtes à beaucoup de sacrifices non pas pour elles, mais pour les femmes. Que l'on aime ou que l'on n'aime pas, que l'on trouve que leurs agissements sont inappropriés ou non, elles font quelque chose pour tenter d'infléchir le cours de l'Histoire.

Moi je ne peux penser qu'à l'immense majorité silencieuse qui vit un cauchemar quotidien.

Donc lorsque je lis la lettre des 100 femmes qui écrivent pour la "liberté d'importuner" et que je vois que certaines femmes relaient ces opinions dans les médias, je sens la rage monter en moi. Qu'elles s'impliquent ou non dans des associations ou disent qu'elles agissent pour la cause autrement, je m'en fous. Moi je ne peux penser qu'à l'immense majorité silencieuse qui vit un cauchemar quotidien. Faisons un tour dans les foyers de refuges pour femmes, dans les commissariats lors de plaintes, dans les maisons aux volets fermés où des femmes se terrent parce qu'elles n'ont pas le droit de sortir en attendant leur bourreau. Posons la question à celles qui se font harceler et qui ne peuvent en parler. Observons la vie des femmes dans les campagnes et dans les montagnes.

Et ce n'est qu'en ayant ces images-là en tête que nous aurons le droit de parler, donner notre opinion et surtout proposer des solutions. Parce que c'est un peu facile, lorsque l'on est une femme libérée, d'un bon niveau socio-économique, pouvant à sa guise passer d'un pays à l'autre de s'assumer, boire, fumer, baiser comme un homme et se défendre mais, reconnaissons-le, ce n'est pas le cas de tout le monde.

Alors, plutôt que de s'enfermer dans une tour d'ivoire ou de se masturber intellectuellement en analysant les rapports hommes-femmes à l'aune de sa propre vie, agissons pour une réelle liberté. Je rappelle que sa propre liberté s'arrête là où celle des autres commence. On n'a donc pas le droit d'empiéter sur la liberté des femmes de vivre sans subir de violences. Charge à chacune de le tolérer ou non en portant ou en ne portant pas plainte, mais encore faut-il que cette femme en ait les possibilités, ce qui implique un arsenal juridique, une écoute attentive de ceux qui reçoivent les plaintes et une enquête sérieuse pour établir les faits.

Mais quid de la majorité des femmes qui, lorsqu'elles portent plainte pour viol, sont accueillies avec méfiance par les autorités et doivent se justifier des circonstances voire de leur mode de vie afin de ne pas être elles-mêmes poursuivies pour prostitution? C'est à elles qu'il faut penser avant de formaliser une opinion.

Alors, encore une fois la femme est souvent le pire ennemi de la femme. Nous nous trompons de combat. Au lieu de rejouer la guerre des boutons (pour ne pas dire des c*****!), œuvrons, même mal, même de façon excessive, pour que cessent les violences faites aux femmes. Nous avons déjà assez à faire pour éduquer les hommes à ne pas reproduire des actes d'un autre âge, pour perdre du temps à nous crêper le chignon entre nous.

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